«Baby Trump» est ce ballon géant devenu synonyme de résistance au président américain. Il a été cloné plusieurs fois et est devenu un voyageur du monde et une célébrité pour les adversaires du président.

Le dirigeable «Baby Trump» voyage à travers le monde

WASHINGTON — Il est né dans un pub de Londres et ses clones flottent maintenant au-dessus des États-Unis - littéralement.

Le président Donald Trump est de plus en plus poursuivi par une caricature de lui plus grande que nature, qui le représente en colère, vêtu seulement d'une couche et armé d'un téléphone. C'est «Baby Trump», le ballon géant devenu synonyme de résistance au président américain.

L'origine de Baby Trump remonte à la visite du président à Londres, l'année dernière. Des militants s'étaient réunis dans un pub local pour échanger des idées sur la façon idéale de protester pour irriter M. Trump. Ils ont réussi au-delà de leurs attentes les plus folles, avec un ballon de 20 pieds qui était bien visible près du Parlement lors des manifestations entourant la première visite du président au Royaume-Uni. Le ballon a fait une nouvelle apparition cet été, lors d'une visite d'État de M. Trump.

L'objectif : exposer le président Trump «pour ce qu'il est - un homme-enfant incroyablement dangereux», explique l'organisateur Kevin Smith.

Bébé cloné plusieurs fois

Baby Trump a été cloné plusieurs fois et est devenu un voyageur du monde et une célébrité pour les adversaires du président. Il a également joué le rôle de point de ralliement pour certains partisans de M. Trump, qui estiment que le ballon démontre à quel point l'opposition est devenue dépassée.

Baby Trump fera une apparition à Washington, près du National Mall, le 4 juillet, alors que le président doit prendre la parole à l'occasion de la fête de l'Indépendance. Le ballon s'est rendu dans l'Ouest pour la marche des femmes de Los Angeles en janvier; il a visité la frontière américano-mexicaine pour soutenir les migrants; il a pris l'air à Orlando, en Floride, la semaine dernière pour protester contre le coup d'envoi de la campagne électorale 2020 du président; et il est un habitué du domaine Mar-a-Lago de M. Trump, où loge le président lorsqu'il se rend dans le comté de Palm Beach. Le Baby Trump original, actuellement entreposé dans une valise au Royaume-Uni, a volé en Écosse, en Irlande, en France et en Argentine.

Le ballon orange représente le président coiffé de cheveux jaunes, le visage grimaçant et les bras tendus, comme un bébé qui réclamerait d'être pris par ses parents. L'une de ses mains tient un téléphone, prêt à transmettre un nouveau message sur Twitter. La Maison-Blanche, qui a refusé de commenter le phénomène, a fait son possible pour éviter que M. Trump aperçoive le dirigeable lors de sa visite au Royaume-Uni plus tôt ce mois-ci. Le président s'est déplacé à Londres principalement par hélicoptère, pour éviter les manifestants.

Plusieurs partisans du président ne trouvent pas le ballon très drôle.

Ivonne Miro, qui a longuement attendu en file pour entendre le président à Orlando la semaine dernière, estime que le dirigeable est irrespectueux.

«Cela ne devrait pas être comme ça», a déclaré Mme Miro. «On devrait respecter le président quoiqu'il arrive.»

Des clones dispendieux

Six clones américains de Baby Trump sont maintenant disponibles pour une «adoption» à court terme. Un groupe du New Jersey les offre en location pour des manifestations partout aux États-Unis.

Les manifestants qui les réclament affirment que l'image véhiculée par le ballon est conforme à leurs idées - et parce qu'il permet de provoquer M. Trump, explique Jim Girvan, de Branchburg, au New Jersey. M. Girvan a amassé 24 000 $ dans le cadre d'une campagne de sociofinancement, ce qui lui a permis d'acheter six répliques exactes du dirigeable de Londres. La seule différence des clones est une soupape de décharge, qui était nécessaire pour se conformer à la réglementation de l'administration américaine de l'aviation (FAA).

Dans l'État de Washington, un groupe appelé Backbone Campaign possède également un exemplaire de Baby Trump, qui a été vu à la frontière pour soutenir les migrants, ainsi qu'en Californie et dans le nord-ouest du pays.

«Le recours à l'humour, la satire et le spectacle est stratégique en ce sens qu'il renforce l'esprit de ceux qui autrement se sentiraient démoralisés», a expliqué Bill Moyer, directeur général et fondateur du groupe. «Et dans certains milieux, cela pourrait semer le doute.»

Mais Greg Sinadinos, un partisan de M. Trump qui travaille comme consultant en avantages sociaux à Tampa, n'exprime pas de tel doute. Il a bien accueilli le dirigeable à Orlando puisqu'il montre «à quel point ils deviennent fous dans l'opposition».

«C'est le “syndrome de dérangement de Trump” à son meilleur», a estimé M. Sinadinos.

Costumes d'Halloween

L'image de Baby Trump se retrouve désormais sur des t-shirts, des autocollants et des tasses, en plus d'être reproduite pour des costumes d'Halloween. Mais M. Smith, l'un des organisateurs de Londres, assure que les personnes à l'origine du concept ne souhaitent pas tirer profit de leur idée.

«Les gens utilisent Baby Trump comme moyen de provoquer M. Trump», a affirmé M. Smith. «Nous n'avons aucun problème avec ça.»

Dans le New Jersey, le groupe de M. Girvan, People's Motorcades, permet aux intéressés «d'adopter» un Baby Trump pour des manifestations et autres événements. Les demandeurs paient les coûts liés aux permis, au transport et à l'installation, et ce n'est pas bon marché.

Mark Offerman, «parent adoptif» du Baby Trump en Floride, a indiqué qu'il fallait environ 1500 $ d'hélium pour le gonfler. De l'air froid peut être utilisé à la place pour réduire les coûts, mais l'effet n'est pas le même lorsque Baby Trump prend son envol.

Avant que le président Trump ne prenne la parole à Orlando, environ 100 personnes se sont rassemblées à quelques pâtés de maisons du lieu du rassemblement. Il a fallu une demi-heure au ballon pour se gonfler, après quoi la foule a applaudi et a pris des égoportraits. Le dirigeable a cependant dû rester au sol en raison des restrictions aériennes liées à la présence du président.

«J'aime vraiment jouer au provocateur», a expliqué M. Offerman. «Mais ma motivation est réelle. Cet homme est un danger.»