La députée de Brome-Missisquoi, ministre déléguée à l’Éducation et ministre responsable de la Condition féminine Isabelle Charest, la préfète de la MRC Brome-Missisquoi Sylvie Dionne-Raymond et le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette

Infrastructures vertes dans Brome-Missisquoi: Québec injecte 703 200$

Le projet d’infrastructures vertes de la MRC Brome-Missisquoi, qui mobilise à la fois les municipalités et les organismes environnementaux de la région, profitera d’un appui financier maximal de 703 200 $ du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, en vertu du programme Climat municipalités.

Différents types de structures seront implantées dans les milieux urbain, montagneux et agricole au cours des prochains mois afin de s’adapter aux changements climatiques en diminuant les impacts des pluies diluviennes et des inondations.

« On est déjà en période d’adaptation aux changements climatiques et les municipalités sont les premières touchées compte tenu des services qu’elles offrent à leur population, souligne Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Le programme qui finance cette initiative-là vise à appuyer les autorités municipales dans leur adaptation. Ce sont des applications très concrètes. On n’est pas dans des projets théoriques. Dans tous les cas, les bonnes idées peuvent être exportées, c’est bien certain. »

Les actions qui seront prises ont été choisies pour leur efficacité théorique. Une étude en résultera. 

« Ce sont des projets de réalisation de travaux pour trapper, capter les sédiments et ralentir l’eau, note Robert Desmarais, directeur général de la MRC Brome-Missisquoi. Avec des groupes de recherche et des universités, on va mesurer année après année leur impact. »

Un budget de près de 1,5 M$ est prévu pour réaliser l’ensemble des travaux et des suivis, financés à la fois par la MRC, sept municipalités, quatre organismes et le gouvernement québécois.

Trapper les sédiments

En milieu montagneux, les travaux seront réalisés dans l’ensemble des 212 km carrés du bassin versant du lac Davignon. « On fait toutes les rues, on corrige tous les problèmes d’érosion avec des trappes à sédiments, explique Simon Lajeunesse, coordonnateur de la gestion de l’eau à la MRC. On espère intercepter les sédiments avant qu’ils arrivent à l’île aux mouettes. »

Comme la majorité de l’eau de pluie se retrouve dans les fossés de chemin, les municipalités et la MRC aménageront plus de 150 trappes à sédiments, c’est-à-dire des trous creusés en amont dans les cours d’eau. L’eau y sera bloquée pour qu’elle demeure sur place entre 6 et 24 heures afin que les sédiments se déposent au fond. 

« On devrait avoir un impact quand même grand. Il va y avoir aussi une patrouille qui va faire le tour des terrains privés. Par exemple, si les gens font des chantiers, juste de brasser de la terre, s’il pleut, peut créer une coulée de boue. Ce sont des choses super faciles à régler. »

Les employés des travaux publics des municipalités du bassin versant seront également formés. 

Débrancher les gouttières

La ville de Bedford a été choisie pour réaliser le volet urbain du projet. 

« En survolant la ville en avion, on voit comment il y a de surfaces imperméables. Les rues, les stationnements, les toits de maisons, d’entreprises, énumère M. Desmarais. Tout ça est relié à des conduites qui s’en vont dans les réseaux d’égout. Tout ce volume d’eau là, quand il pleut, est amené dans l’usine d’épuration des eaux, qui n’est pas capable de tout prendre. À ce moment-là, ils ouvrent les valves, et c’est ce qu’on appelle des surverses d’eaux usées dans la rivière. Ce qui tombe en pluie, ça n’a pas besoin d’être traité, ça peut être absorbé par le sol. Il faut refaire l’hydrographie de la ville pour que, quand ça tombe sur un toit ou dans une rue ou un stationnement, ce soit infiltré par le sol. »

Une première partie de ce projet-pilote est déjà en route. La Ville de Bedford interdit, depuis mai, que les eaux de pluie de ses gouttières de toit et de son drain français soient acheminées vers le réseau d’égout. Les propriétaires de maison et de commerce doivent donc débrancher le tout. 

« Une patrouille de sensibilisation a fait le tour de toutes les maisons à Bedford, avec des outils de sensibilisation, indique M. Lajeunesse. Il faut que l’eau s’écoule sur une surface perméable pour avoir le temps de s’infiltrer dans le gazon ou qu’elle soit envoyée dans les barils de récupération. »

Des cellules de rétention et des tranchées d’infiltration seront aussi aménagées sur les rues Moreau et Massicotte, qui se trouvent dans un secteur particulièrement problématique en matière de surverses d’eaux usées. Un réseau d’égout unitaire compose 40 % du territoire de Bedford, informait plus tôt cet été le maire de Bedford, Yves Lévesque. 

Ralentir l’eau

Le troisième secteur d’intervention est le milieu agricole. Un cours d’eau a été ciblé, en collaboration avec un agriculteur, pour tester l’aménagement d’un chenal à deux niveaux dans un cours d’eau dégradé. 

Par le passé, les cours d’eau ont été redressés pour répondre aux besoins des agriculteurs. En les redressant et en les creusant, ces derniers souhaitaient drainer leurs terres. Si cet objectif a été atteint, l’impact environnemental a été sous-estimé. 

« L’eau arrive tellement vite que ça arrache tout et il y a des problèmes de qualité d’eau », évoque Simon Lajeunesse.

Le cours d’eau choisi sera réaménagé avec un chenal central et une plaine inondable. En période de crue, l’eau pourra déborder dans une plaine végétalisée, où elle sera filtrée et relâchée naturellement. Cet aménagement permettra aussi de diminuer l’érosion des berges, créer des habitats aquatiques plus intéressants et améliorer la qualité de l’eau.

La construction des infrastructures vertes débutera à l’automne et se terminera l’an prochain. Dès lors, les mesures seront prises et comparées aux dernières années. 

Les projets sont expérimentaux et il en résultera un rapport complet en 2023. 

Simon Lajeunesse souhaite en faire « livre de recettes » pour que d’autres municipalités et municipalités régionales de comté s’en inspirent pour réagir aux changements climatiques. 

Des fiches techniques seront mises à la disposition des autres régions. Les infrastructures pourront par ailleurs être faites ailleurs dans la MRC.

La MRC investit 165 000 $, tandis que les municipalités de Bedford, Lac-Brome, Cowansville, Dunham, Sutton, Bolton-Ouest et Brome injectent des sommes en fonction de l’ampleur des travaux à réaliser. L’OBV de la baie Missisquoi, l’OBV Yamaska, le Regroupement des organismes de bassin versant du Québec et le Réseau-Environnement participent également.