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Si aucune aide directe n’est octroyée par l’État, sur la soixantaine de propriétaires toujours en affaires, 12 d’entre eux ne croient pas qu’ils pourront survivre jusqu’à la saison des sucres qui commence en mars.
Si aucune aide directe n’est octroyée par l’État, sur la soixantaine de propriétaires toujours en affaires, 12 d’entre eux ne croient pas qu’ils pourront survivre jusqu’à la saison des sucres qui commence en mars.

Hécatombe chez les cabanes à sucre de la province

Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
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Depuis le début de la pandémie, 75 % des cabanes à sucre commerciales ont fait faillite ou ont dû fermer leurs portes au Québec. Sur les 250 salles de réception servant des repas, seule une soixantaine sont toujours en vie. « On espère que le gouvernement ne laissera pas ça aller », lance Pierre Gingras, copropriétaire de deux érablières en Montérégie.

Ce désolant constat émerge d’un sondage réalisé par une association de propriétaires de cabanes à sucre auprès de leurs membres. Un regroupement qui s’est formé dans la foulée de la pandémie.

Si aucune aide directe n’est octroyée par l’État, sur la soixantaine de propriétaires toujours en affaires, 12 d’entre eux ne croient pas qu’ils pourront survivre jusqu’à la saison des sucres qui commence en mars. « Certains sont déjà à la limite de faire faillite. S’il n’y a pas d’aide, on prévoit qu’il restera 24 cabanes à sucre au printemps », estime Josée Lafrance, conjointe et partenaires d’affaires de M. Gingras.

Selon ce dernier, les entrepreneurs comptent sur l’aide du ministère du Tourisme pour les garder la tête hors de l’eau. « Le gouvernement voulait savoir combien ça coûte nous sauver. Chaque propriétaire a rempli un document pour répondre à leurs questions. Le document est sur le bureau de Caroline Proulx [ministre du Tourisme] depuis deux semaines », avance-t-il.

Alors que les salles de réception des cabanes à sucre sont vides depuis le mois de mars, les propriétaires n’ont eu qu’un prêt de 40 000 $ de la part du gouvernement, dont un montant de 10 000 $ non remboursable. « Ça fait longtemps que c’est dépensé !, lance Pierre Gingras. Il y a certains programmes qui s’offrent, mais on est toujours entre deux chaises. »

Celui qui est copropriétaire de La Grillade, à Saint-Alphonse-de-Granby et de La Goudrelle, à Mont-Saint-Grégoire, estime que le gouvernement devrait venir en aide aux propriétaires en payant les frais fixes associés à leur entreprise. Une mesure qui leur permettrait de s’en sortir, selon lui.

Pierre Gingras, copropriétaire de La Grillade, à Saint-Alphonse-de-Granby et de La Goudrelle, à Mont-Saint-Grégoire

Il en coûte 100 000 $ par année à M. Gingras pour assurer les frais fixes de La Grillade. « Nos permis de boisson ne sont pas cancellés et ils coûtent des milliers de dollars », renchérit M. Gingras qui dit avoir perdu 96 % de son chiffre d’affaires en 2020.

« Ça va prendre ni plus ni moins deux ans avant qu’on puisse reprendre un semblant d’opération. Je ne connais pas beaucoup de compagnies qui sont capables de tenir deux ans avec 4 % de leur chiffre d’affaires », ajoute Josée Lafrance.

Saison des sucres

Les propriétaires de cabanes à sucre sont lucides. Ils savent que le temps des sucres comme on le connaît tombera sans doute à l’eau cette année.

Ils ont donc choisi d’unir leurs forces en créant un tout nouveau projet dont les derniers détails sont encore à peaufiner. Leur but ? Rassembler toutes les cabanes à sucre du Québec sur un même site web afin que les Québécois puissent commander leur repas préféré du temps des sucres.

« On essaye de faire un Amazon des cabanes à sucre », image Mme Lafrance qui est impliquée dans le projet avec son instigatrice Stéphanie Laurin, directrice générale du Chalet des Érables à Sainte-Anne-des-Plaines.

Les gens pourront se géolocaliser pour connaître les cabanes qui sont près de chez eux et ils n’auront qu’à choisir leur commande directement sur le site web. La cueillette du repas pourra se faire à la cabane à sucre choisie ou encore chez un épicier dont la bannière devrait bientôt être dévoilée.

« Si chacun doit faire un site transactionnel, magasiner des boîtes de livraison, des contenants, ça ne donne rien. On essaye de centraliser les choses en unissant nos forces. On veut que les survivants puissent avoir un maximum de visibilité et que les gens puissent les trouver facilement », détaille Mme Lafrance.

Cathy Bernard, copropriétaire de l’Érablière Bernard

Tirer son épingle du jeu

Si certaines cabanes à sucre comptent sur leur salle de réception pour assurer leur rentabilité, d’autres ont usé de créativité pour tirer leur épingle du jeu. À l’Érablière Bernard, à Granby, les copropriétaires ont mis sur pied la vente de repas individuels pour emporter. Une initiative qui permet de remplacer une partie des revenus associés à la salle à manger, fermée depuis mars. 

« Depuis novembre, on aurait été censés avoir des réceptions du jeudi au dimanche jusqu’au 1er janvier », explique la copropriétaire Cathy Bernard. Les boîtes repas du temps des Fêtes et des sucres ainsi que la boutique de mets cuisinés sont aussi des concepts ,développés au fil des ans, qui se prêtent bien au contexte pandémique, selon elle. Si bien que la copropriétaire estime qu’elle finira son année financière ex aequo avec l’année précédente. « Mais le chiffre d’affaires aurait dû être vraiment plus grand avec nos innovations qu’on a faites. »

L’Érablière Bernard a planifié sa saison des sucres 2021 en prenant en compte qu’elle n’aurait pas d’invités dans sa salle de réception. « On a été proactifs pour faire des repas take-out chauds en mars. »

La copropriétaire se croise aussi les doigts pour que les visiteurs puissent avoir accès au sentier de l’endroit, inauguré en février dernier, tout juste avant la pandémie.