Il a fallu au moins 10 minutes avant qu’une autre équipe soit affectée à un appel d’urgence. Un des paramédics de l’équipe initialement attitrée à cet appel a été coincé dans le trafic causé par le passage d’un train.

Horaires de faction à Farnham: des délais «inacceptables»

Les délais occasionnés par les horaires de faction au service ambulancier de Farnham sont une fois de plus dénoncés par le syndicat. Un paramédic, en route pour rejoindre son coéquipier à la caserne, s’est retrouvé coincé dans le trafic en raison du passage d’un train, jeudi après-midi. Résultat : la centrale de communication aurait, selon le syndicat, mis au moins 10 minutes avant d’affecter une autre équipe pour répondre à l’appel classé urgent.

« C’est inacceptable qu’une chose comme celle-là arrive, dénonce Gaétan Dutil, président du Syndicat des paramédics et du préhospitalier de la Montérégie-CSN (SPPM-CSN). C’est un argument de plus pour dire voici ce que cet horaire-là a causé et si on avait eu un horaire à l’heure, ce ne serait pas arrivé, surtout au niveau du délai. »

Un paramédic de l’équipe travaillant sur l’horaire de faction — disponible 24 heures sur 24 pendant sept jours consécutifs — était ainsi chez lui quand il a reçu un appel afin d’intervenir pour un événement classé « priorité zéro », c’est-à-dire le niveau d’appel le plus urgent puisque la survie d’une personne est incertaine.

La convention collective permet aux paramédics d’être de faction à partir de chez eux à condition de pouvoir se rendre à la caserne dans un délai de cinq minutes. Le paramédic en question respecte cette condition en temps normal, mais le passage d’un train a cette fois-ci ralenti sa route.

Pendant qu’il se dirigeait vers la caserne pour rejoindre son coéquipier et monter à bord de l’ambulance pour répondre à l’appel d’urgence, il a dû s’immobiliser au passage à niveau où un convoi ferroviaire empêchait tout véhicule de traverser la voie ferrée. Le paramédic a avisé la centrale de la situation.

Selon le président du syndicat, il s’est écoulé au moins 10 minutes avant qu’une autre équipe de paramédics soit contactée pour répondre à l’appel, qui, en cours de route, a été configuré en une priorité trois, soit un appel où les secouristes doivent être affectés rapidement puisque la situation est urgente, mais que la survie du patient n’est pas incertaine.

« C’est quand même un bon délai, affirme M. Dutil. La centrale de répartition a retransmis cet appel-là à un autre véhicule qui était de Saint-Jean-sur-Richelieu et qui revenait de Cowansville. Il a pris un trajet, mais il ne connaît pas le territoire parfaitement, donc il a pris le trajet où le paramédic attendait à cause du train donc lui aussi a été bloqué. Il y avait un véhicule du service de Farnham qui revenait de Cowansville qui connaissait le territoire et il a dit à la centrale qu’il prendrait l’appel. »

Malgré le délai d’intervention, le patient s’en serait bien sorti dans les circonstances, selon les informations transmises à La Voix de l’Est.

Le président du Syndicat des paramédics et du préhospitalier de la Montérégie-CSN (SPPM-CSN), Gaétan Dutil.

Un temps précieux
Les paramédics revendiquent depuis longtemps l’abolition des horaires de faction, notamment en raison du délai occasionné avant que l’équipe se mette en direction d’une intervention. Pas plus tard que lundi, des paramédics accompagnés par M. Dutil se sont présentés à la séance du conseil municipal de Farnham pour réclamer l’appui des élus afin que ces horaires de faction disparaissent.

« Un horaire de faction, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour sauver une vie et on vient de le prouver encore une fois, estime Gaétan Dutil. Si ça avait été un véhicule à l’heure [NDLR : une équipe qui était en poste à la caserne], il aurait pu prendre un autre chemin pour contourner le train. »

Le syndicat réclame au ministère de la Santé les données sur l’achalandage de leur service. Elles permettent entre autres d’établir le temps d’occupation des paramédics. S’il dépasse 28 heures par semaine, les horaires de faction doivent être abolis ou le nombre de véhicules doit être augmenté. Or, ces chiffres n’ont pas encore été reçus, selon le syndicat.

Gaétan Dutil persiste et signe. Le temps qui s’écoule est le pire ennui pour les paramédics quand il est question d’intervenir auprès d’un patient. « Dans le cas d’une personne en arrêt cardio-respiratoire, après sept minutes, les chances de survie et qu’il n’y ait pas de séquelle diminuent chaque minute », explique-t-il.

Au moment de mettre sous presse, le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Centre, de qui relève la centrale d’appels, n’avait pas rappelé La Voix de l’Est.