Josiane avait préparé un sac de denrées pour la Guignolée de SOS Dépannage. Elle l’a remis à Rémy, âgé de 13 ans, qui passait déjà la Guignolée avant même de marcher.

Guignolée de SOS Dépannage: la générosité en famille

« Bonjour madame ! C’est pour la Guignolée ! » Bravant la pluie, plusieurs centaines de bénévoles ont sillonné les rues de Granby pour récupérer les denrées préparées par des milliers de familles.

Premier dimanche de décembre rime avec Guignolée de SOS Dépannage Moisson Granby à Granby et dans les municipalités voisines, et ce, depuis des dizaines d’années. L’organisme de Granby espère amasser 90 tonnes de denrées non périssables d’ici au 31 décembre pour pouvoir offrir de l’aide alimentaire tout au long de 2019. Si les dons continueront à affluer ces prochaines semaines, la journée de la Guignolée était le moment clé de cette grande récolte.

L’engagement d’Anne a commencé lorsqu’elle était étudiante, alors qu’elle était stagiaire chez SOS Dépannage. Depuis, consciente de l’importance d’aider les autres, elle se fait un point d’honneur de passer la Guignolée année après année. Avec son conjoint Dominic, ils ont la même route de collecte depuis plus d’une vingtaine d’années. Ils ont commencé avant la naissance de leur plus grand garçon, aujourd’hui âgé de 19 ans.

« Depuis 1994, je passe la Guignolée, confie la dame rencontrée sur la rue Jeanne-D’Arc, à Granby. C’est un bon temps pour être généreux. On veut que les enfants mangent le matin. » Elle se souvient avoir fait la Guignolée avec ses enfants en poussette.

Rémy, leur plus jeune de 13 ans, fait la Guignolée depuis ses 6 mois. « Je le fais pour donner aux personnes qui ont moins de chance que moi, pour qu’ils aient de la nourriture », indique-t-il.

Transmettre

Rémy et Anne sont arrivés à point chez Josiane, qui revenait à la maison en même temps qu’ils s’apprêtaient à sonner à sa porte. La jeune maman est vite rentrée à la maison pour aller chercher son sac déjà prêt. « Quand j’étais jeune, mes parents donnaient pour la Guignolée, se souvient Josiane. Ils nous inculquaient ça. Maintenant, c’est à notre tour de donner. J’ai fait notre sac avec ma petite de 6 ans hier [samedi]. On a mis de bonnes choses le fun à recevoir, comme des gâteaux. »

Quelques rues plus loin, La Voix de l’Est va à la rencontre d’une famille dont l’entrain est contagieux. Les plus vieux font la Guignolée depuis une vingtaine d’années. « C’est une histoire de famille. Mon oncle Denis est toujours celui qui organise et on est toujours une gang pour la Guignolée. Nos parents sont là, on amène nos chums, on a des cousins et cousines, souligne Jeanne, une des cousines qui participe depuis environ sept ans. On fait ça pour aider les gens. »

La famille a hérité de deux parcours en raison de la taille du groupe. Même la grand-mère de Jeanne participe à sa façon. Assise sur le siège passager de la voiture qui voyage entre les points de collecte et le camion qui transportera les boîtes chez SOS Dépannage, elle encourage ses troupes. « Ça commence vraiment le temps des Fêtes, la Guignolée », conclut Jeanne avant de repartir avec son groupe.

Les cousines Jeanne et Béatrice sont dans l’esprit des Fêtes lorsqu’elles passent la Guignolée avec leur grande famille.

Ils avaient quelques minutes plus tôt visité les demeures de Mélanie et Éric ainsi que de Geneviève et Stéphane. Ils ont, comme chaque année, été généreux pour la cause.

Pour un bon repas

« Je prépare toujours un sac en me demandant si, avec ces aliments-là, les gens vont pouvoir se faire un repas, glisse Mélanie. Je ne veux pas juste donner trois ou quatre affaires qui n’ont pas rapport. »

Leurs filles ont toujours vu leurs parents donner lors de la Guignolée et ces derniers espèrent qu’elles poursuivront la tradition.

Même chose de l’autre côté de la rue, mais cette fois, c’est de l’argent qui a été donné. « On n’avait pas eu le temps de faire le sac », avoue Geneviève, interrompue par l’auteure de ces lignes pendant la préparation de biscuits pour le père Noël.

L’argent amassé durant la journée permettra à SOS Dépannage de compléter l’aide alimentaire en achetant ce qu’il manque.

Les parents ont pris le temps d’expliquer à leurs jeunes enfants la raison d’être d’une telle collecte. Ils sont persuadés que leur grand Gabriel, âgé de 6 ans, aimerait passer de maison en maison pour la Guignolée. Peut-être l’an prochain.

Triage

D’autres bénévoles ont également effectué la Guignolée à Saint-Alphonse-de-Granby, Saint-Paul-d’Abbotsford, Sainte-Cécile-de-Milton et Roxton Pond. Dans ces municipalités, d’autres familles se sont attelées à la tâche. Les denrées ont été toutes rapatriées chez SOS Dépannage puisque les citoyens de ces municipalités peuvent faire des demandes d’aide alimentaire tout au long de l’année.

« C’est vraiment une belle organisation, commente Dominic en se dirigeant vers sa voiture pleine de sacs. On a vu l’amélioration de SOS Dépannage en vingt ans. C’est beaucoup mieux structuré que c’était. »

À l’intérieur des vastes locaux de l’organisme, environ 700 personnes étaient attendues dimanche après-midi pour commencer le grand tri de toutes ces denrées.

« Quand on a commencé, les gens venaient avec leurs enfants. Leurs enfants ont grandi en continuant à faire la Guignolée, ils ont eu des enfants. C’est une implication qui s’est transférée de génération en génération, constate le directeur et fondateur de SOS Dépannage, Norman Dunn. Ça m’impressionne que les gens soient aussi fidèles et impliqués que ça, c’est assez extraordinaire. Tu te sens moins seul. On dit que la société n’a plus de valeur, qu’elle est individualiste, mais quand tu regardes une journée comme aujourd’hui, ce n’est pas ça du tout. »

66 tonnes et 48 000$

La récolte de denrées est partie sur la même lancée que l’année dernière avec 66 tonnes métriques de denrées non périssables et 48 000 $ recueillis. L’objectif de SOS Dépannage est le même que celui de l’an dernier, soit 90 tonnes. Si l’objectif n’a pas été atteint en 2017 avec 80 tonnes au 31 décembre, l’organisme espère bien l’atteindre cette fois-ci avec sa 29e Guignolée.

Une très bonne nouvelle, selon le président Sylvain Larivière, étant donné la température maussade qui aurait pu nuire à la collecte.

La journée de dimanche a roulé à fond la caisse, mais elle est le résultat de bien des mois de travail. « C’est une très grosse organisation et on commence tôt dans l’année, évoque Éric Vachon, représentant pour l’organisme. Dès le retour des vacances d’été, on commence les réunions pour planifier la Guignolée. » 

Les organisateurs ont non seulement lancé un appel au bénévolat, mais ils ont aussi établi les 152 parcours à Granby avec 4 à 5 personnes par trajet. « Il faut s’assurer de couvrir toutes les portes. Il y en a 36 000 à Granby, Saint-Paul-d’Abbotsford, Saint-Alphonse-de-Granby, Roxton Pond et Sainte-Cécile-de-Milton, explique M. Vachon. Il y a des routes qu’on a éliminées il y a quelques années dans les quartiers beaucoup plus pauvres parce qu’on sait déjà que les gens en arrachent dans ces quartiers-là. On ne va pas les solliciter parce que, des fois, c’est la seule nourriture qu’ils ont pour la semaine. »

Sylvain Larivière rappelle que « les gens peuvent continuer à apporter des denrées dans différents points de dépôt. On garde le cap sur notre objectif de 90 tonnes. »