Les représentants de l’industrie du taxi de même que certains acteurs du milieu communautaire craignent que la clientèle des plus vulnérables ne soit pénalisée par le projet de loi 17.

Industrie du taxi et transport adapté: les plus vulnérables sont inquiets

Il n’y a pas que les travailleurs de l’industrie du taxi qui s’inquiètent des conséquences du projet de loi 17, qui revoit de fond en comble la manière d’offrir des services de transport rémunérés. La Dynamique des Handicapés Granby et région (DHGR) mène une charge contre le texte de loi, craignant que la clientèle des plus vulnérables ne soit pénalisée par la déréglementation du secteur.

La coordonnatrice de l’organisme parle d’un important recul pour les personnes vulnérables, aux prises avec un handicap ou une déficience intellectuelle, de même que les personnes âgées, qui ne sont pas considérées par les dispositions du projet de loi. « Je suis tombée en bas de ma chaise, confie Marie-Christine Hon. C’est une loi qui vient de sacrifier quarante ans d’acquis. »

Elle ajoute ainsi sa voix à celle de l’Alliance des regroupements des usagers du transport adapté du Québec (ARUTAQ), qui réclame du gouvernement que le projet de loi soit retiré, ou à tout le moins revu en profondeur pour tenir compte de la réalité de ces personnes vulnérables.

L’ARUTAQ, qui représente 120 000 personnes admissibles au transport adapté, allègue que l’industrie du taxi est un partenaire majeur depuis nombre d’années dans l’organisation des services de transport adapté. « Au Québec, elle effectue 70 % des déplacements que requièrent les personnes handicapées pour aller à l’école, se rendre au travail, recourir à leurs soins de santé, visiter leur famille et leurs amis, et s’impliquer dans leur communauté, ce qui représente près de 6 millions de déplacements par année », indique la directrice de l’organisme, Rosanne Couture.

De plus, plaide-t-on, de plus en plus de personnes auront recours au transport adapté au cours des prochaines années. « Il y a de plus en plus de demandes pour Ami Bus, les gens tombent de plus en plus malades et la population est vieillissante », indique Mme Hon.

Assistance

Le projet de loi, dans sa mouture actuelle, n’obligerait plus les entreprises à compter dans leur flotte un véhicule adapté, craint Mme Hon.

Par ailleurs, souligne Elvis Redzepagic, président de Taxi 3000, les chauffeurs de taxi doivent suivre une formation pour savoir assister la clientèle à mobilité réduite, ce qui ne sera pas exigé des automobilistes qui offriront des transports avec Uber.

Il rappelle également que les chauffeurs de taxi aident souvent leurs clients, le service qu’ils offrent allant bien au-delà du simple transport. « Une personne âgée nous appelle, on se rend chez elle, on va la chercher pour aller dans le taxi. Si elle revient de faire des courses aux Galeries de Granby, par exemple, il y a des lignes fixes et directes pour nous appeler. On la ramène chez elle et on monte ses sacs pour elle », illustre-t-il.

Selon le président de Taxi 3000, les personnes âgées, handicapées et autres personnes vulnérables constituent « au moins » 30 % de la clientèle de l’entreprise. Bon nombre d’entre elles ne seraient pas à l’aise avec la technologie nécessaire au bon fonctionnement de Uber et des autres joueurs.

Un constat que confirme Pauline Robert, présidente de la branche granbyenne de l’Association québécoise des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR). « Peu de gens sont équipés [d’un téléphone mobile], plaide-t-elle, et ça peut être long avant qu’ils ne maîtrisent l’application. Et une fois que c’est fait, il y a une mise à jour et tout est à recommencer ! »

Prévenir les abus

Alyson Bousquet, présidente du conseil d’administration de la DHGR, craint pour sa part que la sécurité des usagers soit compromise. « Quand tu connais la compagnie, tu te sens en confiance, tes proches te savent en sécurité parce que tu es habitué, déclare-t-elle. Avec un inconnu à chaque fois, ça peut créer un stress et tu ne sais jamais à qui tu as affaire. »

« Le chauffeur d’Uber te donne rendez-vous à un coin de rue, il ne vient pas te chercher à la porte, renchérit Mme Hon. En campagne, le taxi peut venir te chercher à 3 heures du matin. Uber, si les chauffeurs n’ont pas envie, tu passes ton tour. »

« Ce sont toujours les personnes les plus vulnérables qui sont touchées en premier, et celles-ci n’ont pas les moyens de se défendre », déplore Mme Bousquet.

C’est sans compter l’avènement des tarifs modulés, poursuit M. Redzepagic. Une dépense imprévisible tant pour la clientèle vulnérable et souvent défavorisée, mais aussi pour les organismes communautaires. « Pour la même course, on peut te demander 10 $ le matin et 48 $ le soir, illustre-t-il. Pour des organismes à but non lucratif avec un faible budget qui doivent planifier toutes leurs dépenses, ça sera impossible. »

Mme Hon s’inquiète également de ce qui pourrait se produire en cas de pépin. « Je me pose la question pour les assurances. Qui paie s’il arrive un accident ? » demande-t-elle.

La Ville de Granby interpellée

Mme Robert ne s’explique pas l’absence de clauses protégeant les plus vulnérables, d’autant plus que le ministre des Transports et député de Granby, François Bonnardel, est réputé pour être un élu à l’écoute.

« On l’a rencontré, on l’a sensibilisé et il connaît le problème du transport adapté », affirme Mme Hon.

Celle-ci espère que la Ville de Granby s’ingérera dans le débat, elle qui est reconnue pour ses efforts d’intégration. « Granby est une ville reconnue pour sa politique d’accessibilité universelle, souligne Marie-Christine Hon. C’est une politique reconnue, bien en place et qui permet de faire des tas de choses. Que va faire la Ville de Granby pour protéger ça dans le transport adapté ? »

En réponse à une demande formulée par La Voix de l’Est au cabinet du ministre des Transports, on nous a répondu que M. Bonnardel « est très sensible à l’enjeu du transport adapté et il a déjà eu des représentations à cet effet. Il tient à rassurer la population que cela sera abordé lors de l’étude détaillée du projet de loi et a l’intention de s’assurer que les services demeureront accessibles, voire bonifiés ».