L’inauguration du buste d’Adélard Godbout avait des airs de réunion de famille samedi dernier à Frelighsburg.

Frelighsburg retrouve le buste d’Adélard Godbout

La municipalité de Frelighsburg a inauguré samedi après-midi un buste en bronze en l’honneur de l’ancien premier ministre Adélard Godbout, qui a possédé une ferme dans la municipalité pendant plusieurs années. L’occasion de se remémorer les accomplissements de cet homme d’État qui a dirigé le Québec durant la Seconde Guerre mondiale.

Plus de soixante ans après sa mort (1956), le souvenir du passage d’Adélard Godbout à Frelighsburg demeure très vif. Ce politicien issu du monde rural a fait beaucoup pour soutenir l’agriculture de Brome-Missisquoi et une partie de sa descendance demeure toujours à Frelighsburg.

L’inauguration de la sculpture avait des allures de réunion de famille. En 2019, l’héritage de cet ancien chef du Parti libéral est partagé par une multitude d’enfants, de petits-enfants et d’arrière-petits-enfants portant pour la plupart le patronyme Godbout ou Jobin. 

L’événement avait une signification particulière pour les citoyens de la municipalité du sud des Cantons-de-l’Est, comme le notait une auteure et historienne présente dans la foule. En effet, c’est la seconde fois que ce buste sculpté en 1960 par Émile Brunet est exposé dans la municipalité.

« Suite au décès de mon grand-père, le gouvernement du Québec a fait installer un buste en son honneur, raconte la petite-fille d’Adélard Godbout, Francine Jobin. Malheureusement, il fut volé le 11 mars 2003. L’été 2015 fut particulièrement chaud au Québec et le niveau des lacs était très bas. Un agriculteur qui travaillait dans son champ à Henryville fit la découverte du buste dans un marais situé sur ses terres et contacta la famille pour nous le remettre. »

La famille Godbout-Jobin a fait couler un buste identique en 2005 dans un autre matériau afin de remplacer celui qui fut volé. Cette copie du buste est toujours présente au cimetière Saint-François-d’Assise, au bout de la rue de l’Église.

Au cœur du village

L’œuvre a passé quelques années au sein de la famille avant de revenir au village. « Nous l’avons fait restaurer parce qu’il n’était pas dans un très bel état après avoir passé autant d’années dans un marais. Mais on s’est dit que la meilleure façon de lui rendre hommage c’est qu’il soit exposé au cœur du village », précise le frère de Francine Jobin, Pierre Jobin. 

La municipalité de Frelighsburg a reçu une subvention et des dons pour ériger un monument destiné à accueillir le buste. Le tout est installé à la vue de tous, à quelques pas de la Galerie de Frelighsburg et de l’hôtel de ville. 

Le maire Jean Lévesque n’a pas souhaité dévoiler le montant exact de la subvention reçue. « Ce n’est pas un grand montant, mais il y a eu de l’argent d’un peu partout pour permettre de construire le socle. Moi, j’estime que ça en vaut la peine parce que c’est un grand personnage et qu’il est important de garder sa mémoire vivante », explique le premier magistrat du village. 

Buste d'Adélard Godbout

Héritage

Né à Saint-Éloi dans le Bas-Saint-Laurent, Adélard Godbout a cependant laissé sa marque à Frelighsburg. En plus de ses initiatives comme ministre de l’Agriculture sous le gouvernement Taschereau (1930) et dans son propre gouvernement (1939-1944), il a insufflé un renouveau à l’agriculture de Brome-Missisquoi par ses recherches sur la culture fruitière. « Mon grand-père était fier de ses racines agricoles, d’être resté un habitant », remarque Pierre Jobin lors d’un long hommage fort en émotions. 

Adélard Godbout a acheté une première propriété à Frelighsburg en 1931 avant d’en faire sa résidence principale quelques années plus tard.

À sa mort en 1956, ses volontés furent d’être mis en terre à Frelighsburg. 

Comme premier ministre, Adélard Godbout a laissé sa marque par l’adoption de lois progressistes qui lui ont valu la critique d’une partie de l’électorat plus conservatrice et fidèle au clergé catholique. Ainsi, c’est sous son gouvernement que le droit de vote fut accordé aux femmes au Québec, en 1940. Trois ans plus tard, il a rendu l’éducation obligatoire jusqu’à 14 ans et gratuite au niveau primaire avec la Loi sur la fréquentation scolaire obligatoire.

En 1944, son gouvernement a adopté la Loi sur les relations ouvrières garantissant les libertés syndicales aux travailleurs puis a nationalisé la Montreal Light, Heat and Power en créant Hydro-Québec. Adélard Godbout a également mis en place une politique d’électrification des campagnes québécoises permettant d’amener la lumière dans les régions les plus reculées du Québec.

Le travail de son gouvernement a été écarté par certains politiciens plus nationalistes qui ont vu en lui un traître ayant délaissé des pouvoirs provinciaux au gouvernement fédéral, comme l’aborde le cinéaste Jacques Godbout dans le documentaire Traître ou patriote sorti en 2000.