La coordonnatrice du CALACS de Granby, Chantal Brassard, indique que l’organisme est prêt à faire face à la hausse de demandes provoquée par le mouvement #MoiAussi.
La coordonnatrice du CALACS de Granby, Chantal Brassard, indique que l’organisme est prêt à faire face à la hausse de demandes provoquée par le mouvement #MoiAussi.

Hausse des demandes au CALACS de Granby

Les remous de la vague #MoiAussi se font sentir au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Granby­. À l’instar des autres centres du Québec, l’organisme desservant la Haute-Yamaska et Brome-Missisquoi­ a vu doubler le nombre de demandes lui étant adressées au cours des dernières­ semaines.

En moyenne, le CALACS de Granby traite environ 130 demandes annuellement. Il ouvre de 10 à 12 nouveaux dossiers chaque mois. Or, au cours des trois dernières semaines, 27 demandes ont trouvé leur chemin vers l’organisme­ de la rue Johnson. 

« Ça ressemble à ce qu’on a constaté dans les autres centres du regroupement, où les demandes ont doublé ou triplé, explique la coordonnatrice de l’organisme, Chantal Brassard. On est prêtes à faire face à toutes les demandes qui vont arriver chez nous. »

Les mentalités évoluent

Selon Mme Brassard, la vague #MoiAussi est la suite logique de #AgressionNonDénoncée amorcé au tournant de 2015, dans la foulée des accusations contre l’animateur-vedette Jian Ghomeshi­. Les deux mouvements ont démontré une évolution dans la mentalité collective face à la problématique, constate Chantal Brassard.

« Quand il y a eu #Agression NonDénoncée, on a vu quelques commentaires désobligeants et d’autres qui montraient que ce n’est pas tout le monde qui comprenait ce qu’était une agression sexuelle. On avait riposté avec le #OnVousCroit. Cette fois-ci, on remarque que les gens dénoncent et témoignent de l’empathie aux victimes, à qui ils laissent toute la place », souligne la coordonnatrice.

Autre signe que les temps changent, la foule de témoignages découlant du scandale Weinstein, puis ceux entourant Éric Salvail et Gilbert Rozon au Québec, ratisse beaucoup plus large qu’auparavant. « Avec #MoiAussi, il y a eu une prise de conscience qu’une agression sexuelle peut prendre plusieurs formes. Ça inclut le harcèlement sexuel, entre autres, et on reconnaît que (son) impact est tout aussi important », explique Mme Brassard. 

Pour ces raisons, Mme Brassard ne croit pas qu’il y aura un creux de vague lorsque le mouvement s’essoufflera. « On espère que les gens ont été suffisamment sensibilisés pour franchir un point de non-retour, allègue-t-elle. On reconnaît maintenant que des gestes et des paroles ne sont plus tolérables. »

Briser le silence

La majorité des victimes gardent le silence pendant longtemps avant de se confier. Souvent, l’agresseur est dans l’entourage de la victime, qui craint alors davantage de le dénoncer, par peur de subir des représailles ou de ne pas être crue.

Les victimes font également face à toutes sortes de mythes et de préjugés, qui peuvent les décourager de dévoiler l’agression qu’elles ont subie. « On entend : “Oui, mais... Oui, mais si elle n’y avait pas été. Oui, mais si elle s’était habillée autrement..., énumère la coordonnatrice. Les victimes se culpabilisent et ont honte. »

Un autre mouvement, plus populaire en France, visait à dénoncer publiquement son agresseur. #BalanceTonPorc n’est peut-être pas la meilleure solution pour toutes, fait savoir Mme Brassard. « Dévoiler (son agression) publiquement comporte son lot de risques, dit-elle. Oui, il faut briser le silence, mais d’abord auprès de personnes de confiance. Ce n’est pas tout le monde qui est apte à recevoir une telle confidence. »

L’éducation, la solution

Les agressions sexuelles sont une problématique de société plutôt que des drames individuels, ce qui appelle à une réponse sociale, rappelle Chantal­ Brassard, qui prêche pour une éducation à la sexualité dès l’école primaire. « Il faut apprendre aux enfants ce qu’est une relation saine et égalitaire, ce qu’est le consentement », note-t-elle.

Les CALACS sont outillés pour offrir cette formation, il ne leur manque que les moyens pour le faire, ajoute-t-elle.

Il est possible de se confier en toute confidentialité au CALACS de Granby au 450-375-3338 ou à info@calacs-granby.qc.ca

Quelques statistiques

- Une femme sur trois serait victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans ; 

- 84 % des victimes d’agression sexuelle sont des jeunes filles ou des femmes ;

- Seules 5 % des victimes d’agression sexuelle porteront plainte à la police ;

- Du nombre, environ trois cas sur 1000 se concluent par une condamnation.

Statistiques fournies par le CALACS de Granby