Lucille Dignard, directrice générale de la SEPHYR, déplore le manque de soutien aux deux neurologues de Granby qui, dit-elle, a « d’énormes répercussions » pour les gens aux prises avec la sclérose en plaques.

«Ce n'est que la pointe de l'iceberg»

Pendant que les deux neurologues de Granby tentent de garder la tête hors de l’eau, la liste d’attente pour une consultation s’allongeant de façon exponentielle, une partie de leur clientèle «souffre en silence» en tentant de trouver de l’aide. C’est le «triste constat» que dresse Lucille Dignard, directrice générale de l’organisme Sclérose en plaques Haute-Yamaska-Richelieu (SEPHYR).

L’arrivée de deux neurologues à l’hôpital de Granby, l’un en 2015 puis l’autre l’année suivante, a eu l’effet d’une « bouffée d’air frais » pour Lucille Dignard. Mais la DG de la SEPHYR a rapidement déchanté. Non pas au sujet du rendement des deux spécialistes, mais plutôt en constatant l’accueil réservé aux deux médecins. 

« On a été pendant des années sans neurologue dans la région. En remettant le service sur pied, je m’attendais à ce qu’on déroule le tapis rouge, qu’on leur donne les outils et le support nécessaires pour accomplir leur travail. Mais non. On les a mis dans un petit placard en leur disant “débrouillez-vous”. Comment peut-on agir comme ça ? déplore-t-elle. Ils ont tout à fait raison de demander de l’aide parce qu’ils sont conscients des besoins énormes dans la région. Mais ils ont les deux mains liées. »

La Voix de l’Est rapportait le 18 octobre que les deux neuro­logues de Granby, Jean-Pierre Claude et Guillaume Lafortune, sont débordés. La liste d’attente s’est allongée, passant de 494 personnes à 917 en un an. Les spécialistes, qui portent à bout de bras ce service dans la région, réclament de l’aide. 

« Ça n’a pas de sens de voir des gens attendre plus d’un an pour avoir une consultation, avait déploré en entrevue le Dr Lafortune­. On ne parle pas de suivis de routine. Notre clientèle est très malade, souvent âgée et avec peu de mobilité. On a des cas de sclérose en plaques, de Parkinson, de SLA [sclérose latérale amyotrophique] et ayant subi un AVC [accident vasculaire cérébral]. Ce n’est pas de la marchandise que l’on met sur une tablette. La situation­ est alarmante. »

Ils souhaitent notamment qu’un collègue puis une infirmière clinicienne leur prêtent main-forte, ainsi qu’une secrétaire qui les délesterait de tâches administratives. 

Urgence d’agir

Selon le Plan d’effectifs médicaux (PEM), Québec ne prévoit pas ajouter de neurologue sur le territoire d’ici 2020. En fait, le PEM est un programme triennal. Une révision est toutefois faite chaque année.

Appelé à commenter le dossier, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait tenu à « remettre les pendules à l’heure » au sujet de l’ajout ou non d’un neurologue à Granby. « Je ne peux pas revoir quelque chose qui a déjà été publié », a-t-il soutenu, précisant que la prochaine évaluation du PEM aura lieu à l’automne 2018. On connaîtra alors le nombre de finissants en médecine qui seront en poste à partir du 1er juillet 2019. M. Barrette a toutefois concédé que la liste d’attente en neurologie qui s’accroît à Granby « n’est pas une bonne nouvelle ».

De son côté, Mme Dignard clame l’urgence d’agir. « Dans le réseau de la santé, on parle constamment de l’importance des services de proximité. Pourtant, dans le cas de la neurologie à Granby, on fait tout le contraire. En ne donnant pas d’aide aux deux spécialistes, on force les gens d’ici [notamment atteints de sclérose en plaques] à parcourir des dizaines de kilomètres pour tenter d’obtenir de l’aide à Sherbrooke ou ailleurs. Alors la liste d’attente à Granby, ce n’est que la pointe de l’iceberg », image-t-elle. 

« Concernant le besoin de soutien des neurologues à Granby, une rencontre est prévue d’ici la mi-décembre pour regarder les pistes de solution avec eux », indique pour sa part Geneviève Lemay, conseillère en communication pour le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie.