Déclaré coupable de deux meurtres prémédités, Giuseppe de Leto s’expose à des peines maximales consécutives.

Giuseppe de Leto coupable de toutes les accusations

Comme son complice trois mois plus tôt, Giuseppe de Leto a été trouvé coupable, mercredi, des meurtres de la Granbyenne Nancy Beaulieu et de son conjoint Martin Bélair, un crime commis à Acton Vale en 2015.

Après trois jours de délibérations, le jury réuni au palais de justice de Saint-Hyacinthe a rendu son verdict à 15 h 55. Par la voix du juré no. 10, il a déclaré l’homme de 37 ans coupable des quatre accusations qui pesaient contre lui, soit deux de meurtre au premier degré et deux de complot pour meurtre.

M. de Leto n’a montré aucune réaction à l’écoute de son verdict. Comme l’exige la loi, il est automatiquement condamné à une peine de prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans, a indiqué le juge André Vincent, de la Cour supérieure, qui présidait le procès depuis cinq semaines.

Les infractions de complot pour meurtre ne s’additionneront pas à la sentence, a précisé le juge, mais il n’est pas exclu que la Couronne, représentée par Me Marie-Claude Morin, demande l’application des peines maximales consécutives.

C’est ce qui a été demandé pour le complice de M. de Leto dans ce crime, Francis Yergeau, lui aussi déclaré coupable deux fois de meurtre prémédité.

« Je veux rencontrer les proches des victimes avant », a dit Me Morin à la cour, ajoutant vouloir aussi consulter la jurisprudence et la procureure au dossier de M. Yergeau. Elle annoncera sa décision jeudi matin.

Preuves

« C’est un verdict appuyé sur la preuve et qui a suivi les directives du tribunal, donc c’est satisfaisant », a mentionné l’avocate à sa sortie de la salle d’audience.

Elle a reconnu avoir eu la tâche moins facile que la procureure au procès de Francis Yergeau, compte tenu que ce dernier avait fait des aveux aux policiers après son arrestation, en 2016, alors que son complice est toujours resté coi.

Contrairement au premier procès, la poursuite n’avait donc pas de preuve directe que l’accusé avait tiré, uniquement des preuves circonstancielles démontrant qu’il avait planifié et participé au crime.

Le jury n’a pas non plus pris connaissance des aveux faits par M. Yergeau, la défense, représentée par Me Marc Labelle, ayant invoqué avec succès un arrêt qui limite ce type de preuve.

Me Labelle a refusé de commenter l’issue du procès, mais a indiqué à La Voix de l’Est qu’il en appellerait des verdicts de culpabilité prononcés contre son client. M. de Leto a toujours nié sa participation aux crimes.

Les victimes, Nancy Beaulieu et Martin Bélair, avaient été tuées à Acton Vale en 2015.

La preuve déposée illustre toutefois que MM. de Leto et Yergeau voulaient s’approprier le bar de danseuses nues que géraient les victimes, à Saint-Hyacinthe, ou à tout le moins en extorquer le copropriétaire.

Leur plan a consisté à fréquenter le Cabaret Flamingo pendant plusieurs mois en s’affichant comme des gars en moyens qui oeuvraient dans le trafic de drogue. En vérité, les deux hommes travaillaient à petit salaire dans une usine de blocs de béton d’Acton Vale.

C’est d’ailleurs à cet endroit qu’ils ont attiré les victimes, le soir du 6 janvier 2015, pour les abattre par balles. M. Bélair devait participer à une lucrative — mais fausse — transaction de cocaïne ; Mme Beaulieu a péri parce qu’elle était au courant de ce rendez-vous.

M. de Leto devait ensuite faire croire au copropriétaire du bar que M. Bélair s’était envolé avec un demi-million de dollars lui appartenant et exiger un dédommagement, mais le stratagème a tourné court quand il s’est vu refuser toute somme.

« Nancy va pouvoir reposer en paix »

« C’est un soulagement parce qu’on sait que c’est lui [NB : M. de Leto] qui a tiré sur ma soeur », a déclaré Véronique Beaulieu lorsqu’interrogée par La Voix de l’Est.

« On ne voulait pas qu’il sorte. J’étais plus nerveuse [que lors du premier procès] parce que le jury avait moins de preuve. Je me demandais s’ils allaient arriver à la même conclusion. Enfin, Nancy va pouvoir reposer en paix. »

Mme Beaulieu a tenu à souligner le travail des enquêteurs et de la Couronne dans ces dossiers.

« On pourra enfin respirer, a dit de son côté l’ancienne conjointe de Martin Bélair, Chantal Levert. Ils vont payer pour leurs crimes. Ça ne ramènera pas Martin ni Nancy, mais ça soulage. On a toujours su que c’était lui [M. de Leto] qui était le plus responsable, qui a été le plus actif. J’avais dit à Martin que je le trouvais louche. Heureusement, le jury a vu clair dans ses menteries. »

Mme Levert a fait ainsi référence au témoignage de Giuseppe de Leto à son procès, une étape marquante selon plusieurs personnes ayant assisté aux audiences.

L’accusé, qui avait été filmé en train d’acheter des draps similaires à ceux utilisés pour envelopper les corps des victimes, a justifié cet achat par la nécessité de couvrir des cargaisons lors de transports par motoneige, estimant qu’ils étaient moins bruyants qu’une bâche. Ce à quoi le juge a demandé s’il s’agissait de motoneiges électriques, ce qui n’était pas le cas.

L’achat de cordes a aussi été justifié parce qu’elles étaient « en vente », et le fusil de calibre 12 parce que l’accusé faisait du trafic d’armes. Cette allégation n’a toutefois pas été appuyée par une preuve supplémentaire, tout comme l’alibi de M. de Leto voulant qu’il ait passé la soirée avec des amis.

Les parties doivent se retrouver mardi prochain afin de débattre de la sentence.