« Pour un CALACS inclusif » comprend une série de trois affiches et dépliants assortis, dont chacun est destiné à une tranche de la clientèle issue de la diversité­.

Inclure toutes les femmes, sans exception

La violence sexuelle peut prendre plusieurs formes. Le visage de ses victimes aussi. C’est pourquoi le Centre d’aide à la lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Granby lance ces jours-ci une campagne de sensibilisation destinée aux femmes issues de la diversité.

« Pour un CALACS inclusif » comprend une série de trois affiches et dépliants assortis, dont chacun est destiné à une tranche de la clientèle bien précise : les femmes immigrantes, celles en situation de handicap et celles appartenant à la communauté LGBTQ+.

De manière personnalisée, on y énumère des exemples de violence sexuelle susceptibles de se produire auprès de chaque groupe, mais aussi des conséquences possibles à être victime de ces gestes et une invitation à consulter de façon confidentielle l’organisme, qui peut défrayer des frais de transport et de gardiennage en plus d’offrir un service d’interprète sur demande.

La chargée de projet au CALACS, Gabrielle Champagne

« Chaque groupe de femmes n’est pas hétérogène en soi. On aurait aussi pu s’adresser aux femmes aînées, aux femmes autochtones et aux femmes en situation de pauvreté, illustre la chargée de projet Gabrielle Champagne. Notre organisation souhaite que sa porte soit réellement ouverte à toutes. »

Et c’est pour interpeller celles qui pourraient avoir besoin du soutien de l’organisme que celui-ci a choisi d’illustrer ses outils promotionnels avec les visages de femmes dans lesquels elles pourraient se reconnaître elles-mêmes.

Concertation
Le tout est le fruit d’un travail concerté entre le CALACS, la Dynamique des Handicapés de Granby et région (DHGR), Divers-Gens et Solidarité Ethnique Régionale Yamaska (SERY).

Il est parfois arrivé que ces organismes accueillent des confidences de certaines femmes.

Chez SERY, un travailleur social est chargé d’évaluer les réfugiés ; c’est cette personne-ressource qui réfère au besoin les dames au CALACS, indique Isabelle Meunier, coordonnatrice Aide à l’accueil et à l’établissement chez SERY. « Ce qui est parfois difficile, c’est que certaines personnes immigrantes n’ont pas la même perception de ce qu’est la violence sexuelle », indique-t-elle.

Marie-Christine Hon, à la DHGR, apporte un autre éclairage. « Plusieurs personnes handicapées vivent dans des centres de soin. On ne les entend pas, on ne les voit pas, déplore-t-elle. On n’arrive pas à les atteindre alors que ce sont les plus vulnérables d’entre toutes. »

Plus vulnérables, plus d’obstacles
Ces clientèles sont souvent plus vulnérables à des manifestations de la violence sexuelle. Pourtant, ces femmes sont moins susceptibles de dévoiler ce dont elles sont ou ont été victimes, allègue le CALACS.

Au cours de la dernière année, à peine 3 % de tous les dossiers ouverts à l’organisme touchent des femmes issues de l’une ou l’autre des clientèles ciblées par la campagne. « En même temps, il y a des handicaps qui ne sont pas visibles, une orientation sexuelle, ça ne paraît pas toujours. Et ce ne sont pas toutes les femmes qui nous font part qu’elles ont un handicap, qu’elles sont immigrantes ou qu’elles font partie de la communauté LGBTQ+, au moment de dévoiler leur histoire », nuance Chantal Brassard, coordonnatrice du CALACS.

Que ce soit la barrière de la langue, la méconnaissance des droits, lois et ressources, la peur d’être jugée, l’isolement, l’intériorisation de préjugés, l’absence d’éducation sexuelle, la peur de faire son coming out ou les difficultés à communiquer ou se déplacer, les obstacles sont aussi plus nombreux pour ces femmes qui cherchent à dévoiler la violence qu’elles vivent, a-t-on souligné.

Néanmoins, les demandes d’aide sont en hausse, y compris chez les femmes issues de la diversité, indique Mme Brassard. Cela s’explique entre autres par les efforts de sensibilisation de l’organisme et par les vagues de dévoilement qui ont notamment ébranlé le domaine du show-business américain et québécois.

Une campagne qui voyage
Bien que le tout soit lancé dimanche dans le cadre de la Semaine des victimes et survivants d’actes criminels, qui aura lieu du 27 mai au 2 juin prochain, la campagne du CALACS s’étirera pour sa part sur quatre semaines.

Grâce à une aide financière issue du Fonds d’aide aux victimes du ministère de la Justice, les affiches seront bien en vue sur une dizaine d’autobus à Granby, Cowansville et Farnham, deux véhicules d’Ami-Bus et sur cinq abri-bus à Granby.

Des intervenantes du CALACS en ont également profité pour sensibiliser des chauffeurs d’autobus à sa mission et au fléau de la violence sexuelle, afin de les outiller à reconnaître celle-ci, à intervenir et à diriger les femmes vers l’organisme, si nécessaire.