La Marche du rein avait lieu dimanche à Granby. Plus de cent personnes ont amassé au-delà de 8700 $ en don pour la Fondation canadienne du rein.

Greffe de rein: en faire don de son vivant

« Du jour au lendemain, ta vie est complètement renversée », constate la néphrologue Véronique Beaunoyer. La médecin côtoie quotidiennement des gens dont les reins ont cessé de fonctionner ou dont les fonctions sont diminuées, et pour qui une greffe de rein peut tout changer. La vie de ces personnes, qui doivent subir trois séances de dialyse de plus de quatre heures par semaine, peut basculer de nouveau.

Élise Racine et Mickaël Raymond ont tous les deux reçu une greffe en cadeau. Ils marchaient pour la Fondation canadienne du rein, dimanche, à Granby.

Les reins de Mme Racine ont été attaqués par une maladie orpheline qui s’en prend à son sang. C’est ainsi que, du jour au lendemain, elle a dû ajouter la dialyse, à la maison, à ses traitements pour sa maladie.

Après 21 mois de traitements, en octobre 2016, elle a reçu le fameux appel. « Ça a été rapide du fait que ça me prenait un petit rein parce que je ne suis pas grande et pas lourde. J’ai eu la chance d’avoir un rein rapidement. J’étais euphorique quand j’ai reçu l’appel ! »

Non seulement elle a pu récupérer la chambre qui lui servait pour la dialyse, mais elle a pu recommencer à manger et à boire normalement. « Mais c’est surtout l’énergie que j’ai retrouvée ! »

Mickaël Raymond est tombé malade quand il est entré à l’université. Il se sentait moins bien que d’habitude et a eu une pneumonie. « J’ai passé une prise de sang et on a découvert que j’avais une insuffisance rénale. J’ai fait des traitements d’hémodialyse pendant trois ans et demi. »

Pour recevoir une greffe, il s’est inscrit avec son père à une chaîne de dons transcanadienne. Comme le père n’était pas compatible pour donner un rein au fils, le premier acceptait de le donner à quelqu’un d’autre pour que son fils en reçoive un d’ailleurs. C’est ainsi qu’en septembre 2015, M. Raymond a reçu un rein d’un quinquagénaire de l’Ontario, qui a fait le don de son vivant. Son père a quant à lui donné un rein à un patient de l’Ouest canadien. « Mon père a donné un rein pour que je puisse en avoir un. Il n’y avait aucune assurance pour que tout ça fonctionne, mais il a fait ce don-là. C’est un don de soi. Ça prend une grosse dose de courage. Chaque jour, j’ai de la gratitude. »

Depuis, il a terminé ses études en enseignement et a repris le sport. Lui aussi a pu revenir à une alimentation normale grâce à la greffe.

Changement de vie

La dialyse permet d’aller chercher les déchets que les reins sont incapables d’évacuer. Les patients qui souffrent d’insuffisance rénale n’urinent plus ou presque plus. Ils doivent passer de nombreuses heures à l’hôpital pour le traitement, à moins qu’ils puissent les faire eux-mêmes à la maison.

« De plus en plus, on essaie de miser sur la dialyse à domicile, explique la Dre Beaunoyer, basée à Saint-Jean-sur-Richelieu, mais qui traite des patients également à Granby. C’est la même machine qu’à l’hôpital qui peut être installée à la maison. [...] Si c’est possible, alors une fois par patient la RAMQ va défrayer les coûts pour faire l’installation. »

Les restrictions sont nombreuses. Par exemple, plus un patient s’abreuve, plus il y aura de déchets à retirer des reins dysfonctionnels. « C’est une des diètes les plus sévères. »

Tabou

La Dre Beaunoyer et l’infirmière clinicienne responsable de la clinique de greffe rénale à Sherbrooke, Valérie Ross, aussi présidente d’honneur de la Marche du rein qui avait lieu dimanche, font la promotion du don d’organe et du don de son vivant pour tenter d’offrir une solution durable à plus de patients. Une centaine de personnes sont en attente d’une greffe de rein en Estrie.

« J’ai fait deux conférences sur le don vivant où on a invité des patients, des familles, informe la néphrologue. J’essaie d’organiser un colloque pour sensibiliser les médecins de famille. J’ai le patient dans mon bureau, mais pas sa famille. Je n’ai pas accès aux donneurs potentiels quand je vois le patient. Les médecins de famille oui. Mais c’est un gros don, il faut que ça reste volontaire. »

« On est en attente d’un budget gouvernemental pour que les cinq centres transplanteurs du Québec — Sherbrooke, Québec, Maisonneuve-Rosemont, le CUSM et CHUM — travaillent ensemble en comité pour augmenter le nombre de greffes avec des donneurs vivants, renchérit Mme Ross. On travaille depuis deux ans à élaborer des outils de sensibilisation, à élaborer des projets pour aller justement voir les professionnels de la santé et leur en parler. C’est encore un peu tabou. Ces donneurs-là peuvent vivre facilement avec un seul rein. On les évalue et les surévalue tellement que les risques que quelque chose arrive sont au plus bas. »

Les deux spécialistes et les deux personnes greffées ont pris part dimanche à la quatrième Marche du rein de Granby. Un record de participation et de dons a été franchi. Le groupe de plus de cent personnes a marché 5 km au Centre d’interprétation de la nature. Ils ont remis un chèque de plus de 8700 $ à la Fondation canadienne du rein.