Le juge Érick Vanchestein a absout vendredi Francis Béchard de l’accusation criminelle de conduite dangereuse ayant causé des lésions.

Le juge acquitte Francis Béchard

Francis Béchard s’exposait à purger 10 ans derrière les barreaux pour avoir gravement blessé un facteur en le fauchant avec sa voiture. Or, le juge Érick Vanchestein de la Cour du Québec a tranché, vendredi, en faveur des arguments de la défense, voulant que le jeune homme n’ait commis aucun crime en prenant le volant alors que son pare-brise était mal dégivré.

Le drame s’était déroulé le matin du 30 décembre 2014, à l’angle des rues York et Saint-Antoine à Granby. L’homme de 29 ans avait alors happé Alain Morrisseau en omettant son arrêt obligatoire. La victime avait eu son congé de l’hôpital après 20 jours. Bien que l’accusé ait admis que son pare-brise ne permettait pas d’avoir une visibilité adéquate, le magistrat l’a absout en tenant compte d’une série de facteurs circonstanciels. 

« La seule faute de l’accusé réside dans le fait d’avoir quitté trop tôt, avant que son pare-brise soit complètement dégivré. Elle s’explique par le fait de l’attitude des trois enfants [à bord de la voiture] qui se plaignaient et étaient turbulents. [...] Sa visibilité n’était pas nulle. Il voyait la route et les tracés des lignes et il a fait un arrêt à l’intersection précédente. Il a pris une chance dans les circonstances. [...] Le comportement [du conducteur] se situe dans la zone de la contravention à la norme civile et non criminelle », a indiqué le juge Vanchestein par visioconférence. 

De son côté, l’avocat de la poursuite, Me Andy Drouin, arguait qu’il s’agissait d’un « crime d’omission ». « On a omis de percevoir le risque, avait-il plaidé. C’est ça qu’on sanctionne. Vrai qu’il ne faut pas s’attarder aux conséquences, mais la façon de conduire était dangereuse. »

Conscientisation

L’avocat de la défense, Me Serge Michon, s’est dit « très heureux du verdict ». « Nous avons toujours pensé que M. Béchard n’avait pas posé de geste de nature criminelle et que ça restait au niveau du Code de la sécurité routière », a-t-il fait valoir.

De son côté, celui qui a été acquitté n’a pas souhaité s’adresser aux médias à sa sortie de la salle de cour. Des proches du jeune homme semblaient visiblement soulagés du dénouement du dossier. « On va enfin pouvoir dormir », a lancé l’un d’eux.

Richard, un ami qu’héberge Francis Béchard, s’est également dit satisfait de la décision. « Francis est tellement un bon gars. Il ne voulait pas minimiser ce qui est arrivé [à la victime]. Mais c’était très lourd à porter, a-t-il confié. Il en parlait tout le temps. [...] Aujourd’hui, c’est un poids énorme de moins sur ses épaules. Il peut enfin mettre ça de côté. »

Préférant s’abstenir de commenter la décision du juge, Alain Morrisseau dit néanmoins vouloir « tourner la page ». « Je suis revenu à un semblant de vie comme j’avais avant [l’accident]. Mais c’est certain que le traumatisme crânien a fait des dommages, a indiqué à La Voix de l’Est le quinquagénaire, qui souffre toujours d’acouphène et de troubles de mémoire. Malheureusement, ces problèmes font partie de mon quotidien. »

Celui qui a repris le travail chez Postes Canada en août 2016 espère que cette affaire servira à conscientiser la population. « Les gens doivent y penser deux fois avant de prendre le volant. J’espère vraiment que le message va passer. Déneigez et déglacez bien vos véhicules, a-t-il dit. Ça prend quelques minutes et ça peut éviter un drame. »

À ce chapitre, Me Drouin abonde dans le même sens que son client. Il a par ailleurs réitéré lors d’une mêlée de presse qu’une condamnation criminelle est possible dans un dossier de ce type. Bien qu’il « respecte la décision » du Tribunal, le procureur n’écarte pas l’option d’en appeler du verdict. « La décision devra être analysée, a-t-il mentionné. Il faut s’assurer que tous les paramètres ont été bien perçus et analysés par le juge. »