Gaz Propane Rainville­ étudie depuis deux ans la possibilité de déménager leurs installations granbyennes vers Brigham.

Gaz Propane Rainville pourrait quitter Granby

S’étendant sur 23 hectares, près de la route 139, un vaste projet industriel se précise à Brigham. Outre l’aménagement du seul centre de trans­bordement ferroviaire dans la MRC Brome-Missisquoi, un des points majeurs de cette initiative tient au fait que les propriétaires de Gaz Propane Rainville, dont l’entreprise est notamment établie au centre-ville de Granby, envisagent d’y centraliser leurs activités.

Après les élus de Bromont en avril, ceux de Brigham ont donné mardi leur aval pour que le projet franchisse une nouvelle étape. En ce sens, une demande d’exclusion doit être déposée au cours des jours à venir par la MRC Brome-Missisquoi auprès de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ).

« C’est un projet génial. On a commencé cette démarche il y a plusieurs années. C’est un dossier prioritaire sur le plan sécuritaire, mais aussi au niveau économique et pour la création d’emplois dans la région », a indiqué à La Voix de l’Est le maire de Brigham, Steven Neil, qui se dit très optimiste pour la suite des choses.

L’aspect sécuritaire est la pierre angulaire du projet, dont le budget global devrait osciller entre 15 à 20 millions. On prévoit notamment éloigner à plus de 500 mètres des résidences et de l’artère routière les infras­tructures liées au propane (Terminal Brigham, Propane Rainville et Rapid Gaz).

« [Actuellement], l’emplacement de Terminal Brigham est excessivement dangereux. C’est juste à côté de la 139. À chaque opération, on bloque la route. Il faut aussi penser au risque si une des bonbonnes [de propane] éclate », a fait valoir Guy Breton, directeur des projets spéciaux pour l’entreprise œuvrant dans le recyclage de produits métalliques Bourque Métal, qui a instauré le projet. 

Ramifications

Le dossier a également d’importantes ramifications sur le plan de la sécurité publique à Bromont. Idem à Granby. Rappelons que des dizaines de wagons contenant des produits hautement explosifs, entre autres du propane, stationnés tantôt derrière l’école de la Chantignole à Bromont, tantôt au cœur d’un quartier domiciliaire, font craindre le pire aux résidants du secteur depuis quelques années. La Central Maine & Quebec Railway (CMQ), propriétaire du réseau ferroviaire, agit ainsi de plein droit, ne disposant pas de nombreuses « voies de garage » pour ces convois dans la région. Le regroupement de ces wagons sur le site de Brigham est envisagé et permettrait de dénouer l’impasse, a indiqué le directeur du service des incendies de Bromont, Hugo Brière. « On travaille pour mettre en place un site qui répondra aux plus hautes normes en cas d’intervention sur les lieux », a souligné le chef des pompiers.

En ce qui concerne Granby, des pourparlers sont en cours depuis des années entre la Ville et Gaz Propane Rainville pour que la compagnie déplace ses activités du centre-ville (rue Saint-Charles Sud) vers un autre site dans le parc industriel (voir autres textes). 

Développement économique

Mis à part le fait que des entreprises liées au propane sont déjà en activité à Brigham, la situation géographique de l’endroit a pesé dans la balance pour y lancer un projet de grande envergure. « La 139 est un axe important à proximité de l’autoroute 10. L’endroit est bien centralisé pour la desserte des entreprises, tant en Haute-Yamaska que dans Brome-Missisquoi », a fait valoir Francis Dorion, qui chapeaute le dossier au sein de la MRC Brome-Missisquoi. Une enquête exhaustive a par ailleurs été réalisée pour s’assurer qu’il s’agit du site le plus propice à un tel projet. « On a analysé plus de 7000 unités de terrain [lots] le long des trois axes ferroviaires du territoire [en dehors des zones agricoles]. On s’est gardé 500 mètres de part et d’autre de la voie ferrée. Et il n’y avait pas d’option », a spécifié le directeur de la gestion du territoire à la MRC.

En plus de prendre de l’essor et d’accentuer son efficacité, Bourque Métal, déjà établie sur le site de Brigham, souhaite piloter un éventuel centre de transbordement ferroviaire. En ce sens, la compagnie a créé une nouvelle entité : Bourque Transit. « On veut que plusieurs entreprises profitent de la plateforme ferroviaire. Ça permettrait de rendre le site très efficace sans avoir à multiplier les équipements et les infrastructures », a mentionné M. Breton, ajoutant que l’accroissement des activités de la CMQ aurait une incidence à la baisse sur les coûts de transport pour les compagnies de la région. 

Bourque Transit aurait déjà une dizaine de clients potentiels pour le centre de transbordement, qui pourrait servir tant à recevoir de la marchandise par train qu’à en envoyer. Selon M. Breton, les activités du poste bimodal pourraient commencer « à petite échelle » sur le site existant. « Ce serait envisageable avant le printemps prochain », a-t-il précisé. « On pense qu’une fois que le bébé sera au monde et qu’il commencera à marcher, a illustré le représentant de l’entreprise, on aura certainement de la difficulté à ne pas le faire courir. »

La relocalisation incontournable

L’hypothétique déménagement des activités de l’entreprise Gaz Propane Rainville­ à Brigham suscite des sentiments partagés chez le maire de Granby, Pascal Bonin. 

« D’un côté, ce n’est pas une bonne nouvelle s’il y a une délocalisation dans quelques années. Mais, d’un autre côté, c’est une très bonne nouvelle pour la sécurité des citoyens. (...) C’est l’élément numéro un de dangerosité du schéma de couverture de risque à Granby », a réagi mardi le maire, informé des grandes lignes du projet. 

Pascal Bonin affirme n’avoir eu aucune communication avec la direction de Gaz Propane Rainville­ à ce sujet. Chose certaine, fait-il valoir, il n’est plus possible pour l’entreprise de prendre de l’expansion rue Saint-Charles. 

« Il y a des types d’entreprises, comme ça, qui s’établissent et au fil du temps, avec l’urbanisation et les nouvelles exigences, se retrouvent dans ses situations où elles ne “fittent” plus dans le milieu où elles se sont installées il y a 40, 50 ou 60 ans », dit-il. Bref, la relocalisation de Gaz Propane Rainville est devenue incontournable, estime le maire. 

La Ville de Granby a eu des discussions à quelques reprises au cours des dernières années avec les Rainville, propriétaires de l’entreprise, afin qu’ils déménagent leurs activités dans le parc industriel. « Plusieurs millions de dollars » ont été mis sur la table, selon Pascal Bonin, mais les pourparlers n’ont jamais abouti. 

« On a fait tous les efforts possibles pour relocaliser l’entreprise et garder nos emplois ici. Mais on ne pouvait pas aller plus loin », laisse tomber le maire Bonin. 

Fleuron 

Cela dit, Pascal Bonin estime que Gaz Propane Rainville est un « fleuron » de Granby. Ses propriétaires sont en outre « très impliqués dans le milieu ». « Si l’entreprise juge que c’est une meilleure façon et un meilleur endroit pour se développer, on ne va pas lui donner une tape en arrière de la tête pour une décision d’affaires qui m’apparaît logique dans la mesure où l’expansion n’est plus possible où elle est », déclare le maire. 

Celui-ci affirme que la perte d’emplois sur le territoire n’est pas souhaitée, mais les travailleurs demeureraient néanmoins dans la région, si jamais les astres s’alignent pour que Gaz Propane Rainville déménage ses activités à Brigham.

« On n’a pas à Granby les attraits, ni la valeur du pied carré, ni le chemin de fer, ni la possibilité de jumelage avec une autre entreprise qu’ils ont à Brigham », analyse Pascal Bonin.

Ce dernier est toutefois conscient que cela pourrait prendre encore quelques années avant que le projet ne se concrétise, car certaines démarches, notamment auprès de la Commission de protection du territoire agricole du Québec, peuvent être longues. Marie-France Létourneau

Déménager : une option coûteuse

Gaz Propane Rainville­ et Rapid Gaz étudient depuis deux ans la possibilité de déménager leurs installations granbyennes vers Brigham, confirme l’un des copropriétaires, Richard Rainville­. Mais une question demeure, dit-il : qui assumera les coûts de l’opération ?

« Déménager, c’est une option. Mais la question qu’on pose, c’est qui va payer ? On a un gros plan de déménagement, mais il faut que ce soit abordable pour nous », a affirmé­ M. Rainville. 

Celui-ci laisse ainsi entendre que l’entreprise devra avoir des partenaires financiers pour aller au bout de ce projet. Ces partenaires pourraient notamment être gouvernementaux­ ou municipaux.

« Il va falloir qu’on nous aide parce que si on n’a pas les sous, on n’y va pas. On n’a pas d’engagement coulé dans le ciment », laisse tomber Richard Rainville.

Ce dernier affirme que l’intérêt de Gaz Propane Rainville pour Brigham va un peu de soi, car l’entreprise a déjà une participation dans Terminal Brigham, également inclus dans le vaste projet à l’étude. 

« La municipalité de [Brigham] aimerait que ça soit déménagé plus à l’intérieur des terres. On n’a aucun problème avec ça. On va voir l’évolution du projet… », dit M. Rainville. 

Ce dernier a par ailleurs tenu à souligner mardi que si son entreprise est située rue Saint-Charles Sud, près du centre-ville de Granby­, c’est selon la volonté exprimée par l’administration municipale de l’époque, dans les années 1980. 

« On voulait aller dans le parc industriel, mais on nous avait refusé le terrain parce qu’il était trop beau pour nous et qu’on ne créait pas d’emplois. Aujourd’hui, on a 200 employés et on veut nous faire déménager », laisse-t-il tomber. Marie-France Létourneau