Des images captées par des caméras de surveillance des magasins Walmart et Canadian Tire de Saint-Hyacinthe montrent Francis Yergeau (sur la photo) et son présumé complice effectuant l’achat de draps et de cordes, le 6 janvier 2015.

Francis Yergeau trahi par une étiquette ?

L’étiquette d’un des draps dans lesquels Martin Bélair et Nancy Beaulieu ont été retrouvés enveloppés a permis aux enquêteurs de la Sûreté du Québec de remonter jusqu’au magasin qui les a vendus et d’obtenir les images des caméras de surveillance où l’on voit Francis Yergeau et son présumé complice procéder à un achat.

L’enquêteur Marco Gargantini, des crimes contre la personne de la SQ, a expliqué au troisième jour du procès pour double meurtre jeudi qu’il a reçu une photographie d’une étiquette d’un drap — qui recouvrait le corps d’une des victimes — portant un code UPC. Celui-ci permet de retracer le produit et sa provenance. Ses démarches l’ont finalement conduit chez Walmart, un détaillant qui vend la marque du drap en question.

En épluchant les transactions de draps réalisées sur une période de six mois dans les magasins de cinq régions administratives du Québec, l’enquêteur a réalisé que le produit avait été vendu au Walmart de Saint-Hyacinthe le 6 janvier 2015, soit le même jour où le crime aurait eu lieu. Les images des caméras de surveillance captées à l’heure de la transaction ont permis aux policiers d’identifier Francis Yergeau et son complice allégué — qu’une ordonnance de non-publication nous empêche de dévoiler — achetant des draps.

L’enquêteur Gargantini s’est ensuite rendu au magasin voisin, une succursale de Canadian Tire, pour vérifier si un achat de corde bleu et blanche avait été réalisé le même jour. Les démarches ont été concluantes. Le produit avait été acheté en deux exemplaires. Les images des caméras de surveillance ont permis d’identifier le même duo achetant des cordes.

Les draps et les cordes ont été acheminés au laboratoire pour être comparés à ceux saisis sur la scène de crime.

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Deux corps ensevelis

Rappelons que Francis Yergeau est accusé d’avoir, avec un complice, mis fin aux jours de la Granbyenne Nancy Beaulieu et de Martin Bélair, qui étaient respectivement gérante et propriétaire d’un bar de danseuses nues à Saint-Hyacinthe. Le mobile du crime reste inconnu pour l’instant, mais il semble qu’une possible transaction de plusieurs kilos de cocaïne aurait été au cœur de l’énigme.

Une policière du service de l’identité judiciaire de la SQ, Sophie Fortin, a témoigné jeudi avoir pris les photos du camion GMC appartenant à Martin Bélair à la suite de sa découverte dans un stationnement du parc industriel de Mascouche, dans la nuit du 9 janvier 2015.

C’est en prenant les clichés de la boîte du camion contenant de la neige qui n’était pas fraîchement tombée, a-t-elle précisé, qu’elle a d’abord vu du liquide rouge qui s’apparentait à du sang dégoûter sur le plancher. Elle a ensuite vu ce qui semblait être des semelles de souliers. Un premier corps a alors été découvert.

Une opération a été réalisée pour retirer toute la neige qui le recouvrait. Pendant cette intervention, un deuxième corps a été retrouvé. Les corps des deux victimes, qui auraient été tuées par balle, étaient enveloppés d’un tissu et attachés avec de la corde bleue et blanche. Ils ont plus tard été identifiés comme étant ceux de Nancy Beaulieu et Martin Bélair, qui formaient également un couple.

Les corps de Nancy Beaulieu et Martin Bélair avaient été retrouvés enveloppés d’un drap et ficelés dans la boîte du camion GMC appartenant à M. Bélair. Le véhicule avait été abandonné dans un stationnement du parc industriel de Mascouche, dans Lanaudière.

Impacts de projectile

La policière a aussi rapporté pendant son témoignage avoir participé à une perquisition réalisée à l’usine où travaillait M. Yergeau en mai 2016. Des impacts de projectile ont alors été observés sur un mur et une porte. Ce qui a les apparences d’un projectile d’arme à feu a également été retrouvé sur les lieux.

Des prélèvements de sang ont aussi été réalisés grâce à l’utilisation d’un produit qui réagit à la lumière. Ils ont été acheminés pour analyse en laboratoire afin d’obtenir un profil ADN.

Des prélèvements d’une substance grisâtre ont aussi été effectués à l’usine. Une substance similaire de la même couleur avait été saisie à différents endroits sur le camion de Martin Bélair, dont les crampons d’un pneu, ainsi que sur certains vêtements que portaient les victimes lorsqu’elles ont été découvertes.

Appelé à la barre, Alain Simard, le directeur de l’usine de cimenterie MBM d’Acton Vale, où Francis Yergeau et son présumé complice ont travaillé pendant plusieurs années, a affirmé n’avoir rien remarqué d’anormal à son retour au travail, que M. Simard situe au 6 janvier 2015, après l’arrêt des opérations pour la période du temps des Fêtes.

Il a expliqué que Yergeau ne travaillait pas, ni son présumé complice ce jour-là, leur service n’était pas requis avant le printemps, en réponse aux questions de l’avocat de la défense, Me Rodrigue Beauchesne, qui représente l’accusé avec Me Mathieu Rondeau-Poissant.

Le directeur de l’usine a aussi affirmé que Francis Yergeau, qu’il a qualifié de « bon travaillant », possédait une clé pour entrer dans l’usine ainsi qu’un code pour le système d’alarme. Yergeau et son présumé complice ont travaillé à l’usine de cimenterie MBM jusqu’au moment de leur arrestation.

Le procès se poursuit vendredi au palais de justice de Saint-Hyacinthe.