Une cinquantaine de personnes ont assisté à la présentation du budget 2018 de Sutton, plus de 48 heures avant son adoption.

Hausse du compte de taxes à Sutton

Une telle démarche a rarement été vue au Québec. Les citoyens de Sutton étaient invités samedi matin à une présentation du budget 2018, avant même que celui-ci ne soit à l’ordre du jour pour adoption lors d’une séance du conseil municipal. Les détails d’un budget municipal ont par la même occasion été vulgarisés pour la compréhension de tous. Les documents étaient d’ailleurs disponibles sur le site web de la Ville des jours à l’avance.

Les Suttonais n’échapperont pas à une augmentation de leur compte de taxes pour 2018. Les tenants et aboutissants ont été largement expliqués, samedi matin, devant une cinquantaine de personnes rassemblées à la salle du conseil de la mairie.

Le taux de taxe foncière résidentiel grimpera à 41 cents du 100 $ d’évaluation, soit une hausse de 1,8 cent. À cela s’ajoute 1 cent du 100 $ d’évaluation en raison de l’augmentation du coût de la SQ. Avec les taxes de service, on parle d’une hausse moyenne du compte de taxes variant entre 2,9 % et 4,8 % selon le secteur (village, montagne ou rural).

Le noyau villageois verra apparaître les bacs bruns dans les derniers mois de l’année. Des frais pour le ramassage des matières organiques de 20 $ apparaîtront dans leur compte de taxes. Ils seront de 60 $ l’an prochain.

Pour une propriété d’une valeur moyenne de 300 000 $, l’augmentation globale du compte de taxes sera ainsi comprise entre 74 $ et 102 $, selon le secteur de la municipalité.

Le conseil devra composer avec un budget de 10 898 083 $ pour l’année en cours.

Renflouer les coffres
Le surplus budgétaire de 2017, qui devrait se situer autour de 200 000 $, sera alloué au surplus accumulé non affecté, un fonds de prévoyance utilisé uniquement pour les imprévus.

Ce fonds devrait en temps normal être maintenu autour de 1 M $, correspondant ainsi à 10 % du budget municipal. Or, avec 241 000 $, il est presque à sec. Un niveau « inacceptable », souligne le maire Michel Lafrance.

Le surplus accumulé non affecté avait notamment été utilisé dans les dernières années pour arriver à équilibrer le budget. L’achat d’urgence d’un véhicule « de voirie » avait aussi fait mal au fonds de prévoyance.

« On ne veut pas vider notre surplus accumulé, on veut l’augmenter. [...] On a besoin d’un bas de laine, a expliqué le maire avant que les chiffres soient dévoilés. Ce serait irresponsable de ne pas prévoir les imprévus. »

« Le budget qu’on va adopter [lundi] est un budget qui va nous permettre de commencer à redresser la barre », renchérit la conseillère municipale Lynda Graham, qui a détaillé le processus de réalisation d’un budget.

Le maire a martelé que le but n’est plus de piger dans le surplus accumulé pour équilibrer le budget. Un lac à l’épaule se tiendra pour affiner la stratégie permettant de renflouer le fonds de prévoyance.

Pas de grands projets
En cette année de redressement budgétaire, peu de projets sont envisagés dans le programme triennal d’immobilisations.

En 2018, il est question d’investissements relativement à l’eau potable dans le cœur villageois, à cause du déplacement du surpresseur sur le chemin Dyer — un projet d’un peu plus de 2 M $, subventionné par le programme de la taxe sur l’essence et de la contribution du Québec (TECQ) à 1,3 M $. Une somme de 272 000 $ sera également allouée aux étangs aérés et 181 000 $ seront destinés à un projet de logements abordables avec la Société d’habitation du Québec. Des travaux sur le chemin de la Falaise et le talus Alderbrooke sont prévus au coût de 438 000 $, dont 145 500 $ seront subventionnés. Enfin, 1,3 M $ sera investi dans les véhicules municipaux.

La rue Western devrait faire l’objet d’une importante réfection en 2019, estimée à 1,5 M $. La Ville espère recevoir pour cela une subvention de 1 M $ de la TECQ.

Le conseil assure que rien n’est coulé dans le béton et que le plan des trois prochaines années peut changer.

« On veut tirer le meilleur des subventions, fait valoir M. Lafrance. Il faut toujours avoir des projets dans un tiroir pour que, quand il y a un programme gouvernemental qui se présente, on soit les premiers en ligne pour profiter des programmes. Il faut préparer ça avec l’équipe. Et on veut vous consulter. On a besoin de citoyens qui peuvent nous guider avec leur vision extérieure. Aussi, on veut consulter la population sur les décisions financières majeures. »

Le budget doit être adopté lundi soir, lors d’une séance extraordinaire du conseil municipal.

La conseillère Lynda Graham et le maire de Sutton Michel Lafrance

CHANGEMENT DE TON AU CONSEIL

Les relations entre les Suttonnais et leur conseil municipal ne sont plus les mêmes. L’ambiance était d’ailleurs plutôt détendue, lors de la présentation du budget ce week-end, alors que les relations étaient parfois difficiles entre l’ancien conseil de Sutton et une partie de la population lors des dernières années.

« J’ai suivi beaucoup l’ancien conseil et les conseils précédents, remarque le conseiller André Forest. L’atmosphère a beaucoup changé. Il n’y aura jamais unanimité dans une société, mais je pense que les gens, comme un certain nombre l’ont dit, apprécient le fait qu’on les informe. »

L’exercice de samedi a été effectivement applaudi par la cinquantaine de contribuables qui s’était déplacée. « Ça fait 23 ans que je suis payeur de taxes et je n’ai jamais eu l’occasion de me faire expliquer un budget et de pouvoir poser des questions comme ça, souligne la Suttonaise Barbara Shrier. Les documents étaient même disponibles cette semaine. »

Jean Viau et sa conjointe ont aussi aimé le fait que les documents en ligne soient disponibles une semaine avant la rencontre d’informations. « Les réponses à nos questions venaient facilement, même si ça ne fait pas longtemps qu’ils sont là », ont-ils ajouté.

Transparence

« S’il y a une chose [que les conseillers indépendants] ont décodé dans notre société, c’était cette notion de transparence, illustre le maire Michel Lafrance en entrevue. Les citoyens voulaient être impliqués dans les processus décisionnels et ils ne voulaient pas être mis devant les faits accomplis. Alors on a décidé, ensemble, qu’on allait faire des présentations aux employés [et aux citoyens]. Ça fait partie de notre stratégie de communication. On a mandaté Lynda­ [Graham] pour élaborer une meilleure communication avec nos citoyens. On voulait démontrer clairement qu’il y aurait du changement. »

Même si les citoyens n’ont pas pu participer, cette fois-ci, à l’élaboration du budget 2018 en raison du temps qui pressait depuis l’élection du 5 novembre, ils devraient être consultés en prévision du prochain. L’élaboration du budget 2019 commence mardi, lance en riant M. Lafrance. 

« Pour nous, c’était plus important de faire une présentation avant l’adoption pour que le monde puisse au moins s’exprimer, reprend Lynda Graham. Pour nous autres, c’est le début d’un nouveau genre de processus. Cette année, on a été capable de montrer le budget en avance et l’année prochaine on espère être capable d’impliquer les gens de façon plus participative. »

Les questions posées et les commentaires ont été notés. Les questions récurrentes seront répondues dans une foire aux questions, sur le site web de la Ville de Sutton.

Les idées pour rendre l’administration transparente ne s’arrêtent pas là. Des réunions de district seront organisées, permettant une relation privilégiée entre le conseiller­ et ses concitoyens.