Le PDG de Desjardins, Guy Cormier, voit dans la région un modèle de prospérité.

Guy Cormier prône la cohésion entre l'économie et la sphère sociale

De passage à Granby mercredi, le PDG de Desjardins, Guy Cormier, a lancé un appel aux gens d’affaires : « sentez-vous investis par une responsabilité sociale, pas seulement par le profit de vos entreprises », a-t-il indiqué dans le cadre d’un dîner conférence organisé par la Chambre de commerce Haute-Yamaska.

Guy Cormier est sans équivoque : la région est un bel exemple démontrant la cohésion entre l’économie et la sphère sociale. « Se prendre en main, c’est un peu l’âme de Granby, de Brome-Missisquoi et de votre grande région. [...] La coopération, c’est dans votre ADN. [...] On a le devoir d’être aussi ambitieux pour le développement de notre société que pour le développement de nos entreprises », a-t-il lancé à la foule à l’Hôtel Castel & Spa Confort de Granby.

Les défis économiques liés à la conjoncture ont été au coeur de l’allocution du PDG de Desjardins. Et selon lui, le dynamisme des gens d’affaires d’ici est bien palpable. « La région est très prospère. Vous avez une économie en santé. Vous avez confiance en l’avenir », a-t-il dit en s’appuyant sur des statistiques.

En 2017, près de 135 M $ ont été investis dans les compagnies manufacturières de la région de Granby, principalement dans l’acquisition d’équipements. Ce qui représente une hausse de 12 % comparativement à l’année précédente. La croissance est également au rendez-vous dans Brome-Missisquoi, a mentionné le PDG, citant en exemple des entreprises phares comme IBM et Teledyne Dalsa à Bromont puis Graymont à Bedford.

Perspectives

À court terme, Guy Cormier n’entrevoit pas d’ombre majeure au tableau indiquant aux entrepreneurs de monter leur garde. « Alors que 2017 a été une excellente année, où le PIB [NDLR : produit intérieur brut] a crû de 3 % au Québec, l’économie a un peu ralenti en 2018. [...] La vigueur de la consommation est [tout de même] au rendez-vous et elle le sera en 2019. La faiblesse du taux de chômage et le dynamisme du marché de l’habitation sont des éléments qui font que l’économie va bien », a-t-il mentionné.

Selon le grand patron de Desjardins, un léger ralentissement économique est à prévoir en 2019, avec un taux de croissance de 1,9 %. Des « nuages noirs » sont néanmoins dans la mire au second semestre de 2020.

Accord États-Unis-Mexique-Canada

M. Cormier voit d’ailleurs d’un bon oeil l’Accord États-Unis- Mexique-Canada (AEUMC) récemment conclu. Bien qu’il laisse plusieurs questions en suspens concernant ses répercussions, l’AEUMC a permis de dissiper l’incertitude qui planait sur l’économie canadienne, a fait valoir le PDG.

Or, M. Cormier s’est dit conscient que les producteurs sous la gestion de l’offre, présents en grand nombre dans la région, « ont encore eu à faire des concessions », faisant notamment référence au fait qu’Ottawa a accepté d’ouvrir aux produits américains 3,59 % du marché du lait.

Desjardins épaulera les producteurs d’ici à traverser cette épreuve, a souligné à grands traits Guy Cormier. « On ne connaît pas tous les détails des mesures de compensation des divers paliers de gouvernement. Mais on va aider les entreprises à s’adapter aux changements et à l’impact qu’elles devront subir. » Appelé à préciser en point de presse comment cela se traduirait concrètement, le dirigeant du groupe financier a lancé quelques pistes. « Ça pourrait passer par des congés de remboursement de capital. On peut aussi faire preuve de plus d’ouverture pour des entreprises qui ne respectent pas les conditions de financement. »

Cannabis

Après s’être montré il y a quelques mois complètement fermé à l’idée d’investir dans l’industrie du cannabis, Guy Cormier fait maintenant preuve d’ouverture. « On ne sera pas le curé sur le perron de l’église qui va dire au peuple ce qui est bon ou non pour lui », a-t-il imagé en prenant la parole devant les gens d’affaires. Desjardins hésite toutefois à plonger dans le marché de la marijuana récréative en pleine effervescence, alors que sa consommation est désormais légale. « On n’a pas d’ambition d’investir massivement, d’acheter des actions à n’en plus finir et d’être un joueur actif. On a vraiment une mission d’accompagner nos entrepreneurs dans leurs projets », a-t-il indiqué en mêlée de presse.

Desjardins préfère attendre que le marché se stabilise et agira davantage en tant qu’observateur au cours des mois à venir. « Il y a des éléments de risque sur lesquels on veut être rassurés, a dit M. Cormier aux médias. Parfois c’est la gouvernance des entreprises, parfois c’est l’acceptabilité sociale. Parfois c’est l’impact des opérations sur l’environnement. Et tant que l’on n’aura pas l’assurance que les partenaires avec lesquels on pourrait faire affaire satisfont ces critères, on aime mieux ne pas investir. »

Desjardins souhaite toutefois être proactif en ce qui concerne la prévention, entre autres en tant qu’assureur, a réitéré M. Cormier, précisant que des partenariats en ce sens sont déjà réalisés, notamment avec Opération Nez rouge.