Le taux d’inoccupation des appartements est de 1,4% à Granby, mais malgré ce taux très bas, il n’y a pas de pénurie de logements comme c’est présentement le cas à Montréal.

Granby épargnée par la crise du logement

Granby ne se trouve pas en situation de pénurie de logements, comme à Montréal, même si le taux d’inoccupation est plus bas que celui de la métropole. Le fait qu’il y ait peu de location à court terme pour les touristes, notamment via la plateforme Airbnb, pourrait expliquer qu’il y ait moins de pression sur le marché locatif.

Hélène Plourde, conseillère en logements à l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de la Montérégie-Est, n’a pas eu vent d’une pénurie de logements à Granby.

« Personne ne m’a appelé pour me dire qu’il ne trouvait pas de logements et on est à la fin juin. Il y a plus de dix ans, il y avait eu une crise. Des familles n’avaient pas de logements », se rappelle Mme Plourde en précisant que celles-ci avaient eu droit à de l’hébergement d’urgence.

Le phénomène de Airbnb est « rendu une plaie pour les locataires », ajoute-t-elle.

Ce type de location fait en sorte que des logements sont gardés uniquement pour cet usage puisque c’est souvent plus payant. « Si, à Granby, il y en avait plus, on aurait peut-être une crise. »

Selon une recherche effectuée sur la plateforme de location, 41 logements sont mis à la disposition des touristes à Granby, certains à des prix faramineux.

« On sait que ces logements-là sortent du marché locatif traditionnel, souligne Mbea Bell, analyste de marché à la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Ils vont mettre de la pression dans certains secteurs. »

Neufs ou insalubres

Ce qui est plutôt observé à Granby est la construction d’appartements neufs et plus dispendieux, si bien que plusieurs familles doivent se tourner vers des logements en moins bon état pour respecter leur budget, selon Mme Plourde.

Même constat du côté du Groupe Action Solution Pauvreté (GASP). « Le problème est souvent le même. Ce sont des logements peu abordables ou insalubres » qui respectent les budgets, souligne la coordonnatrice du GASP, Kim Verreault.

À l’Office municipal d’habitation (OMH) Haute-Yamaska-Rouville, on a constaté un gonflement de la liste d’attente pour une habitation à prix modique. Depuis plusieurs années, la demande était stable avec un peu plus de 300 noms.

Plus de 100 personnes se sont ajoutées à la liste, mais il faut tenir compte du fait que l’OMH de Granby a intégré six autres villes dans son organisation pour former l’OMH Haute-Yamaska-Rouville. Pour Guy Mongeau, directeur général par intérim, il est donc normal d’observer une telle augmentation avec l’ajout d’autant de villes.

Forte baisse depuis 2016

En 2016, le taux d’inoccupation des appartements était de 3,1 % à Granby, selon l’étude menée annuellement par la SCHL. Le taux a chuté de moitié l’année suivante, atteignant 1,5 %.

« Ce qu’on a vu, c’est une hausse du solde migratoire dans la région de Granby, soit la différence entre le nombre de personnes qui viennent s’installer à Granby et le nombre de personnes qui quittent, remarque Mbea Bell. Il a été fortement en hausse en 2016 et 2017 et ce sont des personnes qui vont habituellement vers le marché locatif. Et il y a aussi le vieillissement de la population. »

On se souvient qu’en 2016, des réfugiés syriens ont commencé à venir s’installer à Granby avec leur famille. Leur arrivée concorde avec la baisse marquée de disponibilité des logements de plus de trois chambres, dont le taux d’inoccupation est passé de 5,2 % en 2015 à 0,8 % en 2017.

En octobre 2018, le taux d’inoccupation pour l’ensemble des appartements descendait légèrement à 1,4 %. À Montréal, 1,9 % des logements sont libres.


«  Le mouvement de fonds qui soutient la demande locative est là pour rester.  »
Mbea Bell, analyste de marché pour la SCHL

« La situation est un peu plus tendue dans le marché locatif de Granby, souligne M. Bell, mais il y a toujours des possibilités de location même quand le taux est relativement bas. Dans le cas des villes voisines, par exemple à Saint-Hyacinthe, on a un taux similaire de 1,4 %, à Drummondville à 1,7 %. Ce n’est pas une situation isolée. »

Il prévient qu’il faut tout de même faire attention quand vient le temps de comparer les différentes régions. À Montréal, certains secteurs sont plus problématiques que d’autres.

Construction de logements

« On voit la demande locative qui est forte et qui va le demeurer puisque le mouvement de fonds qui soutient la demande locative, soit la migration et le vieillissement de la population, est là pour rester, conclut l’analyste de marché. Tout dépendra de comment l’offre va réagir. Est-ce qu’il y aura une forte construction de logements locatifs, est-ce que la construction va reprendre de plus belle ? Dans la situation, tout dépendra de la réaction de l’offre du logement. »

L’OMH a obtenu le feu vert pour la construction d’un édifice de 98 logements à prix modique en 2017. Les coûts ont depuis explosé et le projet a dû être adapté. On parle maintenant de 90 logements divisés en deux édifices.

Le premier, de deux étages, offrira des logements pour 24 familles, tandis que le deuxième, sur quatre étages, aura 66 logements pour personnes seules et âgées, précise Robert Riel, président de l’OMH et conseiller municipal à Granby. Les plans et devis seront réalisés cet automne et, un an plus tard, la construction devrait être terminée.

Le projet La Passerelle, une coopérative d’habitation pour personnes âgées, devrait aussi accueillir ses premiers locataires à la fin de 2020. Quarante logements seront construits et il y a la possibilité de construire deux autres édifices à logements sur le même terrain ultérieurement.