La murale d’Alfred Pellan sera démantelée et remisée jusqu’à ce qu’un nouveau site soit ciblé afin de la mettre davantage en valeur.
La murale d’Alfred Pellan sera démantelée et remisée jusqu’à ce qu’un nouveau site soit ciblé afin de la mettre davantage en valeur.

Granby: une oeuvre d'Alfred Pellan sera démantelée et remisée

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
La murale de l’artiste Alfred Pellan qui trône en façade de l’édifice où loge la MRC de la Haute-Yamaska à Granby ne sera pas intégrée à la nouvelle bâtisse de l’organisme régional, tel que prévu. Elle sera démantelée et remisée jusqu’à ce qu’un nouvel emplacement soit ciblé, explique le directeur général de la Ville, Michel Pinault.  

Alors que la Ville est propriétaire du 142 rue Dufferin, les élus de Granby ont récemment accepté de retirer de la promesse de vente de l’immeuble, conclue avec la MRC, la condition qui prévoyait que l’œuvre ait une place dans le futur projet de construction.

Sa taille imposante la rend difficile à intégrer à la nouvelle bâtisse, fait valoir la coordonnatrice aux communications de la MRC, Marlène Pawliw. 

Une expertise réalisée sur l’œuvre de mosaïque par André Domon démontre par ailleurs qu’elle se trouve dans un état de dégradation avancée, selon le sommaire décisionnel remis aux élus, dont les médias ont obtenu copie. 

Mais cela n’a rien à voir avec la décision de la MRC, assure le DG de la Ville de Granby. «Peu importe son état, le démantèlement de l’œuvre passe forcément après par une certaine restauration. Elle aurait pu être restaurée et réinstallée dans la bâtisse de la MRC. Mais le choix, avec lequel le conseil municipal est d’accord, est de ne pas la réintégrer dans la nouvelle bâtisse», dit Michel Pinault.  

Conservée

Dans les circonstances, André Domon propose de découper la murale en une cinquantaine de panneaux numérotés pour les superposer entre des feuilles de polystyrène à l’intérieur de caissons de bois scellés aux fins d’entreposage. 

La durée des travaux est estimée à deux à trois semaines. Les coûts pourraient s’élever à près de 55 000 $. Une facture que la MRC est prête à assumer, confirme Mme Pawliw. L’œuvre sera remise à la Ville, dit-elle.

L’important est de conserver la mosaïque, estime Michel Pinault. «Peu importe le temps que ça prend, ce qui compte, c’est qu’elle puisse être préservée et, éventuellement, mise en valeur lorsqu’on aura des opportunités. Le plus bel exemple, c’est le sarcophage romain. Il a été démantelé du parc Pelletier, restauré, entreposé et on a eu l’opportunité de le mettre dans le hall de la bibliothèque. Je pense qu’il y a sa place et il est très apprécié. Ça fait partie de l’histoire de la ville», relève-t-il.  

Valeur historique

Construit en 1958, le 142, rue Dufferin a d’abord abrité l’école St-Patrick, avant d’accueillir les bureaux de la commission scolaire, puis ceux des Loisirs de Granby. La MRC y est locataire depuis 1999. 

L’école St-Patrick a été construite pour desservir la population catholique irlandaise. C’est à cette époque qu’Alfred Pellan, qui compte parmi les artistes canadiens reconnus, a réalisé deux murales à Granby, l’une à l’école de la rue Dufferin, l’autre à l’école pour filles Immaculée-Conception, où se trouve aujourd’hui le Cégep de Granby.

Selon la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, la mosaïque de l’école St-Patrick, qui mesure 2,3 mètres par 3,6 mètres de hauteur, a été dessinée par Alfred Pellan, mais elle a été réalisée par Claude Théberge, un ami personnel du maître. Elle «s’inspire des enluminures irlandaises du haut Moyen Âge, que l’on peut apprécier dans le Livre de Kells, un précieux ouvrage réalisé au VIIIe siècle», a-t-il déjà été relevé dans une publication de l’Historien régional. 

La directrice générale de la société d’histoire, Cecilia Capocchi, trouve dommage que la murale ne soit plus incluse dans le projet de la MRC. Selon elle, l’œuvre aurait fait un «rappel direct» aux lieux, où s’est trouvée une école ayant une clientèle bien précise. 

«Ça a une valeur patrimoniale, en plus d’une valeur artistique», fait-elle valoir. 

Le défi sera maintenant de trouver un lieu approprié afin que cette dernière puisse être mise en valeur, estime Mme Capocchi.

Après des années d’études et d’analyses, la MRC est, pour sa part, prête à aller de l’avant avec son projet qui prévoit la démolition de ses locaux actuels et la reconstruction, à la même adresse, d’un nouvel immeuble. Deux appels d’offres ont récemment été publiés dans le cadre de ce projet, dont les coûts sont estimés à environ 11 millions $. Il est aussi prévu que la Société d’histoire de la Haute-Yamaska y occupe des locaux.