Mieux vaut être vigilant si quelqu’un souhaite vous offrir un prêt via Facebook.

Gare aux faux prêteurs !

« Feriez-vous confiance à un prêteur sur Facebook qui charge des frais de 550 $ pour ouvrir un dossier avec un notaire [avant de vous verser l’argent]? »

Voilà la question posée en début de semaine par une internaute anonyme sur la page Facebook Spotted Cowansville, qui s’inquiétait de voir son conjoint tenté d’emprunter de l’argent à un inconnu avec qui il n’a communiqué que via l’application Messenger.

Si l’auteure du message trouvait « louche » la manœuvre, d’autres personnes ont rapidement conclu à l’arnaque.

« Mon père s’est fait avoir » ; « mon ex s’est fait avoir avec ça. Ils lui avaient demandé de l’argent à deux reprises et quand ils lui en ont demandé une troisième fois, il n’a pas eu de prêt et il a réalisé qu’il s’était fait avoir » ; « on sert de passeur d’argent : si vous n’avez pas de preuves que vous n’êtes pas au courant, vous faites partie de la fraude ». Les mises en garde ont afflué au cours de la journée.

Kevin (nom fictif) a failli devenir une victime de ce stratagème. C’est par l’entremise de Facebook qu’il est entré en contact avec quelqu’un qui prétendait être un prêteur d’argent pouvant lui prêter une somme allant de 2000 $ à 3000 $ remboursables sur une période allant jusqu’à 30 ans à un taux de 4%.

Celui-ci a fait parvenir un contrat à Kevin par messagerie. La signature de celui-ci permettait à la transaction d’avoir lieu. « Il m’a dit : soit tu viens à Montréal voir mon notaire, soit on fait tout par Internet », se rappelle l’emprunteur.

Il a d’abord envoyé 380 $ à l’individu pour couvrir les frais administratifs du prêt.

Or, dans les échanges dont La Voix de l’Est a obtenu copie, le prêteur semble s’impatienter de ne pas obtenir le document aussi rapidement qu’il le souhaitait. En effet, pour obtenir son prêt de 2500 $, Kevin devait débourser 200 $ de plus, a-t-il appris.

« Les 2500 $ ont effectivement été envoyés sur votre compte ce jour même par la Banque royale de Vancouver, peut-on lire dans un courriel qu’il a partagé avec le journal. Le reçu de virement doit être validé avant que vous ne receviez le prêt. Il vous sera demandé de bien vouloir effectuer le paiement des frais de validation. »

C’est cette demande qui a mis la puce à l’oreille de Kevin, qui n’est pas allé plus loin dans sa démarche. « Depuis quand on doit payer pour un prêt? » demande-t-il.

Bien qu’il n’ait pas porté plainte à la police, son institution bancaire a réussi à bloquer le premier paiement. C’est ainsi qu’il a appris que le prêteur ne s’appelait pas comme il le prétendait.

D’ailleurs, le nom de l’utilisateur lié au compte du prêteur n’était plus disponible le soir même où Kevin a raconté sa mésaventure à La Voix de l’Est, a-t-on pu constater.

La prudence est de mise

Aurélie Guindon, porte-parole de la Sûreté du Québec en Estrie, n’était pas en mesure de confirmer si des signalements en lien avec ce type de fraude avaient été effectués dans la région. Néanmoins, la policière invite à la prudence face à ce genre d’offre de prêts financiers.

Du côté de la Chambre des notaires du Québec, on rappelle que le prêt privé est légal au Canada et qu’il n’est pas nécessaire d’obtenir un permis ou une autorisation pour faire un prêt d’argent si celui-ci est garanti par une hypothèque. Or, « pour les prêts sans hypothèque, la Loi sur la protection du consommateur s’applique et le prêteur doit détenir un permis », indique Bolivar Nakhasenh, conseillère en communication. Qui plus est, ajoute-t-elle, plusieurs lois régissent les prêts entre particuliers, notamment le Code civil du Québec, la Loi sur l’intérêt et le Code criminel. Dans le cas de prêts pour les entreprises, la Loi sur les valeurs mobilières peut s’appliquer.

Mme Nakhasenh indique qu’il n’est pas inhabituel qu’un notaire exige des frais pour ouvrir un dossier et que ces honoraires sont réglementés par le Code de déontologie des notaires.

Si un notaire est impliqué dans la transaction, il est possible de communiquer directement avec lui pour vérifier les informations fournies par le prêteur.

« En cas de doute, [mieux vaut] présenter la documentation à un notaire avant de s’engager dans quoi que ce soit. Celui-ci pourra regarder le document et donner son avis. Le notaire pourra également expliquer les conséquences juridiques du document qu’il s’apprête à signer. Toutefois, il est important de le consulter avant de signer quoi que ce soit », rappelle la porte-parole.

Il est aussi possible de vérifier sur le site de la chambre si le notaire mentionné est bel et bien membre ou s’il a un dossier disciplinaire. Si un fraudeur se fait passer pour un notaire québécois, Mme Nakhasenh recommande de faire un signalement à la Chambre des notaires ou à l’Autorité des marchés financiers.

En cas de doute, la conseillère en communications suggère de se fier à son instinct et de faire plus de vérifications que nécessaire. « Ne versez jamais d’argent à une personne que vous ne connaissez pas et ne communiquez pas de documents d’identité avant d’avoir fait certaines vérifications sur la légitimité de la personne ou de l’entreprise qui la sollicite, ainsi que les divers intervenants impliqués », propose-t-elle.