Ghislain Simard a été directeur de la programmation sportive aux Jeux du Québec­ de 1995, à Granby.
Ghislain Simard a été directeur de la programmation sportive aux Jeux du Québec­ de 1995, à Granby.

Il y a 25 ans, les yeux étaient rivés sur Granby  [GALERIE PHOTOS]

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Il y aura 25 ans dans quelques jours, la 30e finale des Jeux du Québec et ses nombreuses délégations faisaient vibrer Granby. Si chacun conserve de précieux souvenirs de ces 10 jours de fête où le sport et la jeunesse ont été à l’honneur, tous sont unanimes sur le fait que des efforts titanesques ont été nécessaires pour préparer la ville-hôte à l’événement.

En tout, plus de 3500 athlètes, officiels et accompagnateurs de partout au Québec ont convergé vers la ville du Zoo, entre le 3 et le 12 mars 1995, pour prendre part à des centaines d’épreuves sportives.

Deux athlètes de Granby — la skieuse de fond Marie-Josée Langlois et le joueur de waterpolo Charles Prémont — ont eu l’honneur d’allumer la flamme marquant le début des festivités dont les porte-paroles ont été le comédien Marc Messier et le regretté journaliste Gaétan Girouard.

« L’arrivée des porteurs de drapeau, la parade... tout cela était très émouvant. La fébrilité au tout début était assez palpable. C’était un événement tellement rassembleur ! » se souvient Martine Laflamme, qui a été chef de mission pour la délégation de Richelieu-Yamaska.

Selon François Brodeur, qui fut directeur de la logistique, l’organisation de la finale des Jeux a été source de nombreux apprentissages.

L’ampleur de cet événement grandiose n’a eu d’égal que l’immense préparation effectuée en amont pour en assurer le succès.

Deux ans de travail bénévole ont été nécessaires pour compléter le cahier de charges qui a convaincu l’organisation des Jeux du Québec de tenir leur finale hivernale de 1995 à Granby. « Et ensuite, ça a été deux autres années de travail pour se préparer ! » lance Ghislain Simard, qui a été directeur de la programmation sportive, un rôle qui l’a mené à chapeauter près de 2800 bénévoles à partir du quartier général installé au Cégep de Granby.

« Sports Québec nous avait dit que c’était aussi gros que d’organiser les Jeux olympiques, mais que tout est fait bénévolement. C’était grandiose », se rappelle cet enseignant retraité en éducation physique.

René Marois était bénévole en tant que responsable de l’approvisionnement.

Réglé au quart de tour

Chaque événement était préparé dans ses moindres détails, ce qui a mené les organisateurs à anticiper tous les scénarios possibles.

« Je me souviendrai toujours qu’on m’avait demandé : “As-tu pensé à l’impossible ? ”relate M. Simard. Il fallait toujours prévoir des plans B et être paré à toute éventualité. »

La compétition de plongeon, par exemple, avait dû être organisée à Saint-Césaire, car le niveau d’eau de la piscine à Granby était trop bas d’un centimètre. Celle de ski de fond, pour sa part, avait été tenue au golf de Waterloo, où des pistes ont été aménagées spécialement pour l’occasion.

François Brodeur était directeur de la logistique à la finale granbyenne des Jeux du Québec en 1995. Concrètement, il était responsable d’orchestrer la gestion des appareils informatiques et de la centrale administrative dans le gymnase du Cégep de Granby, où les sous-directeurs des jeux s’étaient installés durant tout l’événement, mais aussi dans tous les sites où des compétitions avaient lieu. Trois cents bénévoles étaient sous sa responsabilité pour s’acquitter de cette mission titanesque.

« À l’époque, la technologie n’était pas la même qu’aujourd’hui, relève M. Brodeur. On n’avait pas encore Internet, alors on a installé des photocopieurs, des fax, des gros ordinateurs et tous les fils pour brancher ça ! »

Toutes les délégations devaient avoir accès à des équipements informatiques. Chacune recevait également le compte rendu de chaque épreuve, ce qui a nécessité des tonnes de papier.

L'arrivée de la flamme.

Journées fort chargées

Peu importe le rôle qu’ils ont joué lors des Jeux du Québec, tous les intervenants sondés par La Voix de l’Est ont fait mention de leurs journées fort chargées.

« Pour dire, je passais à peu près la moitié du temps au bureau et l’autre moitié à suivre les compétitions, se souvient Mme Laflamme. On se réveillait très tôt le matin, on avait une réunion pour en prévoir d’autres, et ensuite on allait faire des comptes rendus à la radio. C’était un horaire complètement fou ! »

D’ailleurs, pour prévenir l’épuisement des bénévoles et des organisateurs, on a tâché d’apprendre des erreurs des compétitions précédentes. Avant d’accueillir les centaines de jeunes athlètes, les organisateurs ont pu assister à d’autres Jeux du Québec, notamment à Baie-Comeau et à Gaspé, pour réaliser l’ampleur de la tâche.

« Les directeurs de la programmation sportive des deux jeux avaient fait un burn-out. C’était trop pour eux et ça ne me tentait pas de me rendre là ni que mes bénévoles se rendent là », indique M. Simard.

« J’ai donc monté un système, j’ai triplé les collaborateurs et j’ai obligé les bénévoles à se faire masser pendant les jeux pour se détendre », ajoute-t-il.

Plus de 4000 bénévoles avaient fait de cet événement sportif un succès. René Marois était du lot alors qu’en tant que responsable de l’approvisionnement, il avait la responsabilité du bar où se réunissaient bénévoles et membres de la délégation en fin de journée. Il a notamment contribué à l’organisation de tous les 5 à 7 bénéfice permettant de financer la tenue des Jeux et a finalisé des ententes avec certains commanditaires.

« C’était de l’inconnu pour nous. Tant qu’on n’est pas rentrés dans le feu de l’action, on ne peut pas savoir dans quoi on s’embarque réellement ! » lance-t-il.

Même s’il a été libéré de son emploi pendant deux semaines pour prendre part aux Jeux, la tâche était telle qu’il a eu besoin d’une autre semaine de vacances pour se reposer. « J’arrivais à 6 h le matin, je finissais ma journée après deux heures du matin, se rappelle-t-il. Les soirées au bar étaient très festives. Ça buvait une tasse ! »

« Une belle grande famille »

« Je recommencerais demain matin si on me le demandait, et je suis loin d’être le seul ! » lance avec enthousiasme René Marois, malgré ses 77 ans.

S’il s’est fait des amis parmi les autres bénévoles lors des Jeux, il garde un souvenir fort positif de son expérience.

« Ça a été une belle expérience et une excellente vitrine pour Granby, qui était aux nouvelles télévisées tous les soirs, relate-t-il. C’était quand même énervant, on n’avait jamais fait ça, mais avec le recul, je crois que même si on avait été mieux préparés, on n’aurait pas pu faire mieux. »

Celui qui fut directeur de la logistique conserve un souvenir fort agréable de l’aventure, même si celle-ci date désormais d’un quart de siècle. « Ça a fait des gens de Granby une belle grande famille, croit Ghislain Simard. Il y a eu de la solidarité entre la Ville, les écoles, les organismes et les bénévoles comme il n’y en avait jamais eu et comme il n’y en a pas eu par la suite. On a découvert qu’on pouvait se relever les manches et accomplir quelque chose de grandiose. On a de quoi être fiers de ce qu’on a fait. »

DES LEGS ET DES LEÇONS

Un quart de siècle plus tard, le passage des Jeux du Québec à Granby a laissé des traces dans la région.

Aux dires de Ghislain Simard, le curling, le handball, la lutte olympique et le tennis de table, parmi d’autres disciplines, ont connu un essor dans la région au cours des 25 dernières années, notamment en raison des compétitions qui ont eu lieu à Granby.

Selon François Brodeur, l’organisation de la finale des Jeux a aussi été source de nombreux apprentissages, qui ont été remis en application à un moment crucial. «Trois ans plus tard, on a eu la crise du verglas, rappelle--t-il. Je pense que d’avoir eu à s’organiser comme on l’a fait aux Jeux nous a permis de nous débrouiller plus efficacement à ce moment-là. Ça a été moins pire à Granby qu’ailleurs, car on avait appris des Jeux.»