Les employés en grève de la SAQ ont débrayé devant la succursale, rouverte par les cadres, de la rue Principale, à Granby. Ils ont fait entendre leurs revendications.

Grève à la SAQ : les syndiqués manifestent

Des employés de la SAQ ont débrayé devant les deux magasins granbyens de la société d’État, mardi. En matinée, ils étaient sur la rue St-Jude Nord jusqu’à ce qu’ils apprennent que la succursale de la rue Principale avait été rouverte par le personnel-cadre.

Une vingtaine de personnes sifflaient, soufflaient dans des trompettes et scandaient des slogans lorsque des piétons et des voitures passaient sur la rue Principale. Ils se faisaient entendre aussi lorsqu’un client passait le piquet de grève pour acheter une bouteille d’alcool, sans toutefois l’intimider plus directement, et distribuaient des tracts.

Certains de ces travailleurs sont à l’emploi de la SAQ depuis des décennies. Avec ce que l’employeur veut imposer, « je perds beaucoup d’acquis, déplore l’une des employées en grève qui s’est confiée à l’auteure de ces lignes. Je recommencerais à travailler les week-ends à la demande des patrons. On est permanent, mais on n’a pas de droit acquis. J’ai fait les fins de semaine pendant 25 ans ».

Une de ses collègues, qui cumule aussi plus de deux décennies d’ancienneté, dénonce aussi de devoir retourner sur un horaire du mercredi au dimanche. « Ça fait seulement quelques années que j’ai un horaire normal. Ça isole vraiment quelqu’un, cet horaire-là », ajoute-t-elle en parlant de la vie sociale et familiale. « En plus, ils veulent enlever les heures supplémentaires et c’est ce qui nous permet, quand on travaille le week-end, d’avoir un samedi une fois de temps en temps. »

Toutes deux n’avaient pas l’approbation du syndicat pour s’exprimer publiquement. Elles ont donc demandé l’anonymat.

70 % des employés à temps partiel
Il s’agissait de la première des six journées de grève dont dispose le syndicat en vue de faire pression sur l’employeur. Ils avaient précédemment adopté le jean, puis l’habit civil pour servir la clientèle, en plus d’arborer à l’occasion chapeaux et perruques.

La convention collective des employés de la SAQ est échue depuis le 31 mars 2017 et les négociations ont cours depuis 16 mois. À la fin du mois de juin, les 5500 syndiqués s’étaient prononcés massivement en faveur d’un mandat de six jours de débrayage, ces derniers pouvant être déclenchés au moment jugé opportun.

Depuis, cinq séances de négociation ont eu lieu et le syndicat a jugé, à la reprise des pourparlers mardi matin, que le moment était opportun.

« L’employeur a bougé un peu sur ses demandes, mais il ne retire pas ses demandes », a confié la présidente du syndicat, Katia Lelièvre, en entrevue avec La Presse canadienne. « Pour nous, c’est clair qu’on ne va pas enlever nos planchers d’emplois et nos planchers d’horaires », a-t-elle averti.

Cette question des horaires et des heures de travail est au cœur du litige, la SAQ voulant pouvoir compter sur davantage d’employés d’expérience les soirs et fins de semaine, alors que le syndicat y voit un recul important des conditions de travail de ses membres.

« Il ne manque pas de gens la fin de semaine », affirme Mme Lelièvre, qui fait valoir que 70 % des employés sont à temps partiel et font déjà les fins de semaine complètes et que, parmi les 30 % d’employés permanents réguliers, 58 % d’entre eux travaillent aussi une journée ou deux la fin de semaine.

Le syndicat n’a pas l’intention de prolonger la grève de mardi, du moins pour l’instant, mais dispose toujours de cinq jours de débrayage dans sa manche.

Les cadres au travail
Quatre cadres ont travaillé à la succursale de la SAQ de la rue Principale, à Granby, mardi. Selon les employés présents, les directeurs des succursales de Sutton, Bromont et Cowansville ont ainsi prêté main-forte à la directrice de ce magasin pour servir les quelques clients qui ont franchi la ligne de piquetage. Un gardien de l’entreprise Garda se trouvait également à l’intérieur.

Soixante-six succursales sur les 404 magasins de la société d’État ont ainsi pu ouvrir grâce à du personnel-cadre.

« La SAQ a mis en place un plan de contingence advenant la possibilité d’une grève, indique Mathieu Gaudreault, responsable des relations de presse de la SAQ. Il y a un certain nombre de succursales qui a été choisi afin d’être le plus près possible de la clientèle pour offrir le meilleur service possible. » Celle de la rue Principale est aussi la plus petite des deux.

Questionné sur la légalité de la démarche, il répond que « la SAQ respecte les lois du travail du Québec. On est très soucieux de respecter la règlementation en vigueur et c’est une mesure qui est prévue dans la loi. »

— Avec La Presse canadienne