Des dizaines d'employés du réseau de la santé ont bruyamment manifesté lundi devant le CRDI Montérégie-Est, à Granby, dénonçant la «gestion chaotique» des dirigeants du CISSSMO.

Réseau de la santé: des employés dénoncent la «gestion chaotique»

Des dizaines d’employés du réseau de la santé, œuvrant entre autres auprès d’enfants nécessitant des services spécialisés dans la région, ont bruyamment manifesté lundi devant le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) Montérégie-Est à Granby. Ils voulaient ainsi dénoncer la « gestion chaotique » des dirigeants, qui se traduit notamment par une surcharge de travail du personnel et une hausse marquée des délais de prise en charge de la clientèle.

« So-so-so, solidarité ! », scandait à l’unisson le groupe de travailleurs affiliés à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), brandissant des pancartes à l’effigie de leur syndicat. « Aujourd’hui, nous sommes réunis pour informer la population qu’à notre plus grand regret, les exigences et les contraintes actuelles ne nous permettent pas d’offrir des services de qualité, fonctionnels et efficaces », a lancé en point de presse sous les applaudissements de la foule Karine Michaud, présidente du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Ouest (CISSSMO). 

La situation est peu reluisante dans la région, a indiqué en entrevue Mme Michaud. Les problèmes de rétention de personnel qui œuvre en réadaptation, en adaptation puis en intégration sociale sont monnaie courante. 

S’en suit une démobilisation généralisée des effectifs, à bout de souffle. « La population de Granby et des environs paie pour la mauvaise administration depuis l’arrivée des CISSS et des CIUSSS en 2015. Ils reçoivent moins de services qu’ailleurs, a déploré la représentante syndicale. Pourtant, les besoins sont énormes. On ne peut pas tolérer ça. On doit s’asseoir avec l’employeur pour trouver des solutions. »

Notons que les manifestants œuvrent auprès d’une clientèle vulnérable. On parle entre autres de personnes ayant une déficience intellectuelle, physique, motrice ou langagière. À celles-ci s’ajoutent des gens ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) puis des individus aux prises avec des problèmes de toxicomanie ainsi que des dépendances­ à l’alcool et au jeu.

Réorganisations interminables

Selon Mme Michaud, les problèmes montent crescendo depuis les deux dernières années. C’est ce qui a poussé les membres de la FSSS-CSN à sonner l’alarme. 

« Au fil des ans, on vit une valse de réorganisations inter­minables, qui apportent des complexités et des inquiétudes. [...] L’éclatement du territoire, des déplacements illogiques et des menaces à notre expertise. Nos conditions de travail sont déjà fragiles [...] dans une structure décisionnelle lourde, au sommet de laquelle trône une seule personne : le ministre [de la Santé, Gaétan] Barrette, dont l’appétit est sans bornes pour tout décider », a illustré la présidente syndicale du CISSSMO.

« Malheureusement, les familles et les usagers ne savent pas qu’ils sont brimés. Ils ne savent pas qu’ils auraient pu avoir des services plus tôt si l’établissement avait eu une gestion différente », a fait valoir Mme Michaud, citant en exemple la situation du Centre montérégien de réadaptation (CMR), établi­ à Granby. 

En fait, a-t-elle précisé en entrevue, chaque enfant sur une liste d’attente reçoit un « premier service » en groupe, ce qui constitue principalement une façon « d’avoir de bonnes statistiques ».

« La première série de rencontres ne répond normalement pas complètement aux besoins de la clientèle. Ça peut prendre jusqu’à un an avant que les enfants reçoivent un second service individualisé, ce qui est inacceptable. Mais de cette façon, l’établissement respecte les délais prescrits par la loi [selon laquelle] un enfant doit être desservi en dedans de 90 jours après son inscription sur la liste d’attente », a-t-elle expliqué. 

La gestion des ressources humaines fait aussi défaut. « Depuis plusieurs mois, c’est le chaos. Pour pallier les absences, on demande aux équipes d’en faire plus. Mais pour ça, il faut couper quelque part. [...] Ça fait en sorte que l’attraction et la rétention du personnel sont super difficiles », a-t-elle indiqué. 

Cette réalité, a-t-elle renchéri, découle également de la rigidité des normes administratives, de la diminution des postes à temps complet et des horaires rotatifs. 

Parmi les solutions envisageables pour dénouer l’impasse, estime Mme Michaud, figurent une meilleure organisation du travail ainsi que l’ajout d’effectifs.