Francis Yergeau a eu fort à faire pour expliquer les nombreuses contradictions et imprécisions relevées entre la version qu’il a donnée le jour de son arrestation (photo) et celle qu’il défend présentement en cour.

Francis Yergeau trébuche lors de son contre-interrogatoire

Contradictions, imprécisions et rectifications. Francis Yergeau a eu de la difficulté à soutenir sa nouvelle version de ce qui s’est passé le 6 janvier 2015 à Acton Vale, en Montérégie.

Ce soir-là, dans une usine de blocs de béton de la route 116 Est, un couple qui gérait un bar de danseuses nues a été tué à coups de fusil.

Seize mois plus tard, le jour de son arrestation, l’accusé déclare à un policier qu’il a mis fin aux jours de Nancy Beaulieu et Martin Bélair — à l’aide d’un complice — dans le but de s’approprier le bar Cabaret Flamingo de Saint-Hyacinthe.

Mais lors de son témoignage au 10e jour de son procès, lundi, l’homme de 39 ans explique pourquoi il a plaidé non coupable : sa déclaration était fausse. Il n’a rien commis de répréhensible ce jour-là et ignore qui a commis le crime.

Quand il est arrivé à l’usine, les cadavres jonchaient le plancher et son coaccusé, face à qui il se sentait soumis, est apparu peu après. Il l’aurait aidé à nettoyer les lieux sans poser de question.

Cohérence

Pourquoi avoir raconté une telle histoire — sertie d’une foule de détails — au policier ?, a demandé Me Sandra Bilodeau, de la Couronne, en contre-interrogatoire mardi.

La réponse de M. Yergeau, comme plusieurs autres entendues de sa bouche au palais de justice de Saint-Hyacinthe, a été ambiguë.

Il a d’abord soutenu avoir dit ce que le policier voulait entendre pour s’échapper d’un interrogatoire qui s’étirait depuis 10 heures.

« J’aurais fait n’importe quoi pour que ça arrête. Je me suis arrangé pour que ça ait l’air cohérent. »

Plus tard, il a mentionné qu’il cherchait à plaire à l’enquêteur en qui il voyait une figure d’autorité. C’était aussi, a-t-il dit, pour se venger de son coaccusé, un homme de 36 ans qui l’avait incité à s’endetter et dont l’identité est protégée par le tribunal en prévision de son éventuel procès.

— Vous vous vengez en vous mettant sur le dos un meurtre que vous n’avez pas commis ?, a demandé Me Bilodeau.

— J’ai décidé de couper la poire en deux, a répondu M. Yergeau.

— Pourquoi ne pas dire qu’il [NDLR : le coaccusé] a fait les deux meurtres ?

— Je n’y ai pas pensé.

Achats

Debout face aux 12 membres du jury, hésitant abondamment et buvant une grande quantité d’eau, Francis Yergeau a également eu fort à faire pour expliquer les nombreuses contradictions et imprécisions relevées par le ministère public entre ses deux versions.

Au sujet de son emploi du temps le 6 janvier 2015, l’accusé n’avait pipé mot, lundi, du fait qu’il avait acheté des draps et de la corde avec son complice allégué. Ces articles ont été utilisés plus tard pour transporter et ficeler les corps des victimes.

Pourquoi avoir fait ces achats si aucun meurtre n’était prévu ? « J’ai pas posé de questions, a dit M. Yergeau. J’ai fait ce qu’on me demandait. »

Il a aussi reconnu, mardi, avoir été à l’usine en après-midi pour y déplacer une arme.

— Pourquoi ne pas avoir donné tous ces détails hier ?

— J’ai peut-être fait une omission. J’étais un peu pêle-mêle dans ma tête, a affirmé Yergeau.

Discussion

Le détenu a aussi soutenu lundi que jamais il n’avait reparlé de l’événement avec son complice allégué. Il s’est contredit le lendemain, en contre-interrogatoire, en indiquant qu’ils avaient bel et bien abordé le sujet par la suite.

M. Yergeau a également contredit un fait pourtant admis par les deux parties, soit un appel logé à son coaccusé le soir du crime. Il a également rectifié sa version quant à la présence de la voiture de son complice allégué à l’usine.

La défense a clos sa preuve avec la fin de ce témoignage. Les parties ne se retrouveront en cour que lundi prochain pour l’étape des plaidoiries.

« Ne vous faites pas tout de suite une opinion sur la cause, a prévenu le juge Daniel Royer, de la Cour supérieure, à l’intention des jurés. Les plaidoiries pourraient vous donner un autre éclairage. »