«Ça va nous prendre ça pour montrer que l’employeur ne respecte pas les règles», dit le président du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska, Éric Bédard.

L’opération «La composition de la classe» fait réagir

Les enseignants de dix commissions scolaires, dont Val-des-Cerfs, sont justifiés de détailler la composition de leur classe à leur syndicat aux fins de revendications, soutient le président du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska­ (SEHY), Éric Bédard.

« À un moment donné, il faut se donner les moyens, dit-il. Il faut mettre fin au règne du grand mensonge. »

Le « grand mensonge », selon M. Bédard, c’est que tout va bien dans les écoles du Québec. Or, l’intégration d’un trop grand nombre d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA) par classe, combinée à un manque de ressources, épuise les enseignants et nuit au bien de tous les élèves, dit-il.

C’est pourquoi la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) — dont fait partie le SEHY — a demandé à ses membres de consigner dans les moindres détails l’état de leurs classes — nom, âge, notes, difficultés et toute information relative aux élèves — et de les faire parvenir à une firme qui compilera­ le tout. 

Litige

En réplique, les commissions scolaires se sont adressées à la Cour supérieure afin de faire stopper l’opération « La composition de la classe » dès qu’elles en ont appris l’existence, la semaine dernière, évoquant « une démarche syndicale qui brime le droit à la confidentialité­ de nos élèves et de leurs parents » (voir autre texte).

Depuis le 23 octobre, les syndicats ont donc l’obligation de cesser ces démarches et de remettre les informations déjà recueillies à un arbitre qui devra éventuellement statuer sur la légalité de la chose. Éric Bédard estime que les commissions scolaires « paniquent » parce qu’elles « ne veulent pas que la vérité sorte ».

L’issue du litige sera à la faveur des syndicats, prédit le président du SEHY, puisque la Fédération autonome de l’enseignement s’était assurée du bien-fondé de sa démarche.

« On prétend que c’est légal. C’est même une obligation pour nous de faire ça. Sinon, comment appliquer les règles de la convention collective ? »

Ressources

Celles-ci stipulent qu’un nombre limité d’élèves HDAA doit composer chaque classe et que les ressources (techniciennes en éducation spécialisée, préposées aux élèves handicapés, ortho­phonistes) doivent être au rendez-vous, ce qui n’est pas toujours le cas à Val-des-Cerfs, dit Éric Bédard.

« En 2016, il y a eu une quantité phénoménale de dépassements [d’élèves HDAA] dans les classes, et souvent le prof n’est même pas mis au courant avant plusieurs semaines, alors qu’il faut agir rapidement », déplore-t-il. 

La réforme scolaire a fait disparaître les classes dites spéciales, avec comme conséquence que « les classes régulières sont devenues de grandes classes spéciales » qui « tirent tout le monde vers le bas ». « Tout ça pour économiser de l’argent. »

La compilation n’aurait-elle pas pu se faire en omettant les noms des élèves ? Non, dit M. Bédard. « La justice, ça prend des noms. Ça va nous prendre ça pour montrer que l’employeur ne respecte pas les règles. » Il assure que personne d’autre n’aura accès à ces informations.

«Ces infos sont colligées par les enseignants pour être utilisées dans le cadre de leurs fonctions. Ça ne doit pas servir à autre chose», dit le directeur général de Val-des-Cerfs, Éric Racine.

« On ne peut pas faire ça »

Val-des-Cerfs refuse que des informations confidentielles sur ses élèves se retrouvent entre les mains d’une firme mandatée par la Fédération­ autonome de l’enseignement.

« Rien ne m’assure qu’il n’y aura pas de bris au niveau de la confidentialité », dénonce le directeur général de la commission scolaire, Éric Racine. « Ces infos sont colligées par les enseignants pour être utilisées dans le cadre de leurs fonctions. Ça ne doit pas servir à autre chose. »

Un arbitre devra trancher et entre-temps, l’opération « La composition de la casse » est interrompue. « Il y a des façons de faire et là, ça se faisait à l’insu des commissions scolaires, ajoute M. Racine. Il y a des modes de fonctionnement à l’interne pour travailler ça [NDLR : l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, ou HDAA]. On n’a pas besoin d’aller à l’externe. »

Ratios

Le DG de Val-des-Cerfs affirme que les ratios maîtres-élèves, en calculant la valeur ajoutée des élèves HDAA, sont respectés à Val-
des-Cerfs. « C’est toujours du cas par cas, mais je pense que la situation est pas mal sous contrôle, et les résultats­ académiques­ le démontrent. »

Il maintient que l’intégration des élèves HDAA en classes régulières est un succès. « Pour augmenter la réussite et le bagage des élèves, il faut des classes hétérogènes. Les recherches le disent. » Mais il reconnaît qu’en matière de services aux élèves, « on peut toujours faire mieux ».

En 2017-2018, Val-des-Cerfs investira 5,8 M $ en services aux élèves, un montant qui croît chaque année.