Environ 70 joueurs d’échecs se sont réunis à l’école Eurêka, de vendredi à dimanche, pour le premier tournoi ouvert de Granby.

Les échecs prennent du galon à Granby

On pouvait entendre une mouche voler dans la cafeteria de l’école Eurêka, ce week-end, alors que les cerveaux s’échauffaient.

Le tournoi ouvert de Granby­ a attiré environ 70 joueurs d’échecs de tous les calibres du Québec, de l’Ontario et même des États-Unis. « C’est le premier de ce calibre-là dans l’histoire de Granby, relève Roger Laporte, président du Club d’échecs de Granby. Personne ne s’imaginait qu’il y aurait un tournoi­ comme ça ici. »

Le club a été relancé par M. Laporte, sa conjointe Sylvie­ Trépanier et Sylvain Courtemanche­ il y a environ deux ans. Depuis, leur travail acharné a permis de ramener des joueurs de la région qui allaient se mesurer avec d’autres à l’extérieur. Le club compte maintenant 32 membres en règle.

Le directeur du tournoi, Sylvain Courtemanche, s’assurait que tout était en ordre pour le premier pairage entre les joueurs pour la première partie de cinq du week-end. Les parties pouvaient durer jusqu’à 5 heures. Un total de 3000 $ était remis en bourses.

Débuter jeune

Il y avait des joueurs de tous les niveaux, répartis en trois sections. Jean Hébert et Olivier-Kenta­ Chiku-Ratté font partie de la catégorie la plus forte. Tous deux sont maîtres dans le classement québécois.

 « Ce qui m’attire ici, c’est qu’il y a beaucoup de joueurs que je connais et je sais qu’ils font de beaux efforts pour repartir le club. Ce sont des gens qu’on voit beaucoup à Chambly », explique M. Hébert, l’un des meilleurs joueurs de la province. 

Ce dernier joue aux échecs depuis l’âge de 5 ans. « Ça fait 50 ans. J’ai joué plus de 2000 parties de tournoi et ce n’est jamais pareil. C’est toujours nouveau, toujours imprévu. C’est toujours une aventure. »

Selon lui, commencer jeune est un des secrets pour atteindre des niveaux élevés, comme dans les sports de compétition. 

Grand talent

À 18 ans, Olivier-Kenta Chiku-Ratté a devant lui un avenir prometteur. Déjà, le Montréalais surpasse Jean Hébert au classement. 

« Au Québec, je suis deuxième dans les juniors, note-t-il. J’ai commencé à jouer à l’âge de 8 ans. C’est mon père qui m’a appris. Au début, il me battait en jouant les yeux fermés ; maintenant, il faut que je l’aide pour qu’il fasse un match nul. J’ai eu un coach au primaire, il a beaucoup d’élèves à Montréal. C’est un coach que j’ai depuis très longtemps. »

Olivier-Kenta a eu l’occasion d’aller jouer au Brésil, en 2011, et compte continuer à progresser. Mais il est aussi conscient qu’avec les études en administration au cégep, il ne peut pas consacrer autant de temps qu’il le souhaiterait­ à son jeu. 

Ce qu’il aime des échecs ? 

« La stratégie, la vision des pièces. J’aime aussi la compétition dans le jeu. »

Le jeune homme était loin d’être nerveux au début du tournoi. La première ronde est la plus facile. Dans la salle d’analyse, où les joueurs lisent les notes prises durant les parties, il relaxait en compagnie de deux autres jeunes autour d’un échiquier avant l’entrevue­ avec La Voix de l’Est.

À l’aide d’un échiquier spécial, Chantal Nicole, une non-voyante, dispute régulièrement­ des parties avec des adversaires qui, eux, voient très bien.

VENT DE JEUNESSE

Jean Hébert se souvient qu’à ses débuts, il n’y avait pas de jeunes dans ce milieu. Il a observé un changement, ces dernières années, alors que les clubs déploient des efforts pour intéresser les jeunes à un jeu qui se joue sans écran et dans le silence. 

Au Québec, « on a des jeunes qui jouent, mais on n’a pas vraiment de système pour les rendre bons, remarque-t-il. On a encore du travail pour devenir comme le reste du monde. On manque beaucoup de structure. Par exemple, on n’a pas de compétitions interclubs. Ici, les clubs sont plutôt isolés, on n’a pas beaucoup d’interaction. Notre problème, c’est les distances. »

Le club d’échecs de Granby fait partie de ceux qui misent sur la relève. Depuis deux ans, Sylvain Courtemanche donne des cours à des enfants à l’extérieur des heures de classe. Un deuxième enseignant est même venu lui prêter main-forte. 

« Il y a peut-être une centaine d’élèves dans douze écoles de la région (qui jouent), souligne Roger Laporte, président du Club d’échecs de Granby. Ces enfants-là, c’est la relève. Et si on ne prépare pas la relève, il va y avoir un vide générationnel. »

Selon lui, les jeunes apportent un vent de fraîcheur. « Il y en a qui commencent à tirer assez fort ! Ils sont des éponges. »