Bianca Bachand souhaite sensibiliser le public à la réalité des gens vivant avec une maladie pulmonaire chronique, ce qui l’empêche de porter le masque, dit-elle.
Bianca Bachand souhaite sensibiliser le public à la réalité des gens vivant avec une maladie pulmonaire chronique, ce qui l’empêche de porter le masque, dit-elle.

Incapacité à porter le masque: un combat qui s’annonce ardu

Alors que le port du masque deviendra obligatoire dès samedi dans les lieux publics fermés, le spectre d’un combat se dessine pour ceux qui ne peuvent pas l’enfiler en raison de problèmes majeurs de santé. C’est le cas de Bianca Bachand, qui souffre d’une maladie pulmonaire.

De prime abord, Bianca Bachand semble en pleine santé. Or, la réalité est tout autre. Ses capacités physiques sont grandement amputées en raison de la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) qui l’afflige. Chaque bouffée d’air frais l’éloigne d’une visite à l’hôpital. Le port d’un couvre-visage aurait l’effet inverse, assure-t-elle.

«Quand j’arrive chez moi, au deuxième étage, avec mes sacs d’épicerie, je suis très essoufflée. Avec les périodes de chaleur, c’est pire, dit la Granbyenne de 47 ans. Porter le masque sur une longue période, c’est carrément impensable.»

Angoisse, frustration, consternation. Bianca Bachand passe par toute la gamme des émotions en pensant à ce qui l’attend avec l’entrée en vigueur du port du masque obligatoire dans les lieux publics clos, décrétée par le gouvernement Legault.

Premier round

Malgré ses problèmes de santé, Bianca Bachand n’est pas le genre à baisser les bras. Elle est prête à amorcer le premier round d’un combat qui s’annonce ardu. «C’est méconnu, mais ma condition de santé ne me permet pas de porter de masque pour entrer dans un commerce. C’est évident que je devrai me battre pour faire valoir mes droits. Et je ne serai pas la seule.»

Vérification faite, les informations sur le site du gouvernement du Québec corroborent cette affirmation. Certains individus ne sont pas visés par la nouvelle règle. Outre les enfants de moins de 12 ans, on retrouve notamment dans cette catégorie «les personnes dont la condition médicale particulière empêche le port du masque ou du couvre-visage».

Mme Bachand ne pourra pas compter sur les forces de l’ordre pour l’épauler. En fait, le service de police de Granby n’interviendra pas si on lui refuse l’accès à certains endroits publics clos parce qu’elle ne porte pas de masque.

«Les gens de la Santé publique vous réfèrent à votre médecin de famille ou à un autre médecin afin d’avoir un billet médical concernant votre situation, a indiqué Stéphane Cabana, inspecteur-chef à la section des enquêtes criminelles du corps policier, dans un échange de courriels avec Bianca Bachand. Le service de police ne peut pas prendre position dans le cas où un commerce ne veut pas vous accepter, car vous ne portez pas le masque. Le commerce a la responsabilité de s’assurer que chaque client porte le masque.»

Jugement

Avant même la pandémie, Bianca Bachand appliquait déjà la plupart des règles sanitaires. «Me laver les mains, garder mes distances avec les gens malades, tousser dans mon coude, ça fait partie de mon quotidien depuis longtemps. Une simple grippe peut me faire mourir. Je dois être ultra vigilante.»

Bianca Bachand n’en peut plus d’encaisser jour après jour les commentaires désobligeants des gens sur les réseaux sociaux. «Dès que j’essaie de parler de ma situation particulière, on me pointe du doigt, image-t-elle. Des gens me traitent d’individualiste, de moins que rien parce que je ne peux pas porter de masque. Je n’ose pas imaginer quand ce sera obligatoire.»

«Plusieurs personnes me disent que je devrais me faire livrer les choses plutôt que d’aller en magasin. Mais, je n’ai pas les moyens de payer pour ça. Les plus nantis ne sont pas conscients de ça», affirme celle qui vit de l’aide sociale.

Bianca Bachand compte néanmoins mettre tout en oeuvre pour sensibiliser les gens. «Je vais porter un dossard sur lequel j’inscrirai ‘‘Je suis MPOC’’. J’espère vraiment que les commerçants se serviront de leur jugement. Sinon, ce sera un combat constant.»