La famille est arrivée à Granby le 30 janvier 2019.
La famille est arrivée à Granby le 30 janvier 2019.

Histoire d'une intégration réussie grâce au jumelage interculturel

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Immortaliser l’intégration de personnes immigrantes à Granby et humaniser la photo, voilà le mandat que s’est donné Julie Gavillet, en photographiant pendant un an une famille nouvellement arrivée et sa famille marraine québécoise, dans le cadre du programme de jumelage interculturel de Solidarité ethnique régionale de la Yamaska.

La photographe a croqué les sorties, les activités et les relations d’amitié qui se sont développées entre Clémence, Ekane, leurs filles Ornella et Dorcas, et leur petite-fille Marie Madeleine, âgée de trois ans, qui ont été jumelés avec Petrina Camelia Niagu, son mari Jean-Yves Olivier et leur fille Catherine Olivier.

L’exposition Parcours d’un jumelage interculturel, qui témoigne des liens et des échanges entre les deux familles entre les mois de mai 2019 et juin 2020, est présentée au parc Miner et ouverte au public.

Ornella Moyiamane, membre de la famille nouvellement arrivée à Granby, et Julie Gavillet, membre de la famille québécoise­

« Je vous dis merci, avec tout ce qui est arrivé dans mon pays, en arrivant ici, je ne m’ouvre pas, je ne parle pas avec les gens, et j’ai pu connaître Julie et SERY qui m’ont aidée. Je vous dis merci », a déclaré Ornella Moyiamane lors du dévoilement de l’exposition, lundi avant-midi.

Clémence Pelagie Kponingbo

Petits détails du quotidien

« Ce projet est né d’un désir d’utiliser la photo pour mon prochain, au service de l’histoire de ces personnes immigrantes. Ce sont eux les héros de l’histoire. Pour quitter son pays, et s’établir ici, où on ne connaît personne, ça prend un grand courage, une force et une résilience incroyables », confie Julie Gavillet, également considérée comme un membre de la famille jumelle québécoise.

Quatorze photos, qui captent sur le vif des petits détails du quotidien, font partie de cette exposition, dévoilée lundi, dans le cadre de la Semaine québécoise des rencontres interculturelles.

Julie Gavillet, qui a vu naître sa passion de la photo en feuilletant les National Geographic de son père, enfant, « a les immigrants sur le cœur ». Elle est d’ailleurs à l’origine du projet de photoreportages « Granby ma nouvelle ville », disponible via Facebook et Instagram, qui vise à faire connaître les personnes nouvellement arrivées, leurs défis, leurs réussites, ou encore les nouveaux commerces de diverses nationalités dans la région.

« J’aime faire de la photo humanisante. Pour sensibiliser, pour une cause. Je n’ai pas la prétention de pouvoir tout raconter. Il y a beaucoup de choses de leur passé qui sont difficiles à partager. J’avais le goût de capter un peu de leur vécu. Montrer leur résilience. Ce sont des gens proactifs, Clémence a rapidement trouvé un emploi. Ils souhaitent vraiment s’impliquer dans la communauté et refaire leur vie. »

Découvertes et intégration

Clémence Pelagie Kponingbo et sa famille, d’origine centrafricaine et congolaise, installés à Granby depuis le 30 janvier 2019, sont très reconnaissants envers SERY et sa famille jumelle de les avoir pris sous leur aile.

« Quand on est arrivés, on ne connaissait personne, et ils étaient là pour nous aider, pour nous montrer la ville. On a partagé beaucoup ensemble », mentionne la dame qui a bien apprécié sa sortie aux pommes, ainsi que de découvrir quelques particularités culinaires québécoises.

Ornella Moyiamane et sa fille Marie Madeleine, qui « adore jouer avec Catherine », âgée de quatre ans, ont bien aimé aller glisser, l’hiver dernier. Quoiqu’ils aient trouvé le choc de l’hiver difficile au début, aujourd’hui, ils sont habitués et ont appris à bien se protéger.

Les membres des familles jumelles sont unanimes : ils sont devenus des amis. « Ils ont été très accueillants avec nous, dit Clémence. Même si on ne se voit pas très souvent, on s’écrit. C’est comme une famille. »

Une aide précieuse

Un tel jumelage a plusieurs bénéfices, rapporte Julie Gavillet. Il leur permet de prendre contact avec la ville qu’ils découvrent, de créer un sentiment d’appartenance au milieu, de briser l’isolement et de goûter à leur culture d’accueil. 

Certes, une telle rencontre est tout autant enrichissante pour la famille québécoise, qui apprend différentes mœurs et coutumes, et ouvre son esprit à la diversité.

Pour Petrina Camelia Niagu, arrivée de Roumanie au Québec il y a 15 ans et qui est mariée à un Québécois, ce jumelage a été une richesse.

« Je veux faire passer un message positif, leur dire que c’est possible de réussir, d’être bien ici, parce que je l’ai fait. Aujourd’hui, je me sens chez moi. Je leur dis, c’est un pays où vous pouvez réaliser vos rêves. »

Petrina n’a pas bénéficié des services de SERY à son arrivée, puisqu’elle était à Montréal. Elle est arrivée à Granby il y a cinq ou six ans, étudie maintenant en techniques d’éducation spécialisée au Cégep de Granby, et aimerait travailler avec une clientèle immigrante dans le futur. 

« Ce n’est pas juste donner du temps, on reçoit tellement, ça élargit nos horizons, on voit les choses d’une autre façon. Ces personnes ont choisi de venir au Québec, c’est important de les aider à s’intégrer. »

Claude Chagnon a effectué une vingtaine de jumelages depuis son entrée en poste il y a trois ans. Plusieurs familles sont présentement en attente d’une famille jumelle québécoise. Mme Chagnon invite d’ailleurs les gens qui aimeraient partager une telle expérience à la contacter.

Le spectacle annuel de SERY ayant dû être annulé cette année, le directeur général de l’organisme Frey Guevara espère que cette exposition sensibilisera la population aux enjeux que vivent les personnes immigrantes qui arrivent à Granby, et fera connaître par le fait même l’organisme dans la région.

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JUMELAGE AVEC SERY

Dans le cadre du programme de jumelage interculturel de SERY­, la famille jumelle établie au Québec rencontre à quelques reprises la famille nouvellement arrivée, et leur fait découvrir des aspects de la culture québécoise — la nourriture, les sorties traditionnelles comme les pommes, la cabane à sucre — qui « paraissent banals pour nous, mais qui sont totalement nouveaux pour ces personnes », souligne Claude Chagnon, qui coordonne les jumelages. 

Les familles jumelées ont ainsi célébré ensemble un Noël traditionnel. Également, ils ont souligné le 19e anniversaire de Dorcas, en même temps que celui de la photographe Julie Gavillet.