Les incidents et les accidents déclarés, du 1er avril 2015 au 31 mars 2016, dans les établissements chapeautés par le CIUSSS de l'Estrie, ont bondi de 6,9 % comparativement à l'année précédente. Cette statistique est de 0,6 % à l'échelle provinciale.

Hausse marquée des incidents médicaux

Les incidents et les accidents déclarés, du 1er avril 2015 au 31 mars 2016, dans les établissements chapeautés par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie, ont bondi de 6,9 % comparativement à l'année précédente. Cette statistique est de 0,6 % à l'échelle provinciale. L'aile estrienne de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) tire la sonnette d'alarme.
« Il y a quelque chose de positif là-dedans. On pense que c'est beaucoup en lien avec la sensibilisation. Les gestionnaires ont un rôle important pour s'assurer que le personnel déclare les incidents et les accidents dont ils sont témoins », est d'avis Bruno Petrucci, directeur qualité évaluation performance et éthique au CIUSSS de l'Estrie.
Au total, 34 283 événements, incluant les accidents et les erreurs médicales, ont été répertoriés en Estrie en 2015-2016, soit quelque 2000 de plus que la période précédente, a dévoilé le CIUSSS dans le cadre de la séance ordinaire de son conseil d'administration, jeudi, au CLSC Cowansville.
Bruno Petrucci, directeur qualité évaluation performance et éthique pour l'organisation, voit d'un bon oeil cette hausse du nombre de rapports. « Il y a quelque chose de positif là-dedans. On pense que c'est beaucoup en lien avec la sensibilisation. Les gestionnaires ont un rôle important pour s'assurer que le personnel déclare les incidents et les accidents dont ils sont témoins. »
Le portrait est loin d'être reluisant selon Marie-Josée Forget, porte-parole de la FIQ en Estrie, qui représente des centaines de travailleurs du réseau de la santé. « Les statistiques du CIUSSS ne reflètent vraiment pas la réalité sur le terrain. Si le personnel avait plus de temps pour remplir des déclarations, leur nombre monterait en flèche, a-t-elle clamé. Ce que l'on voit, ce n'est que la pointe de l'iceberg. Les gens partout dans le système de santé, qu'on pense aux CHSLD et aux hôpitaux, sont constamment en surcharge de travail et les équipes ne sont pas stables. Les accidents et les erreurs médicales sont le reflet de cette réalité. »
Effet domino
Ainsi, parmi les principaux points saillants du rapport, on note que 87 % des événements déclarés sont des accidents. Les chutes représentent 31 % d'entre eux en Estrie, alors que la moyenne québécoise est de 35 %. Les erreurs liées à la médication comptent également parmi les plus fréquentes dans les établissements du CIUSSS, dans une proportion de 37 %. Or, à ce chapitre, la statistique provinciale est de 28 %. Tant le pourcentage de chutes que celui des problèmes de médication sont demeurés inchangés au cours des deux dernières périodes. La majorité des événements impliquent des personnes âgées de 75 ans et plus (58,2 %) et se sont produits dans des CHSLD (49 %).
À la lumière de ces données, M. Petrucci a concédé qu'il y a place à amélioration. « Notre défi, c'est de s'assurer que dans tous les RLS (Réseaux locaux de services), on travaille de la même façon. Notre première cible était de ne pas se dégrader (en 2015-2016). Là, il faut aller plus loin. »
Toutefois, certaines mesures sont mises en place graduellement pour corriger le tir. « Beaucoup de facteurs peuvent mener à une erreur liée à la médication. Lorsqu'on rénove des unités, on s'assure de mettre le coin pharmacie dans un espace calme, loin du corridor où les gens peuvent se concentrer sur leur tâche », a cité en exemple M. Petrucci.
De son côté, Mme Forget espère que le « signal d'alarme » sera entendu par les dirigeants du réseau de la santé pour éviter la multiplication des erreurs médicales. « Les équipes sont à bout de souffle. Ça fait longtemps qu'on le dit, mais le message n'est pas entendu. Le CIUSSS est toujours en restructuration. Partout, à Granby et à Cowansville, les équipes sont à effectifs réduits. Soit parce que des gens sont en arrêt de travail parce qu'ils sont surmenés, ou parce qu'ils font des heures supplémentaires. On gère constamment l'effet domino, a-t-elle illustré. Et on a hâte de voir la lumière au bout du tunnel. »