«Si elles voient qu'il y a des choses qui pourraient être améliorées, les infirmières n'osent pas parler. La peur de parler ressort clairement auprès de mes participants», note Hélène Durocher, chargée de cours et doctorante à la faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal.

Infirmières: le gouvernement revient sur sa décision

Le principal syndicat des infirmières a indiqué, mardi, que le gouvernement du Québec avait finalement laissé tomber sa demande d'abolition de certaines primes qui leur étaient versées - un irritant majeur dans la présente négociation des conventions collectives.
Ces primes sont ce qu'on appelle des «primes majorées». Elles sont versées aux infirmières qui travaillent par exemple de soir ou de nuit.
Au cours d'une entrevue, mardi en fin de journée, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé de Québec (FIQ), Régine Laurent, a expliqué que ces primes majorées avaient été instaurées il y a cinq ans pour permettre d'attirer des infirmières vers des postes plus exigeants, donc plus difficiles à combler, et des quarts de travail moins attirants - et de les y maintenir.
«Pour les infirmières de nuit, par exemple, elles pouvaient convertir ces primes en congés, parce qu'on sait que c'est plus difficile sur le corps le travail de nuit. Ça permettait aussi, de soir, de retenir et d'attirer des gens, parce que c'est un quart de travail où les plus jeunes qui veulent avoir des enfants ou ont des enfants jeunes, pour elles, c'est plus difficile. Et pour celles qui sont plus âgées, elles trouvent ça plus difficile quand ce n'est pas par choix», a illustré Mme Laurent.
Dans le cadre de la présente négociation, le gouvernement voulait au départ abolir ces primes, qui peuvent représenter quelques milliers de dollars pour une infirmière affectée au poste de nuit, au sommet de son échelle salariale, a précisé Mme Laurent.
«On n'a jamais compris à quoi ça devait servir» l'argent qui devait être récupéré en abolissant ces primes, a indiqué Mme Laurent.
Or, le gouvernement est revenu sur son intention au cours des derniers jours, a-t-elle confirmé.
Elle n'a pu dire ce qui avait motivé ce revirement. «J'ose croire que c'est notre mobilisation. Ils n'apprécient peut-être pas nos actions surprises», a-t-elle dit.
La dirigeante syndicale a ajouté qu'«ils se sont rendu compte que (l'abolition des primes), ça créerait plus de problèmes de faire ça, parce que c'est comme rompre un contrat. Les gens qui ont pris des postes de soir et de nuit l'ont pris en sachant qu'ils avaient cette majoration-là. Donc, probablement qu'il y a des gens qui laisseraient ces quarts de travail-là. C'est un risque», a conclu Mme Laurent.
La FIQ avait claqué la porte à la fin de septembre, avant de revenir à la table de négociation le 2 octobre dernier.
«Depuis qu'on a quitté la table et qu'on est revenu, on est vraiment dans une réelle négociation, c'est-à-dire qu'on a des échanges ouverts. On ne s'entend pas sur tout, mais au moins on est dans des échanges», a résumé la dirigeante syndicale.
La FIQ a 66 000 membres; elle représente la majorité des professionnelles en soins infirmiers et soins cardiorespiratoires qui oeuvrent dans le réseau public au Québec.