Les scarabées japonais font figure d’ogres dans une variété élargie de végétaux.

Halte aux scarabées japonais

La prolifération des scarabées japonais donne des maux de tête aux jardiniers depuis quelques années. Mais une lueur d’espoir se profile dans les jardins. La présence d’un prédateur naturel pour cet insecte ravageur, la mouche du scarabée, a commencé à être observée dans la région.

« C’est une bonne nouvelle parce qu’on n’avait rien. La méthode la plus efficace pour contrôler les scarabées japonais est de les ramasser et de les noyer dans l’eau savonneuse. Sinon, les vers blancs dans le gazon [NDLR : les scarabées à l’état de larves] sont aussi difficiles à contrôler. On n’a pas beaucoup d’outils de lutte biologique », a souligné vendredi l’entomologiste au service de renseignements entomologiques de l’Insectarium/Espace pour la vie à Montréal, Marie-Ève Gagnon.

Cette dernière a lancé cet été un projet de recherche au Jardin botanique pour valider l’aire de répartition de la mouche du scarabée et son efficacité.

Marie-Ève Gagnon confirme que des scarabées japonais infectés ont été observés dans la région. Ils peuvent être identifiés par le ou les points blancs qu’ils portent derrière la tête. Ces points représentent en fait les oeufs pondus par les mouches. « C’est rapide. Ça prend de trois à cinq jours pour que le scarabée meure », dit-elle.

L’oeuf devient une larve qui se nourrit du corps du scarabée. Dans son cycle de développement, la larve se transforme ensuite en pupe, à l’image d’un cocon, et traverse l’hiver. Au printemps, la mouche adulte émerge et pourra se reproduire et pondre à nouveau des oeufs sur les scarabées japonais, explique l’entomologiste.

Ne pas les tuer
Marie-Ève Gagnon souligne que les scarabées qui portent ces oeufs ne doivent pas être tués pour permettre à la mouche de poursuivre son cycle de vie et, incidemment, parasiter un nombre croissant de ravageurs.

Pour l’heure, peu de recherches ont été réalisés sur le scarabée japonais et ses prédateurs, affirme l’entomologiste. Ce n’est d’ailleurs pas demain la veille que ces mouches pourront être élevées et disséminées en nature ou vendues commercialement.

Les scarabées japonais infectés peuvent être identifiés par le ou les points blancs qu’ils portent derrière la tête, ces derniers représentant les oeufs pondus par des mouches prédatrices de cet insecte.

« C’est difficile de savoir le pourcentage d’efficacité. Mais juste de voir qu’il y a des scarabées japonais parasités, c’est bon signe. Même si c’est juste 20 % qui sont tués, c’est énorme pour un ennemi naturel. Ça fait 20 % de moins à essayer de contrôler de manière chimique », dit l’entomologiste.

La mouche du scarabée, qui provient du Japon, a d’abord été introduite aux État-Unis pour tenter de contrôler l’insecte à l’abdomen vert métallique et aux ailes cuivrées. Sa nouvelle présence au Québec démontre que la mouche s’est propagée naturellement. Au Québec, les scarabées japonais font figure d’ogres, alors qu’ils s’attaquent à une grande variété de végétaux, entre la région de l’Outaouais et la ville de Québec, selon Mme Gagnon.

Préoccupation
Les scarabées japonais et les ravages qu’ils causent dans les jardins et potagers demeurent une importante source de préoccupation, confirment les employés et dirigeants de centres de jardinage de la région.

La présence de la mouche du scarabée est certes une bonne nouvelle, mais elle ne représente pas encore une solution à court terme pour ceux qui voient leurs rosiers ou vignes dévorés par les insectes ravageurs, dit le directeur du Centre de jardinage Granby, Alain Lussier.

Ce dernier affirme que les pièges à scarabées suscitent plusieurs demandes d’informations. Ces pièges peuvent être efficaces, mais ils doivent être installés en respectant les consignes qui les accompagnent, dit-il.

Jacques Plumet, technicien chez Nutrite-Pépinière Abbotsford, affirme que la problématique des vers blancs, et des scarabées japonais qu’ils engendrent, est telle qu’elle sera encore appelée à prendre de l’ampleur. Il estime que les élus granbyens ont pris « ça à la légère », alors qu’ils ont décidé le printemps dernier de maintenir la réglementation qui permet malgré tout, selon certaines conditions, l’application de pesticides.

Marie-France Ostiguy, d’Ostiguy concepteur paysager à Shefford, affirme néanmoins qu’elle et d’autres représentants de l’entreprise ont observé des scarabées parasités à Granby et à Roxton Pond. « Il y a une lueur d’espoir. Il faut que l’information circule et que les gens ne tuent pas les scarabées avec des taches. Ce qu’on veut, c’est que la mouche se reproduise et qu’on puisse tranquillement contrer les vers blancs », dit-elle.

Pour mesurer l’étendue de la présence de la mouche du scarabée, il est possible de signaler, photo à l’appui, un scarabée parasité au Service de renseignements entomologiques à https ://monespace.espacepourlavie.ca/identification-dun-insecte.