Des 1084 services de garde en milieu familial présents en Estrie il y a cinq ans, il n’en reste plus que 800.

Grève des services de garde en milieu familial: « il est temps que le ministre se réveille »

« Il est temps que le ministre se réveille parce que son réseau est en train de tomber », a déclaré jeudi la présidente de l’Alliance des intervenantes en milieu familial (ADIM) de l’Estrie, à l’occasion de la cinquième semaine de grève des 10 000 membres de la CSQ. Pas moins de 800 services de garde sont installés en Estrie alors que 200 ont pignon sur rue à Granby.

Ce vendredi matin, les intervenantes membres syndiqués de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) prévoient ouvrir leurs portes une heure et quart plus tard qu’à l’habitude. Les moyens de pression ont débuté il y a cinq semaines, le 31 janvier, avec un délai d’ouverture de 15 minutes. Un quart d’heure est ajouté chaque semaine et ces délais atteindront un sommet de deux heures à la huitième semaine de grève, le vendredi 20 mars.

Les responsables de services de garde en milieu familial ont aussi une demi-journée et une journée entière de grève dans leur manche, qu’ils peuvent déclencher après avoir donné 15 jours de préavis aux parents.

Les 3000 intervenantes membres de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) devaient pour leur part demeurées fermées pour la moitié de la journée ce vendredi.

La pression augmente sur le gouvernement alors que les négociations pour le renouvellement de la convention collective durent depuis un an.

C’est sur l’enjeu des salaires que le bât blesse. L’offre monétaire du gouvernement équivaut à une augmentation de 6 sous de l’heure, pour un taux horaire équivalant à 12,40 $, ce qui est sous le seuil du salaire minimum de 12,50 $ de l’heure au Québec.

Les salaires des responsables de service de garde sont versés via une subvention journalière en fonction du nombre d’enfants sous leur responsabilité. Le taux horaire de 12,40 $ est calculé en retirant de ces montants versés les dépenses de fonctionnement puis en divisant ce qui reste par leurs heures de travail hebdomadaires, pouvant atteindre 50 heures par semaine selon l’évaluation de la présidente de l’ADIM de l’Estrie.

En plus d’un rattrapage salarial, les responsables de service de garde demandent la mise en place d’un comité d’évaluation de l’emploi, « puisqu’il n’a jamais été évalué, contrairement à ce que le ministère dit », affirme Marlène Carbonneau.

Le ministère de la Famille estime que l’évaluation d’emploi s’est faite il y a dix ans et que la responsable de garde avait alors été évaluée au même titre qu’une éducatrice en CPE non formée. « Même si on accepte cette évaluation, on n’arrive même pas au même salaire », plaide Mme Carbonneau, indiquant que le taux horaire d’une éducatrice de CPE est de 16,75 $. « C’est insultant », conclut-elle.

Les parents écopent

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a déploré que ce soient les parents et les enfants qui écopent.

« Il a raison, mais c’est sa faute à lui si les parents sont pris en otage. On s’assure d’avoir leur soutien. On est conscient que ça dérange, on les avise longtemps à l’avance. Jusqu’à présent, les responsables de garde ont le soutien des parents dans la majorité des cas », répond la présidente de l’ADIM Estrie, précisant que « les courriels et les fax » envoyés au Ministère n’ont pas suffi à faire avancer les négociations dans la dernière année.

L’offre de services diminue avec les années et les places en service de garde se font rares. Des 1084 services de garde en milieu familial présents en Estrie il y a cinq ans, il n’en reste plus que 800 : une baisse de 26 %.

« On est dans une période où on se doit de bonifier la profession pour être capable de maintenir les services qu’on a présentement et de pouvoir faire du recrutement », insiste Mme Carbonneau. Ce qui ne pourra pas se faire avec l’offre actuellement sur la table, ajoute-t-elle.

Les responsables du milieu ont aussi hâte que les parents de voir la situation se régler, plaide la présidente de l’ADIM Estrie. « On a convoqué nos membres le 8 mars pour une assemblée nationale. On espère pouvoir présenter cette journée-là une entente de principe. Si ce n’est pas une entente de principe qu’on présente, ce sera des moyens d’action encore plus lourds », promet-elle, précisant que la date choisie pour cette « rencontre déterminante » n’est pas un hasard. « C’est la journée internationale de la femme, le ministre a dit dernièrement que l’équité avait été atteinte selon lui, mais sur le terrain ce n’est pas ce qu’on voit. »


« Nous, ça fait un an qu’on négocie. Il faut que ça se règle »
Marlène Carbonneau, présidente de l’Alliance des intervenantes en milieu familial (ADIM) de l’Estrie

Trop tôt dans le processus ?

« C’est tôt dans le processus pour faire la grève. Les offres ont été déposées quelques jours avant Noël, a indiqué à La Presse canadienne le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. Quand on veut arriver à un bon résultat, il faut discuter. »

« Je ne sais pas où il était le ministre tout ce temps-là, mais nous ça fait un an qu’on négocie, répond Marlène Carbonneau. Il faut que ça se règle. »

— Avec La Presse canadienne