Près d’une centaine de personnes ont participé à la marche contre le racisme samedi à Granby.
Près d’une centaine de personnes ont participé à la marche contre le racisme samedi à Granby.

Granby marche contre le racisme

Samedi, près d’une centaine de personnes ont marché du poste de police de Granby jusqu’au palais de justice pour dénoncer pacifiquement le racisme et la brutalité policière. Ils étaient accompagnés par des représentants des forces de l’ordre et des élus municipaux et fédéraux.

La marche organisée par la communauté congolaise de Granby s’est déroulée sans accroc et, malgré le temps chaud, la très grande majorité des manifestants portaient un couvre-visage tout au long des 3.5 kilomètres.

Une des instigatrices de la marche, Corine Esperancia, s'adresse à la foule en compagnie des élus et des autorités. 

Du racisme à Granby ?

Est-ce qu’il y a du racisme à Granby ? Oui, répondent le service de police, la Ville de Granby, la députée fédérale et les manifestants présents lors de la marche de samedi.

«Le racisme, pour ceux qui ne le savent pas, je peux le définir en quelques mots comme un système qui se met en place pour faire croire à certaine personnes, d’une certaine couleur, qu’ils sont supérieurs. Moi, je ne veux pas parler de couleurs, car nous avons une seule race, et c’est la race humaine», a déclaré une des instigatrices de la marche, Corine Esperancia, sous les applaudissements des participants, an amont de la manifestation.

Chez les élus comme chez les manifestants, un élément fait consensus : les personnes racisées ont plus de difficultés à se trouver un logement et un emploi qu’un citoyen qui a un nom à consonance québécoise, comme «Tremblay».

«Je suis contente d’être avec vous, mais en même temps je suis triste. Je suis triste qu’en 2020, je sois obligé, en tant que députée, de marcher avec vous pour dénoncer le racisme. Ça fait trop longtemps qu’on en parle, il est temps de passer de la parole aux actes», a dit la députée bloquiste de la circonscription de Shefford, Andréanne Larouche, aux manifestants. Nouvellement admise sur le comité sur l’esclavage moderne et de la traite des personnes, qui porte notamment sur la discrimination et la violence dont sont victimes les femmes autochtones, Mme Larouche reconnaît qu’il y a du racisme systémique au Canada. «J’ai hâte de commencer à siéger sur ce comité pour explorer des pistes de solutions concrètes», a-t-elle indiqué.

Le conseiller municipal Jean-Luc Nappert représentait la Ville lors de la manifestation et s’est adressé à la foule. «Je suis très ému en vous écoutant et en vous voyant», a-t-il déclaré, avant de reconnaître qu’il y avait du racisme à Granby.

La goutte qui a fait déborder le vase

La mort de George Floyd dans la ville de Minneapolis, à près de 2000 km de Granby, a été la goutte qui a fait déborder le vase. Une minute de silence, poing droit en l’air, a été observée en hommage à l’Afro-Américain, devenu le visage du mouvement Black Lives Matter au cours des dernières semaines.

«Lorsqu’il y a mort d’homme, surtout après le visionnement du vidéo de la mort de Geroge Floyd, celui qui restera indifférent a un problème de coeur et un problème de conscience. Aujourd’hui nous venons dire ‘‘Non! Nous n’allons pas l’accepter’’, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase», a affirmé la porte-parole des manifestants dans son porte-voix.

«Qu’allons-nous dire à nos enfants? Est-ce qu’on va dire que tout homme en uniforme est méchant ? Non. Est-ce qu’on va dire qu’on doit s’arrêter et vivre avec la peur parce qu’on est d’une certaine couleur de peau, d’une certaine origine? Non. Il ne faudrait pas que notre couleur de peau, notre origine...(étranglements dans la voix) Excusez-moi, c’est vraiment très fort pour moi. Ça doit arrêter. On est ici parce qu’on en a assez et parce qu’on est faché, on a le droit d’être fâché», a poursuivi avec émotions la porte-parole.

Même si un tel épisode de brutalité policière n’est pas survenu à Granby, «on aime mieux prévenir, que guérir», avance Corine Esperancia.

«Merci à la police de Granby»

La scène qui s’est déroulée à Granby cette fin de semaine était aux antipodes des violents affrontements opposants les forces de l’ordre aux manifestants qui ont parfois éclatés lors des grands rassemblements des dernières semaines.

Les policiers de Granby étaient présents à pied, à vélo et en voiture pour accompagner les marcheurs et leur fournir des bouteilles d’eau, qui eux, ont manifesté pacifiquement.

«Merci à la police de Granby», scandaient les marcheurs une fois arrivés au palais de justice de Granby.

«Nous sommes des êtres humains, même si on porte l’uniforme. Sous notre chemise, nous sommes des pères, des mères, des frères, des soeurs et des gens de coeur. C’est comme ça qu’on veut donner le service aux citoyens de Granby. Je veux vous dire, que nous sommes fiers de la marche que vous faites aujourd’hui, parce qu’on veut du changement. Ce qui est arrivé aux États-Unis, nous sommes contre cela», a indiqué le directeur du Service de police de la Ville, Bruno Grondin, en admettant qu’il y avait encore place à l’amélioration. C’est pourquoi plusieurs projets en partenariat avec l’organisme Solidarité ethnique régionale de la Yamaska sont en cours de développement pour favoriser le vivre-ensemble, a-t-il poursuivi.

«Même si on a des policiers ici, à Granby, ils ne sont pas comme ailleurs, a déclaré Hamza, un jeune marcheur. Ici, ils sont capables d’échanger, ils sont capables d’être humain».

«Nos autorités nous soutiennent et ils comprennent que ça doit changer. Il faut que les autres villes nous voient et qu’ils nous prennent en exemple. À Granby, ça fonctionne : on peut marcher avec la police et nos élus, et ensemble nous vaincrons le racisme», a soutenu Corine Esperancia, qui n’a pas manqué de rappeler que beaucoup d’autochtones sont victimes de racisme et meurent sous les balles de la police.

«On a encore espoir que les choses peuvent changer», lance Lionel, un jeune manifestant.