On dénombre jusqu’ici 134 personnes atteintes par la COVID au sein du CHSLD Villa-Bonheur de Granby.
On dénombre jusqu’ici 134 personnes atteintes par la COVID au sein du CHSLD Villa-Bonheur de Granby.

Gestion de la COVID à Villa-Bonheur: «On n’est pas du tout dans une culture du blâme»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
La situation critique au CHSLD Villa-Bonheur a monopolisé une grande partie du point de presse de la Santé publique de l’Estrie, lundi. Il a notamment été question de l’imputabilité pour la fulgurante progression du sournois coronavirus au sein du centre d’hébergement de Granby, qui a jusqu’ici fait cinq victimes parmi les 134 personnes atteintes. Or, pas question pour le CIUSSS de l’Estrie de jeter le blâme sur qui que ce soit concernant la gestion de cette vaste éclosion. Du moins pas pour le moment.

«On n’est pas du tout dans une culture de blâme au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Les causes de cette éclosion sont multiples. Ce n’est pas la faute d’une personne. (...) À cette étape-ci, notre objectif est d’enrayer la propagation du virus», a indiqué la directrice programme soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA), Sylvie Moreault.

Le sujet a également interpellé le Dr Vincent Masse, microbiologiste-infectiologue et officier en chef de prévention et contrôle des infections au CIUSSS de l’Estrie, qui a pris la balle au bond après sa collègue. «Dans toutes les différentes interactions que l’on a eues, que ce soit en lien avec Villa-Bonheur ou n’importe quel autre milieu en situation de veille ou d’éclosion, tout le monde travaille d’arrache-pied, a-t-il fait valoir. Tout le monde est à pied d’oeuvre, de la haute direction de l’hôpital jusqu’au personnel terrain. Il y a vraiment un fort esprit de collaboration. Au-delà d’attribuer les blâmes, les gens se sentent fortement interpellé. Ils prennent la situation très au sérieux.»

Alors que près de 75% des résidents sont infectés, et que des dizaines d’employés sont jusqu’ici tombés au combat, l’aide de l’armée ou de la Croix-Rouge est-elle envisagée? Selon Mme Moreault, l’armée ne figure pas parmi les options. «Et la Croix-Rouge est extrêmement sollicitée. Nous ne sommes pas le seul territoire actuellement avec des éclosions majeures au Québec. Les équipes sont mobilisées dans plein d’autres milieux», a-t-elle mentionné.

Ventilation et équipements

Plusieurs employés ont évoqué en entrevue à La Voix de l’Est que la ventilation désuète soit entre autres en cause dans la propagation du virus entre les murs de Villa-Bonheur. Le Dr Masse a réitéré en point de presse que les équipements respectent les normes, mais que des manoeuvres sont entreprises quotidiennement pour accroître leur efficacité. «Il semble que tous les systèmes de ventilation soient conformes aux normes en vigueur, a-t-il dit. Dans le cas particulier de Villa-Bonheur, nous essayons d’améliorer la ventilation en ouvrant quelques fenêtres en rotation.»

Les causes exactes de l’explosion du nombre de cas de COVID-19 en quelques jours, tant chez le personnel que les résidents, demeure toutefois encore nébuleux. Plusieurs membres du personnel estiment également que les équipements de protection fournis par l’employeur à Villa-Bonheur sont inadéquats. Principalement les masques, car la plupart des travailleurs de la santé portent des équipements «de procédure» plutôt que du type N95, beaucoup plus performants.

Notons que Villa-Bonheur fait partie des trois «zones chaudes» sous haute surveillance pour la clientèle en CHSLD en Estrie pour les cas de COVID.

La directrice du programme soutien à l’autonomie des personnes âgées, Sylvie Moreault.

Délestage

Villa-Bonheur est reconnu comme l’un des centres d’hébergement où la pénurie de main-d’oeuvre est la plus criante en Estrie. Or, avec une soixantaine d’employés en moins, la situation devient critique pour assurer la sécurité des usagers. Le CIUSSS doit donc envoyer du renfort provenant entre autres de plusieurs autres milieux de travail.

Ce qui a une incidence directe sur les soins à la population dans d’autres secteurs d’activité. D’ailleurs, on peut s’attendre à ce que le délestage dans plusieurs milieux s’accentue, a concédé Mme Moreault. On parle notamment de «plusieurs cliniques en maladies chroniques», qui devront restreindre leurs activités en raison du transfert de personnel vers le CHSLD. C’est le cas aussi pour des travailleurs d’hôpitaux de la région.

Dr Vincent Masse, microbiologiste-infectiologue et officier en chef de prévention et contrôle des infections au CIUSSS de l’Estrie.

De plus, en raison du nombre de cas élevé de COVID, plutôt linéaire depuis quelques jours en Estrie, l’équipe de la Santé publique est en recrutement pour son personnel d’enquête épidémiologique, a indiqué son directeur, Dr Alain Poirier.

Sous surveillance

Outre Villa-Bonheur, plusieurs autres éclosions sont sous surveillance dans d’autres établissements de la région. C’est le cas à la résidence pour aînés Distinction - Pavillon du Parc, à Granby, où l’on dénombre trois nouveaux cas et un décès, pour un total de 39 résidents infectés et six employés.

La portion CHSLD de l’Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins, à Cowansville, est aussi sur le radar de la Santé publique. On y a recensé à ce jour 13 cas positifs chez les usagers, dont trois décès, et cinq chez les membres du personnel. L’éclosion n’est toujours pas maîtrisée à la Résidence du Mont, à Granby. On y a répertorié 35 résidents et 11 employés infectés. De plus, l’hôpital BMP (secteur 2) et son voisin à Granby sont toujours en veille d’éclosion.