La fumée des feux de camp indispose des citoyens de Bromont. L’un d’eux, Daniel Aguilar, demande au conseil municipal d’intervenir.

Haro sur les feux de camp à Bromont

La fumée des feux de camp provenant des campings dérange à Bromont. Des résidants des rues Marcel-R.-Bergeron et Luc-Marchessault ferment leurs fenêtres pour ne pas être incommodés par l’odeur, déplore Daniel Aguilar, qui habite le secteur depuis une dizaine d’années.

« Ça vient des campings plus haut », dit-il en référence aux campings Vacances Bromont et Parc Bromont près de la sortie 78 de l’autoroute 10. « C’est le fun le camping. On est avec les enfants. On fait des feux. Mais ce n’est pas idéal pour la qualité de l’air. Des soirs, on peut voir une couche de fumée sur le boulevard Bromont », soutient-il.

M. Aguilar n’est pas le seul à constater que la fumée des feux de camp se rend jusque dans son quartier. Des voisins rencontrés le confirment.

« Ça sent la fumée, c’est certain. Ces temps-ci, parce qu’on a de belles soirées, c’est tous les soirs », souligne Simon Codère rencontré mardi. « Ce n’est pas trop grave pour nous parce qu’on a l’air climatisé, donc on ferme les fenêtres. Mais si je me mets à la place de ceux qui n’en ont pas, je comprends que ce n’est pas drôle. »

Geneviève Gagnon-Dea n’a pas de système d’air conditionné dans sa maison. « Des soirs, même quand il fait très chaud, on doit fermer nos fenêtres. Mais ça fait neuf ans qu’on habite ici ; on s’est habitué », explique la jeune femme. Elle appelle à la tolérance. « Ce sont de beaux campings qui attirent des touristes. Il faut mettre un peu d’eau dans notre vin. On a d’autres problèmes, comme la vitesse des automobilistes », donne-t-elle en exemple.

La fumée des feux de camp se dissipe parfois difficilement selon les conditions météorologiques, indique Simon Legault, météorologue à Environnement Canada. C’est le cas lorsqu’après une chaude journée le sol se refroidit. L’air qui se mélangeait jusqu’alors à la verticale se déplace maintenant à l’horizontale, empêchant la fumée, qui est chaude, de monter dans l’atmosphère. « Si la fumée est émise dans l’air froid, elle ne sera pas poussée vers le haut », illustre-t-il.

Vallées et montagnes
La fumée peut rester prise entre 15 à 30 mètres du sol, dit M. Legault, ce qui peut provoquer des nuages de fumée. On remarque également ce phénomène en matinée lorsque le brouillard rase le sol dans les vallées. Les montagnes ont aussi un effet sur le refroidissement du sol dans les vallées, ajoute-t-il en entrevue, alors que l’air froid glisse le long d’elles vers la vallée.

Cet « effet d’emprisonnement de la fumée » dans la vallée où se trouve Bromont est bien réel et cause des inconvénients aux citoyens, dit M. Aguilar. Peut-être est-il temps, pense-t-il, que les gens revoient leurs habitudes lorsqu’ils sont en camping et abandonnent les feux de camp. « Aux États-Unis, plusieurs campings interdisent maintenant les feux de camp. Ils font des feux avec du propane. Les gens dans les campings ne s’en plaignent pas. »

La diminution des feux de camp dans les campings aux États-Unis trouve ses explications ailleurs, soutient Jacques Lussier, propriétaire du Camping Vacances Bromont. « Dans certains États, ils vivent des sécheresses épouvantables. C’est vraiment dangereux de faire des feux. Dans d’autres, au sud surtout, ils manquent de bois. J’ai de la misère à croire que les Américains brûlent moins de bois parce qu’ils se préoccupent de l’environnement. »

La Ville de Bromont, croit M. Aguilar, doit amorcer une réflexion sur les feux de camp. « C’est un sujet très sensible. Je ne veux pas partir une guerre, mais il faut trouver une solution. On dit être une ville verte. Il faut le prouver. »

Peu de plaintes
Le maire de Bromont, Louis Villeneuve, se fait interpeller de temps à autre à propos de la fumée des feux de camp provenant des campings. Peu de plaintes sont toutefois formulées au service de police, dit-il. Une information confirmée par le directeur du corps policier, Jean Bourgeois.

M. Villeneuve rappelle que la Ville a un règlement sur les feux de camp. Il invite les citoyens à se plaindre en cas de manquement à celui-ci. Pas question, cela dit, que la municipalité les interdise. « C’est une activité festive. Ça nous rappelle notre enfance avec les guimauves, les chansons, quand on grattait de la guitare. Mais les gens doivent faire preuve de gros bon sens quand ils font des feux. Il ne faut pas que ça nuise aux voisins. »

Les policiers de Bromont sont rarement intervenus ces dernières années dans les campings de la municipalité suite à des plaintes pour des feux de camp, a dit M. Bourgeois. Leurs dernières visites ont eu pour but de rappeler à des campeurs la réglementation sur l’utilisation de feux d’artifice, a-t-il indiqué.

Du côté de Granby, rares également sont les plaintes enregistrées ces dernières années concernant la fumée de feux de camp, selon Guy Rousseau, porte-parole de la sûreté municipale. La grande majorité des citoyens est au fait de la réglementation à ce sujet, dit-il, notamment l’obligation d’utiliser un foyer avec pare-étincelles et cheminée.

Lorsque des policiers répondent à une plainte, ils se rendent sur place pour constater la situation. L’émission d’une contravention est laissée à leur discrétion. Un des problèmes rencontrés est que les plaignants refusent souvent d’agir comme témoin, dit M. Rousseau. « Si on doit se rendre en cour municipale, on a une preuve à faire. On a besoin du témoignage du plaignant pour expliquer comment la fumée lui a nui. »

LES BÛCHES ÉCOLOGIQUES : LA SOLUTION ?

Le recours à des bûches écologiques pourrait réduire la fumée qui se dégage des feux de camp, croit Jacques Lussier. Propriétaire du Camping Vacances Bromont, l’un des plus importants de la région, il estime que la Ville de Bromont pourrait légiférer en ce sens.

« Le problème, c’est que des gens brûlent un peu n’importe quoi. Ils brûlent du bois de construction, du bois de palettes, du bois mouillé. Ça fait beaucoup de fumée. Enlevez ça et on règle pas mal le problème », explique-t-il en entrevue.

Le Camping Vacances Bromont fait tout en son possible pour réduire la fumée qui se dégage des feux allumés sur ses terrains, assure M. Lussier. Deux employés circulent sur le site tous les soirs pour s’assurer que les campeurs utilisent seulement du bois franc. Ils confisquent parfois du bois jugé non conforme. « Ça arrive de moins en moins parce que nos clients reviennent souvent ; ils connaissent nos règles. »

L’entreprise offre à ses campeurs des bûches d’essences de bois francs comme de l’érable. Elles ont toutes été asséchées, soutient M. Lussier, ce qui réduit la fumée émise. Un ballot de 10 à 11 bûches coûte environ 8 dollars. Plusieurs clients font d’autres choix. « Certains ne veulent pas de notre bois. Ils vont au dépanneur à côté [sur le boulevard Bromont] où ils peuvent acheter d’autres types de bois, pas nécessairement bon à faire brûler. Ils peuvent aussi en acheter à trois ou quatre places, chez des particuliers. Mais, on ne peut pas tout contrôler et on ne veut pas jouer à la police. »

Interdire la vente de bois dans la municipalité pour des feux de camp et n’accepter que les bûches écologiques apparaît la seule option, croit M. Lussier. Une telle approche, dit-il, donnerait par ailleurs un coup de pouce à la compagnie Bûches Eco-Logic, qui a pignon sur rue dans la municipalité.

Le gouvernement québécois a également une responsabilité, ajoute M. Lussier. Le transport de bois de chauffage d’une région à une autre doit être prohibé, selon lui. Il cite les problèmes avec l’agrile du frêne et les ravages que cet insecte a provoqués dans plusieurs municipalités un peu partout au Québec. Des dizaines de milliers de frênes ont été abattus.

L’interdiction de brûler du bois pourrait provoquer un ressac économique dans les campings, estime M. Lussier, anticipant les clients mécontents de la mesure. « Ça va nous nuire, oui. Mais si la Ville veut régler le problème, c’est là qu’il faut qu’elle regarde. » Michel- Laliberté