Luc Brodeur, propriétaire de la fromagerie Délices & Fromages d’Acton Vale, a lancé une pétition pour empêcher la fermeture de son commerce.

Fromagerie à Acton Vale: le propriétaire dans une impasse

Installée dans les Galeries d’Acton depuis près de 30 ans, la fromagerie Délices & Fromages est contrainte de fermer ses portes le 3 février prochain. La famille Joly, propriétaire du centre commercial et de l’épicerie IGA situés près de la route 116, a exigé son expulsion. Cette décision a soulevé les passions de nombreux clients ce week-end. À un point tel que les négociations ont repris avec IGA pour que non seulement la fromagerie survive, mais qu’elle demeure à même le centre commercial.

Luc Brodeur, le propriétaire de la fromagerie, a proposé une panoplie de solutions pour que son local demeure aux Galeries d’Acton. Seul endroit où, selon lui, son entreprise est viable. Le copropriétaire du IGA, Marcel Joly, s’est montré fermé à ses idées pendant plusieurs semaines.

Selon M. Brodeur, sa fromagerie doit absolument être basée sur la route 116, car une grande partie de sa clientèle provient de Montréal. « 90 % des terrains sur la 116 appartiennent à la famille Joly. On est échec et mat. Il n’y a rien à faire », avance M. Brodeur en prétendant qu’IGA veut bannir toute compétition possible en périphérie de son marché d’alimentation.

Pression sociale

Mais voilà que depuis trois jours, une pétition circule afin d’empêcher la fermeture du Délices & Fromages. Une douzaine de pages recto verso ont été signées par plus de 550 personnes.

Sur place, La Voix de l’Est a rencontré de nombreux clients outrés d’apprendre la fin du commerce qui fait partie de l’entité des Galeries d’Acton. « C’est n’importe quoi », a lancé un client.

« En fin de semaine c’était fou, le monde venait au centre d’achat juste pour signer [la pétition] et il repartait », dit M. Brodeur.

La nouvelle a commencé à circuler de plus en plus lorsque Nancy Morel, l’une des employées du commerce, a partagé la fermeture imminente de l’endroit sur sa page Facebook, invitant les gens à venir signer la pétition. De nombreux commentaires de stupéfaction se sont accumulés sous cette publication et la pression sociale a tôt fait réagir Marcel Joly.

« Ça a fait mal [la publication Facebook]. Marie-Eve Joly [la copropriétaire et la fille de Marcel] est venue me voir dans la demi-heure après pour parler », explique M. Brodeur.

Il semblerait que c’est la troisième fois que la famille Joly tente de bannir la fromagerie de son centre commercial. « La pression des clients est tellement forte qu’à chaque fois ils n’ont pas le choix [de nous garder]. Ils prennent des chances, c’est des hommes d’affaires ; ils s’essayent. Je comprends ça, mais l’éthique sociale n’est pas là. Tu ne fais pas ça dans un petit village que ça fait trente ans qu’on est là et qu’on est aimé » s’indigne M. Brodeur.

Sans bail depuis deux ans, le propriétaire de la fromagerie est dans une impasse. « Ça fait deux ans qu’ils ne veulent pas renouveler mon bail parce que leur plan de match, c’est de me sortir », suppose-t-il.

Ce branle-bas de combat est survenu en raison de l’agrandissement du IGA dans la SAQ située à côté. Ces travaux entraîneront également la fermeture du Pub du Charme, restaurant adjacent à la fromagerie, car la SAQ sera déplacée à cet endroit.

Le IGA d’Acton Vale sera agrandi d’ici quelques mois.

Joint au téléphone mercredi matin, Marcel Joly était avare de commentaires. Il s’est contenté de préciser que ce n’est pas Sobey’s (bannière qui détient les IGA) qui les a contraints d’expulser la fromagerie. La fromagerie survivra-t-elle, mais ailleurs ? « Oui, probablement » a-t-il dit.

Entente verbale

À la vue de la mobilisation citoyenne qui s’est enclenchée ces derniers jours, les propriétaires du IGA se sont montrés plus ouverts à la négociation.

Marie-Eve Joly a proposé à M. Brodeur un espace dans le corridor des Galeries d’Acton qui n’est pas aménagé pour recevoir un commerce d’alimentation.

« Ce qu’ils m’ont offert c’est vraiment ordinaire, mais c’est pas grave je vais donner la chance au coureur [...] Ils ont fait un pas de géant », a dit M. Brodeur.

En réponse à cette offre, M. Brodeur a fait une demande pour avoir un espace fonctionnel et opérable. C’est-à-dire avec l’eau courante, l’électricité et les égouts.

Pour l’instant, cette entente est verbale. Elle suivra son cours dans les prochains jours. « Ça a l’air de bien s’enligner », a dit M. Brodeur.

Gamme de produits

Le propriétaire de Délices & Fromages a le sentiment que la famille Joly le perçoit comme un « compétiteur » alors qu’aux yeux du fromager il n’en est rien. Spécialisée dans les fromages artisanaux en meule, la fromagerie offre des produits dont 80 % ne peuvent être obtenus par IGA. Les épiceries vendent principalement des fromages industriels en petite quantité tels que Saputo, Agropur, etc.

« C’est un autre type de fromage, alors c’est pour ça qu’on ne comprend pas pourquoi ils nous voient comme un compétiteur », argumente M. Brodeur.

Même chose pour les charcuteries pour lesquelles M. Brodeur a obtenu une franchise William J. Walter. « S’ils m’enlèvent [du centre commercial], c’est des clients qui vont partir pour aller chercher ces produits-là ailleurs », poursuit-il.

Sans son commerce au centre commercial, M. Brodeur soutient que l’argent d’Acton Vale sera dépensé dans les autres villes aux alentours. « Mes clients ne se priveront pas de bons fromages. Ils vont aller à Saint-Hyacinthe, ils vont aller chercher leur fromage au Vieux marché, ils vont aller faire leur épicerie au Super C et ils vont revenir à Acton, donne en exemple le propriétaire. Tu viens d’enlever un paquet d’emplois à Acton Vale et t’envoies l’argent à l’extérieur de la ville. »

Nouveau projet

Ce dernier tient toutefois à ne plus dépendre du IGA et de ses propriétaires. Pour lui, avoir son commerce dans le corridor des Galeries d’Acton serait une solution temporaire en attendant de mener son projet à terme. « J’ai un plus gros projet qui implique plusieurs petits commerçants. J’ai une rencontre avec la fromagerie Lemaire et l’UPA bientôt », a laissé entendre M. Brodeur.

« C’est pas juste les gros [commerces] qui ont le droit de vivre à Acton », a-t-il scandé.

Tant et aussi longtemps que le nouveau contrat ne sera pas signé, le fromager a bien l’intention de continuer d’amasser des signatures pour faire valoir la place de son commerce à Acton Vale.

Le conseiller municipal d'Acton Vale, Bruno Lavallée, est solidaire

La fermeture du Délices & Fromages a fait écho jusqu’à l’hôtel de ville d’Acton Vale où Bruno Lavallée, conseiller municipal du district 5, s’est fait un point d’honneur d’aider Luc Brodeur à faire face à la situation. Il souhaite « tout faire » pour maintenir le commerce en vie. Pour lui, cette fromagerie est une véritable « mine d’or » où plusieurs personnes de Montréal s’y rendent en passant par la 116. « C’est un gros coup de les déménager », croit-il en insistant sur le fait qu’il mènera ce dossier à terme. 

Le conseiller municipal va même jusqu’à suggérer d’agrandir le centre commercial plutôt que de déloger des commerces.

M. Lavallée se soucie également des cinq employés qui risquent de perdre leur emploi et qui ont une famille à faire vivre. « J’ai un devoir à faire de garder le plus de main-d’œuvre possible à Acton Vale », dit-il.

Loin de faire exception à la règle, il fait partie de ceux qui se rendent à la fromagerie en même temps qu’ils vont faire leur épicerie chez IGA. 

M. Lavallée est aussi en accord avec M. Brodeur sur le fait que des sommes d’argent seront dépensées dans d’autres villes, car les citoyens iront acheter leur fromage en même temps que d’aller faire leur épicerie. « Je vais faire partie de ces gens-là », a mentionné M. Lavallée.

Une rencontre concernant ce dossier est prévue avec Éric Charbonneau, le maire d’Acton Vale, et les conseillers municipaux en février.