Le psychologue expert Hubert Van Gijseghem compare les agressions perpétrées par des prêtres à des abus au sein d’une même famille. « Un prêtre qui viole des enfants est davantage lié à l’inceste, dit le spécialiste. […] Ce n’est pas pour rien que l’on dit “mon père”. »

Prêtres pédophiles: comparable à l’inceste, selon un expert

Sous le joug de la religion catholique, bien des enfants préfèrent taire le terrible secret d’abus sexuels perpétrés par des représentants de l’Église. De ces viols découlent souvent une série d’inhibitions qui perdurent, parfois jusque dans la tombe. Les barrières empêchant les victimes de dénoncer paraissent alors insurmontables, indique le psychologue expert Hubert Van Gijseghem.

Les affaires d’agressions sexuelles de prêtres pédophiles pullulent. Le recours collectif qui vient d’être autorisé contre les Frères du Sacré-Cœur à Granby est un exemple. Or, bien des tabous demeurent enracinés dans la société. Le Dr Van Gijseghem lève le voile sur ce qui entoure ces attaques à l’intégrité physique et mentale d’innocentes­ victimes.

Malgré ce que bien des gens présument, l’engagement d’abstinence ne pousse pas des prêtres à poser de tels gestes sur des enfants. Le problème se trouve plutôt « en amont », fait valoir l’expert de renommée mondiale. « Le célibat glorifié attire souvent des gens qui ont des problèmes avec leur sexualité. Il ne s’agit pas de devenir prêtre pour tripoter les petits gars. Ces hommes sont chastes pendant des années, mais un moment donné, cette sexualité trouble refait surface, et ils passent à l’acte. »

Trop souvent, les prêtres pédophiles ont « tendance à se déculpabiliser », poursuit la sommité en psychopathologie et sévices sexuels. « Ces gens rationalisent fréquemment leurs gestes. Ils se disent qu’ils ont été importants pour le petit gars. Qu’ils lui ont apporté quelque chose en lui apprenant l’intimité et toutes sortes de conneries du genre. […] L’Église est une organisation extrêmement fermée, avec une complaisance totale. Son emprise étouffe les victimes. »

Carcan

Selon le Dr Van Gijseghem, il est « triplement difficile » de révéler des abus sexuels commis par des prêtres, notamment lorsqu’ils sont en « situation de pouvoir » au sein d’établissements d’enseignement. Des recherches démontrent que 40 % des victimes de sévices sexuels ne dénoncent jamais leur agresseur. Uniquement 4,4 % des garçons signalent avoir été violés, mentionne celui qui compte des milliers­ d’expertises psycholégales.

En fait, les agressions perpétrées par des prêtres sont comparables à des abus au sein d’une famille. « Un prêtre qui viole des enfants est davantage lié à l’inceste, dit le spécialiste. […] Ce n’est pas pour rien que l’on dit “mon père”. »

L’intimidation érigée en réseau dans les établissements scolaires pèse aussi lourd dans la balance, renchérit-il pour illustrer le carcan qui emprisonne les victimes. « Dévoiler son agresseur, c’est être la risée de toute l’école », soutient le Dr Van Gijseghem.

À cela s’ajoutent par ailleurs de forts sentiments de honte et de culpabilité chez la gent masculine. « Pour les garçons, les incidents d’abus sexuels sont colorés par le tabou de l’homosexualité. […] C’est un genre d’auto­-incrimination très dissuasif­ de dénoncer. »

Répercussions

Selon le psychologue, bien des victimes de prêtres pédophiles sombrent dans la toxicomanie ou toutes sortes d’autres dépendances, notamment à l’alcool. « C’est une façon d’oblitérer, d’occulter­ une partie de soi », dit-il.

La plupart des personnes ayant été violées par des religieux gardent des séquelles, indique le Dr Van Gijseghem. « Souvent, ces victimes ont beaucoup de dif­ficultés dans leurs relations interpersonnelles parce qu’elles ont l’impression d’être fausses. Elles peuvent devenir très méfiantes quand quelqu’un leur expose les règles à suivre. Elles se braquent contre l’autorité. […] Heureusement, plusieurs s’en sortent avec du support psychologique. »