Le président du Syndicat des paramédics et du préhospitalier de la Montérégie-CSN, Gaëtan Dutil, et son collègue Patrick Marleau réclament une action rapide de Québec dans le dossier des horaires de faction.

Horaires de faction à Farnham: la sécurité des citoyens en jeu

Le maintien des horaires de faction pour les ambulanciers de Farnham compromet la sécurité de la population, clament des représentants syndicaux des paramédics. Ils exigent d’obtenir les statistiques promises par le ministère de la Santé concernant l’achalandage de leur service afin de poursuivre les pourparlers avec Québec pour trouver des solutions.

Les horaires de faction n’ont pas leur place au sein des services ambulanciers en 2018, a indiqué jeudi lors d’un point de presse le président du Syndicat des paramédics et du préhospitalier de la Montérégie-CSN (SPPM-CSN), Gaétan Dutil. 

Les chiffres sont sans équivoque, a-t-il fait valoir. « On parle [en moyenne] de sept minutes pour sauver une personne. Et juste pour deux paramédics sur des horaires de faction, on compte un délai d’environ 10 minutes pour venir chercher le véhicule et partir pour une intervention. Ce sont des vies humaines qui sont en jeu. »

En fait, après plusieurs décennies à réclamer l’abolition des horaires de faction, une mesure qui devait initialement être temporaire, des services ambulanciers de la région ont obtenu gain de cause. Après Cowansville à la fin de 2017, l’abolition de ce type de quart de travail devrait se concrétiser sous peu pour les paramédicaux de Waterloo. Par ailleurs, leurs collègues de Farnham ont réclamé publiquement l’équité en décembre, rapportait La Voix de l’Est. « Les gens de Farnham et des environs ont droit aux mêmes services qu’ailleurs dans la région ou à travers le Québec », a réitéré M. Dutil. 

Qui-vive

Propres aux régions rurales et communément appelés les « 7/14 », les horaires de faction obligent les ambulanciers à demeurer sur le qui-vive à la maison 24 h sur 24 durant une semaine entière. Suivent sept jours de congé. Dès qu’un appel d’urgence entre, les paramédicaux, qui résident à moins de cinq minutes du quartier général, doivent partir le plus rapidement possible avec un collègue. Selon Gaëtan Dutil, l’abolition des « 7/14 » permettrait de créer quatre postes réguliers de 12 heures à Farnham, alors que le service en compte actuellement deux. 

En plus d’allonger indument le temps de réponse des ambulanciers, les horaires de faction engendrent une panoplie d’irritants dans le quotidien des paramédicaux. « Avec le temps, les enfants s’habituent à l’alerte. Dès qu’un appel entre, on doit laisser tomber tout ce qu’on a entrepris. [...] Sans compter que c’est difficile de reprendre les heures de sommeil. Quand tu reviens d’une intervention, c’est dur de décrocher », a confié l’ambulancier Stéphane Lalumière.

En plus d’allonger indument le temps de réponse des ambulanciers, les horaires de faction engendrent une panoplie d’irritants dans le quotidien des paramédicaux. « Avec le temps, les enfants s’habituent à l’alerte. Dès qu’un appel entre, on doit laisser tomber tout ce qu’on a entrepris. [...] Sans compter que c’est difficile de reprendre les heures de sommeil. Quand tu reviens d’une intervention, c’est dur de décrocher », a confié l’ambulancier Stéphane Lalumière.

«Mauvaise foi»

Dans la foulée de l’annonce en novembre dernier par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, d’une enveloppe de 28,2 M$ afin d’améliorer les services préhospitaliers d’urgence, une lettre a été envoyée aux représentants des associations chapeautant les techniciens ambulanciers. « Ces annonces convergent également vers un objectif d’analyse de la performance de l’ensemble du secteur préhospitalier et permettra de mesurer et de comparer plusieurs éléments entre eux dans une perspective d’efficience », peut-on lire dans la missive datée du 21 décembre, ratifiée par le sous-ministre adjoint de la Santé, Marco Thibault. 

On y retrouve entre autres les critères d’application de plusieurs mesures concernant la réorganisation du travail des paramédics. « Dans les zones de couverture ambulancière où cohabitent des horaires de faction avec des horaires à l’heure, une transformation des horaires de faction sera effectuée dès que la zone atteint 3000 transports et plus [annuellement] ; [...] Les horaires de faction dont le temps de transport des équipes de faction dépasse annuellement une moyenne de 28 heures par semaine. Pour cette mesure, l’analyse effectuée se poursuivra dans les trois prochains mois afin de vérifier les données pour l’ensemble des équipes de faction. Advenant que le seuil fixé soit dépassé, il y aura transformation de ces horaires au cours de l’année 2018. [...] Dans le cadre de l’application de ces différentes mesures, le ministre [de la Santé] rendra disponible aux différents intervenants, l’ensemble des données en lien avec les zones de couverture et les équipes de faction », mentionne-t-on dans le document, dont La Voix de l’Est a obtenu copie.

L’analyse en question s’articule autour de plusieurs points. En ce qui concerne les secteurs où l’on retrouve les horaires de faction, le Ministère doit dénombrer les affectations, les transports effectués ainsi que ceux qui ont été annulés puis les débordements. À cela s’ajoute la compilation du temps moyen par transport. Idem pour ceux qui n’ont pas eu lieu.

Or, à ce jour, le SPPM-CSN clame que Québec n’a pas respecté son engagement. « On a signé une entente de convention collective en décembre parce que le Ministère avait indiqué qu’il nous transmettrait les statistiques d’achalandage. Mais on ne les a pas encore. [...] On pense que c’est de la mauvaise foi de ne pas respecter cet engagement », a déploré Gaëtan Dutil.

Qu’arrivera-t-il si les statistiques ne cadrent pas avec l’abolition des horaires de faction à Farnham ? « On va certainement entrer dans les rangs... temporairement. Mais s’il y a matière à trouver d’autres solutions pour donner un service adéquat à la population, je pense qu’on doit agir », a mentionné le président du SPPM-CSN. 

Le ministère de la Santé n’a pas rappelé La Voix de l’Est.