Les manifestants se sont regroupés symboliquement vendredi devant le bureau du député de Granby, François Bonnardel, qui appuie le mouvement contestataire.

Horodateurs du CIUSSS de l'Estrie: «On se sent pris en otage»

L’implantation de nouveaux horodateurs dans l’ensemble des établissements du CIUSSS de l’Estrie continue de soulever la grogne. Des membres et dirigeants d’organismes de la région, représentant entre autres les personnes âgées, ont exprimé vendredi leur indignation à propos de cette décision, devant les bureaux du député de Granby, François­ Bonnardel, sensible à ce dossier. Les manifestants réclament que l’on corrige le tir rapidement.

La présidente de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), Pauline Robert, a piloté la manifestation. « Faisant partie de plusieurs organismes d’aînés, j’entends leurs demandes, leurs protestations. [...] Les changements dans la façon de payer le stationnement dans les services de santé et de services sociaux se sont faits sans consulter les organismes venant en aide aux aînés, sans connaître les impacts qu’ils auront sur ces derniers », a-t-elle déploré.

Hélène Lejeune, également de l’AQDR, abonde dans le même sens. « En allant de l’avant avec un tel projet d’horodateur, les gens du CIUSSS démontrent une chose : qu’ils sont déconnectés de la réalité de la population. [...] On se sent pris en otage dans tout ça », a-t-elle fait valoir en entrevue. Selon l’organisme sans but lucratif, la majorité des aînés déboursent plus que nécessaire en utilisant ces nouveaux équipements dans le réseau de la santé estrien.

Outre le fait de ne pas payer le juste montant en utilisant les horodateurs, ce nouveau système engendre beaucoup de stress, principalement chez les aînés, a mis en relief l’AQDR.

Rappelons que pour payer son stationnement dans un établissement du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie, chaque usager doit désormais entrer le numéro de plaque d’immatriculation de sa voiture. Il faut au préalable choisir la durée de stationnement. Seuls les paiements par carte de crédit ou en argent (montant exact) sont acceptés. Les gens conservent maintenant le reçu imprimé par l’horodateur plutôt que de le laisser dans leur véhicule. La première demi-heure (par tranche de 12 heures) est gratuite. La somme à débourser croît ensuite graduellement, pour atteindre un maximum de 7,50 $ par jour.

Pauline Robert et Hélène Lejeune, respectivement présidente et administratrice à l’AQDR.

«Machine à cash»

François Bonnardel a été un des premiers à décrier l’approche préconisée par le CIUSSS de l’Estrie pour ses nouveaux horodateurs. Il constate depuis des semaines que la grogne s’accroît au sein de la population. « On reçoit beaucoup d’appels de gens qui m’interpellent à propos du changement du mode de paiement des horodateurs. C’est devenu, selon moi, une espèce de “machine à cash” pour les hôpitaux et surtout le CIUSSS. [...] Même si c’est cinq dollars, on fait de l’argent sur le dos des personnes âgées, des plus démunies. En fait, on n’a pas à aller chercher plus de sous dans les poches de tous ceux qui vont à l’hôpital », a indiqué à La Voix de l’Est le représentant de la Coalition avenir Québec.

D’ailleurs, le député de Granby a interpellé lors des débats à l’Assemblée nationale, le 14 février, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette­, concernant ce qu’il qualifie de « nouvelle taxe déguisée ». « Concrètement, on demande aux usagers de payer pour leur séjour en entier dès leur arrivée, alors qu’ils ne savent même pas combien de temps ils vont rester. Résultat, plusieurs personnes paient trop cher pour la durée de leur stationnement. C’est une autre façon d’aller chercher encore plus d’argent dans la poche des gens, a fait valoir le leader parlementaire de la CAQ. [...] Les usagers du CIUSSS n’apprécient pas ce changement. [...] Est-ce que le ministre va demander au CIUSSS de revoir sa décision, qui empire la vie des gens et leur coûte plus cher ? »

Répliquant aux propos de son vis-à-vis, Gaétan Barrette s’est dit ouvert à prendre le dossier en main. « Dans notre mandat, ce sujet a été soulevé à plusieurs reprises puis, je dirais, avec justesse. [...] On est là pour donner des services à la population de la façon la plus appropriée possible, mais certainement pas pour aller imposer une taxe supplémentaire. [...] Je serais très surpris, puis si c’est le cas, je vais intervenir, qu’une personne paie à l’avance, sans possibilité, à la sortie, d’avoir un remboursement, a-t-il fait valoir. Je suis content que [M. Bonnardel] m’éveille à cette situation. »

Pétition

Une pétition chapeautée par le député de Granby, s’intitulant « Remboursement des heures payées en trop par les usagers dans les horodateurs des hôpitaux », vient d’être mise en ligne sur le site de l’Assemblée nationale. Le document contestataire comporte deux demandes au gouvernement du Québec. Primo, on réclame de « trouver une solution » pour rendre le trop-perçu aux usagers. Et secundo, « que le ministère de la Santé et des Services sociaux consulte les associations qui représentent les aînés lors d’implantation de changement majeur dans les services à la population ». La date butoir pour signer la pétition est le 20 avril. « On sait que bien des gens sont mécontents des nouveaux horodateurs. Ils ont maintenant une manière de plus pour se faire entendre avec la pétition », a indiqué son initiatrice, Pauline Robert.

Selon les données fournies par le CIUSSS de l’Estrie, du 5 décembre 2017 au 28 février, 69 plaintes
(47 écrites et 22 verbales) concernant les stationnements ont été enregistrées. Celles-ci sont regroupées en trois catégories : l’aspect monétaire, le fonctionnement et la disponibilité des places. L’organisation ne nous a toutefois pas dévoilé les chiffres par motifs. Au cours de cette période, 36 plaintes ont été déposées à Granby, dont 25 seulement en février. Le CHUS Hôtel-Dieu ainsi que le CHUS Fleurimont comptent 29 plaintes durant le même laps de temps, tandis que l’on en a dénombré quatre à Magog.

D’ici l’automne

Le CIUSSS de l’Estrie a refusé d’accorder une entrevue à La Voix de l’Est à propos du dossier, vendredi. « Nous travaillons étroitement avec notre fournisseur, la Société Parc Auto du Québec, sur des solutions concrètes qui pourront être mises en place, nous l’espérons, cet automne. Nous évaluons la possibilité de moduler autrement la tarification et d’offrir une flexibilité de paiement pour les permis journaliers », a indiqué par courriel la conseillère en communication de l’organisation, Geneviève Lemay, précisant qu’une rencontre est au programme la semaine prochaine avec les membres de l’AQDR pour trouver des pistes de solutions.