Michel Aubé
La Voix de l'Est
Michel Aubé

Il neigeait des oiseaux…

CHRONIQUE / La neige est abondante dans la clairière où le vent glacial a dessiné un paysage de dunes et de congères. La mangeoire dressée en plein milieu vient d’être remplie et attire déjà les tourterelles, les cardinaux et les geais. Mais voilà qu’une bise forte vient disperser les graines de maïs, de millet et de colza, sablant la neige tout autour d’une poudre blonde et mordorée. Et du coup, malgré un ciel d’azur, pur et dégagé, quelques dizaines de balles neigeuses s’abattent au sol, comme de gros flocons duveteux.

Ce sont des plectrophanes des neiges, les oiseaux dont l’aire de reproduction est la plus nordique au monde, carrément dans le cercle arctique. De la taille de la grive solitaire, ils ont plutôt l’allure robuste et le bec conique des bruants. Ils sont parés d’un plumage majoritairement blanc, strié de noir et de gris sur le dos, tacheté de roux sur la calotte, la poitrine et les flancs. Ils désertent le Nord canadien lorsque la température devient trop brutale et que la nourriture se fait rare. Ils peuvent arriver dès octobre, ou plus tard dans l’automne, selon les rigueurs de l’hiver arctique. Ils sont aperçus parfois sur le territoire du CINLB, pas nécessairement chaque année, mais ils fréquentent régulièrement le bord des routes rurales et les plaines agricoles du sud du Québec, entre décembre et février.

Le mâle regagne le nord à partir de la fin mars, quatre à six semaines avant l’arrivée des femelles. Pour les Inuits, sa mélopée claire et cristalline marque l’arrivée du printemps. La fréquence et la complexité de ce chant constituent de bons indicateurs pour les femelles, car l’émetteur doit en maintenir la régularité tout en s’alimentant pour restaurer son énergie. Le couple est monogame pour la saison de reproduction. Selon les chercheurs, la qualité de la prestation du mâle est effectivement corrélée avec la taille de la nichée qui sera menée à terme.

Le nom bizarre de plectrophane, partagé par six espèces seulement, provient du grec (pléktron = éperon, et phanès = apparent). Il a été choisi en raison d’une caractéristique particulière à ces oiseaux. La griffe du doigt arrière de chaque patte est d’une longueur aussi grande que celle du doigt lui-même, ce qui lui confère l’apparence d’un ergot, même si cette excroissance cornée ne se présente pas plus haut sur la patte, comme chez le coq.

Michel Aubé, vice-président

du CINLB et professeur retraité de l’Université de Sherbrooke