Le site C retenu pour la construction du pavillon d’accueil nécessitera l’abattage de quelques arbres pour avoir une vue sur les monts avoisinants.
Le site C retenu pour la construction du pavillon d’accueil nécessitera l’abattage de quelques arbres pour avoir une vue sur les monts avoisinants.

Haro sur le site du pavillon du parc des Sommets

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Le dossier du pavillon d’accueil du parc des Sommets fait des remous à Bromont. Alors que les travaux d’infrastructures pour le chemin d’accès et le stationnement sont en branle près du chemin des Carrières, un groupe de citoyens remet en question le site retenu et demande à la municipalité d’envisager un autre emplacement à quelques centaines de mètres.

L’ex-président de Protégeons Bromont, Bertrand Lussier, est catégorique: le site du pavillon est «loin d’être optimal».

«On a mis des efforts incroyables pour avoir un superbe parc. Et maintenant, on propose d’accueillir les gens qui veulent y accéder dans un trou, parce qu’on a dû déplacer le pavillon à cause des études géotechniques. C’est moche. Sans compter que la Ville devra renaturaliser le site. Ça n’a pas d’allure, déplore-t-il. Même s’il est minuit et cinq, on peut et on doit faire mieux. Il y a un autre scénario, tout près, qui permettrait d’avoir une vue splendide sur les environs.»

À l’origine, trois options, situées à quelques centaines de mètres d’écart, étaient envisagées pour ériger le bâtiment d’accueil. La Ville avait déjà commencé à travailler sur une option (A). Robert Désourdy, un membre de la table de concertation du parc, a ensuite soumis un autre emplacement (B). Donc, tous les membres du conseil municipal sont allés marcher sur le site en question. Une autre option est ressortie (C). Le maire de Bromont, Louis Villeneuve, avait alors demandé à ce que l’on reconsidère toutes les propositions. Au terme du processus de sélection selon une grille d’évaluation, le site C a été choisi par la majorité des membres de la table.

Côté échéancier, rappelons que le lancement d’un appel d’offres public est imminent pour la construction du pavillon. L’octroi du contrat est prévu en septembre. Le début du chantier est au programme en octobre.

Nouvelle option

Le panorama visible du site B initial s’est révélé très intéressant, mais l’implantation du pavillon d’accueil à cet endroit aurait interféré avec le tracé de compétitions équestres. Robert Désourdy est d’avis qu’il est possible de déplacer légèrement le pavillon pour dénouer l’impasse. Cette nouvelle option (B2), devrait être retenue, clame-t-il.

«La table n’a pas fait un mauvais choix. Les membres ont seulement tranché avec les données qu’ils avaient à ce moment-là. Je ne défends pas un pavillon. Je défends plutôt l’accès au paysage pour l’ensemble de la population. On n’a qu’à prolonger le chemin original de quelques mètres pour accéder à un site à couper le souffle.»

Même le monde équestre en bénéficierait, fait valoir Robert Désourdy. «Les événements équestres sont difficiles à rentabiliser. C’est une mission chaque fois. Le monde équestre doit se rapprocher du monde de plein air. On doit arrêter de travailler en silo et partager les frais, les bénévoles quand vient le temps de faire des compétitions. Le pavillon est l’endroit idéal pour ça.»

On voit ici la vue du site B2.

Pétition

Une pétition d’une vingtaine de signataires a été acheminée à la Ville. Le document contestataire a été déposé lors de la récente séance du conseil. On peut y lire un résumé des points militant en faveur de l’option B2 comparativement à C2.

«Le site B2 est plat. Il permet une meilleure accessibilité et est plus facile à aménager. [Il] offre une magnifique vue panoramique sur quatre sommets du parc des Sommets, sur d’autres sommets environnants et sur la vallée du parcours champêtre du chemin de Gaspé. [Il] respecte le parcours équestre de cross-country, et ne nécessite pas le déplacement d’obstacle. Eurovia, le propriétaire des terrains, est d’accord avec l’emplacement du site B2.»

Pierre Lizotte, membre de la Société de conservation du mont Brome, a signé la pétition. Il est d’avis que choisir l’option C2 «serait une erreur». «Le site B2 a tellement à offrir, dit-il. Aucune comparaison avec celui qui a été choisi. Il n’est pas trop tard pour revenir sur la décision. Il faut garder en tête que c’est un pavillon qui sera là pour des décennies, voire davantage.»

Démocratie

Bien qu’il «comprenne» que des gens ne soient pas d’accord avec le choix du site C, le maire de Bromont, Louis Villeneuve, souligne à grands traits que le processus s’est fait dans les règles de l’art. «Les gens ont le droit de s’exprimer. Mais je crois que c’est important de mettre les pendules à l’heure et d’expliquer les choses. Je ne vois pas de processus plus démocratique que ce qui a été fait pour la pavillon d’accueil.»

Lors de l’évaluation des trois sites, sept critères ont été considérés. Le premier est la «cohabitation entre les différents usages». Le second est la «qualité de l’expérience des visiteurs (environnement, accès aux sentiers et vue). Le troisième est l’accès aux personnes à mobilité réduite. Vient ensuite «l’environnement et l’accès aux groupes». La possibilité d’expansion a également été évaluée. Les coûts de construction et le bruit environnant ferment le bal. Au final, deux membres de la table de concertation ont choisi le site A, contre trois pour l’emplacement B et huit en faveur du C.

Le point

Le maire a également indiqué que la pente du site retenu aura, après les travaux, une dénivellation de 5%. De plus, une galerie en porte-à-faux sera construite, permettant de voir les monts Bernard et Horizon du pavillon. Ceci nécessitera toutefois de couper quelques arbres à proximité ayant une «faible valeur écologique», affirme Louis Villeneuve.

Les sommes engagées par la Ville jusqu’ici sont aussi importantes, a mentionné le directeur général de Bromont, Éric Sévigny. Elles s’élèvent à plus de 115 000$ depuis 2018. Il y a aussi un «très grand risque» de perdre la subvention accordée par le ministère du Tourisme pour le pavillon. Selon les documents obtenus, cette somme est de 479 000$.

«On a demandé des extensions à deux reprises au ministère du Tourisme. Un moment donné, il faut livrer la marchandise», a dit le DG. La date butoir pour livrer le pavillon est le 31 décembre 2021.

Le site C permettrait également d’aménager une pente à glisse naturelle, une petite «pump track» près du bâtiment et possiblement d’accueillir des courses de cyclocross, a indiqué la chargée de projet du parc des Sommets et responsable des sentiers municipaux, Annie Cabana.

Contradiction

Contrairement à ce qu’avance la pétition du groupe contestataire, le site B2 interférerait avec le site du parcours du Concours complet, a affirmé Gérald Désourdy, représentant des gens qui chapeautent cet événement.

«Il s’agit de la seule compétition équestre au pays qui permet aux équipes du Canada et des États-Unis de se qualifier pour les olympiques. [...] Et on sait tous que chevaux et vélos ne vont pas ensemble.»

Alain Planchamp, des Amis des sentiers, Claudette Duclos, présidente de la Société de conservation du mont Brome et Nicolas Legault, directeur général du Centre national de cyclisme de Bromont ont confirmé qu’ils endossent le choix du site C retenu, et endossé par les élus de Bromont.