Frey Guevara remplacera l’été prochain Joanne Ouellette à titre de directeur général de Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY).

Frey Guevara aux commandes de SERY

Joanne Ouellette préparait la relève et c’est désormais officiel. Celle qui dirige les destinées de SERY depuis 15 ans passera le flambeau à l’été 2019 à Frey Guevara, lui qui a d’abord connu le Québec et l’organisme comme réfugié. « Je suis contente qu’un immigrant prenne la suite de SERY », souligne-t-elle. Avec les besoins croissants de main-d’œuvre, l’organisme est plus que jamais la figure de proue de l’intégration des immigrants dans la région.

Les entreprises et la MRC Brome-Missisquoi l’ont bien compris, elles qui le sollicitent régulièrement ces temps-ci. Il était temps, selon la directrice générale. « Il y a 15 ans, je disais aux entreprises : “Commencez à embaucher des personnes immigrantes, parce qu’un jour il va y avoir une pénurie d’emploi.” Là, ils sont mal pris. » Elle ne se gêne pas pour le rappeler aux entrepreneurs, notamment à l’occasion d’un récent événement avec une douzaine d’entre eux. « Je leur ai dit : “J’organise des rencontres de formation depuis des années, mais vous n’étiez pas là... Où étiez-vous ? ” »

M. Guevara abonde dans ce sens : « On se réveille, dit-il, en entrevue dans leurs bureaux de la rue Saint-Jacques. Cela fait plusieurs années que l’on a identifié ce qui doit être fait pour se préparer à l’arrivée de nouveaux immigrants. À l’époque, les personnes pensaient que ce n’était pas nécessaire. »

S’il y a encore beaucoup de travail à faire auprès des entreprises, celles situées au nord de l’autoroute semblent être sur la bonne voie. « Il y a déjà un gros bout de fait ici [en Haute-Yamaska] », reconnaît Mme Ouellette.

Brome-Missisquoi en retard

C’est du côté de Brome-Missisquoi que le bât blesse. Et la MRC l’a bien compris, elle qui a pris le taureau par les cornes depuis plus d’un an.

Début 2019, SERY prévoit organiser des rencontres d’information avec les entreprises, les municipalités et la population résidant dans Brome-Missisquoi. « On va ouvrir l’esprit de la population, expliquent-ils tous les deux. On va aller leur expliquer ce qu’est un immigrant, un réfugié et répondre à toutes leurs questions. »

Avec les besoins criants en main-d’œuvre, les immigrants peuvent être une solution pour toutes les villes de la région, souligne Mme Ouellette. Les entreprises de ce territoire ont beaucoup d’emplois vacants à combler. « Mais il faut préparer le terrain, prévient Mme Ouellette. En 2018, on s’est beaucoup impliqué dans Brome-Missisquoi pour sensibiliser leur population, indique la directrice générale. On est allé dans les six principales municipalités pour parler avec la population et voir s’ils sont prêts à recevoir des immigrants. »

Il faut permettre aux nouveaux arrivants de réussir leur intégration, notamment en termes de logement et de transport en commun. Sutton et Lac-Brome, par exemple, manquent de logements disponibles, selon Mme Ouellette. « Si 30 nouvelles familles arrivent tout d’un coup, il faut qu’ils les logent quelque part. »

M. Guevara prévient du même souffle que l’immigration ne pourra pas à elle seule permettre à Brome-Missisquoi de répondre à tous ses besoins en main-d’œuvre. « Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour eux, mais on est là pour les soutenir », assure-t-il, rappelant qu’un partenariat est effectif entre cette MRC et SERY depuis un an.

Des soudeurs au lieu des ingénieurs

Joanne Ouellette croit aussi qu’il est temps de mieux sélectionner les immigrants qui s’installent dans la région. « Avec notre député, je dis qu’il faut arrêter d’aller chercher des médecins, des avocats, des ingénieurs, qui ne sont pas reconnus au Québec. Allons plutôt chercher des machinistes, des soudeurs, des mécaniciens, qui vont pouvoir s’installer et travailler. » La directrice générale évoque un autre partenariat liant SERY et Granby industriel, afin d’attirer de nouveaux travailleurs à partir de Paris.

Elle souhaite aussi accueillir 100 réfugiés pour 2019, soit 20 % de plus que l’année dernière.

« Je veux que le SERY continue à rayonner partout », dit celle qui passera les rênes de l’organisme à M. Guevara l’été prochain, peu après l’assemblée générale. Mais elle ne sera pas très loin du SERY, Mme Ouellette prévoyant œuvrer assidûment à titre de bénévole !

DE QUOI ÊTRE FIER

Au Québec, 14 villes abritent autant d’organismes d’accueil des immigrés. De ce lot, Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY) est le seul à offrir un guichet unique. « C’est notre principale force, souligne Fray Guevera, directeur général adjoint. On essaie de rassembler la plupart des services dont aurait besoin une famille immigrée nouvellement arrivée dans la région. » Ainsi, des services de petite enfance à l’intégration scolaire en passant par la francisation, l’aide à l’emploi, des interprètes, des bénévoles, tous sont disponibles sous un même toit.

« Ailleurs, les services sont dispersés partout dans la ville, comme à Drummondville, compare Mme Ouellette. Ici, ils n’ont pas à raconter dix fois leur histoire, ils se sentent chez eux. » Ce qui explique peut-être le fait que 90 % des immigrants adoptent notre région et y vivent pour de bon.

Souvent reconnus par leurs pairs comme étant une référence au Québec, les dirigeants du SERY ont tenu en 2018 à effectuer un diagnostic de la qualité de leurs services avec le bilan QUALImètre et un consultant externe. « On se fait dire par les autres organismes qui interviennent en immigration qu’on est les meilleurs, mais on voulait vraiment valider si on faisait vraiment bien les choses. Et oui, au final, on est fier du résultat », indique M. Guevara, qui refuse pour autant de « se péter les bretelles ».

Celui-ci souligne plutôt que ces bons résultats sont surtout liés à la qualité du personnel de SERY. « Nos 14 intervenants sont des personnes en or », insiste-t-il.

Cette fierté, M. Guevera aimerait la faire rejaillir sur l’ensemble de la population immigrante à l’occasion d’un grand festival multiculturel à saveur gourmande, culturelle et économique, qui se tiendrait cet été : « L’objectif est de sensibiliser la population par rapport à la richesse multiculturelle dans notre région. » JÉRÔME SAVARY

DE RÉFUGIÉ À DIRECTEUR GÉNÉRAL DU SERY

Frey Guevarra deviendra l’été prochain le nouveau directeur général de Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY). Cet homme de 48 ans a frappé à la porte de l’organisme en 2003, alors qu’il était réfugié en provenance de Colombie avec sa conjointe et sa fille alors âgée de deux ans. Son beau-père venait d’être kidnappé et assassiné. M. Guevarra- craignait pour la vie des siens. Quinze ans plus tard, à force de patience et de travail, M. Guevarra entreprend « le plus beau défi de [sa] vie ». Joanne Ouellette, l’actuelle DG, est contente qu’un immigrant s’apprête à prendre les rênes de l’organisme. « Lui a connu tout le parcours d’un réfugié qui arrive ici », précise-t-elle. « La meilleure chose que peut faire le CA d’un organisme comme SERY, c’est ce qu’il fait ici : permettre à un réfugié de représenter un jour l’organisme qui l’a accueilli », souligne M. Guevarra. JÉRÔME SAVARY