Annoncé en 1989, le projet Astérix World devait voir le jour à Granby en 1992. Celui-ci aurait recréé l’univers de la bande dessinée aux abords de l’autoroute­ 10.

Il y a trente ans, le rêve d’un parc Astérix à Granby

Il y aura bientôt trente ans, l’idée de doter Granby d’un parc thématique dédié à l’univers de la bande dessinée Astérix animait élus et personnalités d’affaires. Après avoir été dans leur collimateur pendant quelques années, le projet ne sera toutefois jamais mis de l’avant.

Au milieu des années 1980, le maire de Granby de l’époque, Mario Girard, se rend à Orlando, en Floride, rencontrer des représentants de l’Association internationale des parcs d’amusement et des attractions. Il revient en ville avec une idée, un rêve : doter Granby de son propre parc thématique.

« À l’époque, il y avait une volonté de réaliser des parcs thématiques, dans la foulée du développement des parcs de Disney. Tout le monde en voulait un », relate-t-il dans le cadre d’un entretien avec La Voix de l’Est.

La bonification de l’offre touristique de la ville du Zoo, en complémentarité avec celui-ci, motivait les idéateurs du projet. « L’intérêt de la Ville réside surtout dans la création d’emplois, l’activité économique générée, le revenu provenant des taxes foncières et, bien sûr, d’un attrait supplémentaire important », écrivait d’ailleurs l’élu dans un rapport rédigé sur le projet. On estime alors que celui-ci pourrait générer 200 emplois à Granby.

À la conquête de l’Amérique

Le choix de la thématique du parc s’est ensuite imposé, Astérix étant la bande dessinée la plus populaire au Québec depuis une vingtaine d’années. De plus, le Parc Astérix, alors tout nouveau tout beau à Plailly, en banlieue de Paris, connaissait déjà un succès monstre.

Le projet Astérix World était né. Annoncé en grande pompe en 1989, on espérait que les premiers visiteurs franchissent les tourniquets du parc en 1992.

D’une superficie de 24 hectares, celui-ci aurait recréé l’univers de la bande dessinée aux abords d’un lac artificiel aménagé tout près de l’autoroute 10. « Le plan du parc est prometteur : on y découvre un village semblable à celui des albums, quelques camps romains, des expositions permanentes sur les civilisations romaine et gauloise, plusieurs manèges, des restaurants, un hôtel et même… un casino ! », détaille l’auteur Tristan Demers dans un court chapitre dédié à l’aventure, dans son livre Astérix chez les Québécois, Un gaulois en Amérique.

Retour à la réalité

Malheureusement, le contexte économique de l’époque et le bassin de touristes insuffisant pour soutenir une telle attraction a fait en sorte que l’Astérix World ne s’est jamais concrétisé.

Le projet initial était évalué à 35 millions de dollars. Au terme de l’étude de faisabilité, le coût projeté était plutôt de 100 millions de dollars. En dollars d’aujourd’hui, cela signifierait que la facture aurait bondi de 65,1 à 186,2 millions de dollars !

« Il faudrait plus d’un million de visites annuellement pour tout juste maintenir le fonctionnement du parc. Il ne s’agit plus d’un projet d’intégration d’un parc thématique au Zoo », réalise alors le maire Girard, qui écrira ce constat dans un bilan intitulé De la problématique d’établissement d’un parc thématique de classe internationale à Granby.

« Les études ont démontré qu’en investissant 100 millions, on peut attirer un visiteur pendant quatre heures. Pas quatre jours. On ne pouvait pas se permettre un investissement de cette envergure pour ne retenir les visiteurs qu’à peine quelques heures », revient M. Girard avec le recul.

De plus, il aurait fallu dézoner plusieurs terres agricoles et procéder à des expropriations pour construire le site, sans compter le raccordement aux infrastructures municipales et l’aménagement d’infrastructures routières pour s’y rendre sans nuire à la fluidité de la circulation périphérique.

Malgré des espoirs de relance, le projet est bel et bien enterré en 1993.

L’ancien maire Girard n’a pas de regrets aujourd’hui. « Le projet a bien été analysé, confie-t-il. Ça a quand même coûté 400 000 $ à la Ville et au gouvernement pour faire une étude, mais on avait vite compris que ça représenterait des investissements de plusieurs millions de dollars pour quelque chose qui ne serait jamais rentable. C’était d’une trop grande envergure. »

« Aujourd’hui, le Zoo accueille 700 000 visiteurs par année. On voit que c’est possible d’amener des gens à Granby, mais encore là, ils ne viennent que quelques heures avant de repartir », poursuit M. Girard.

« Astérix et Obélix demeurent toujours pour les Granbyennes et les Granbyens des citoyens désirés, écrira le maire Girard dans son bilan post mortem du projet. Souhaitons que la potion magique des temps modernes, l’argent, trouve son druide pour la réalisation du parc rêvé. »