Francis Yergeau a-t-il participé, le 6 janvier 2015 à Acton Vale, au meurtre d’un couple qui gérait un bar de danseuses nues ? Ou n’a-t-il été qu’un témoin placé devant le fait accompli ?

Francis Yergeau: acteur ou spectateur du crime ?

Francis Yergeau a-t-il participé, le 6 janvier 2015 à Acton Vale, au meurtre d’un couple qui gérait un bar de danseuses nues ? Ou n’a-t-il été qu’un témoin placé devant le fait accompli ?

Le jury réuni depuis cinq semaines au palais de justice de Saint-Hyacinthe devra choisir laquelle de ces versions, résumées lundi par les avocats lors des plaidoiries finales, est la plus crédible.

À la défense, Me Mathieu Rondeau-Poissant a exhorté les jurés à faire fi des aveux que l’homme de 39 ans a faits le jour de son arrestation, 16 mois après le crime.

L’accusé n’a pas participé aux meurtres de Nancy Beaulieu et Martin Bélair, a allégué Me Mathieu Rondeau-Poissant dans sa plaidoirie finale.

Dans la vidéo de cet interrogatoire policier présenté en cour, M. Yergeau explique en détail comment il aurait, avec un complice allégué, mis fin aux jours de la Granbyenne Nancy Beaulieu et de son conjoint Martin Bélair dans l’espoir de s’approprier le bar Cabaret Flamingo, situé à Saint-Hyacinthe et où ils étaient des clients réguliers.

Le couple aurait été attiré dans une usine de blocs de béton d’Acton Vale, où les accusés travaillaient, pour y être tué à coups de fusil. Chacun aurait fait une victime.

Bien paraître

« Pourquoi avoir fait une déclaration incriminante, avoir admis au moins un meurtre, bien que ce soit complètement à son désavantage ? », a lancé Me Rondeau-Poissant.

M. Yergeau voulait « bien paraître », « avoir l’air malin » et « plaire au policier qui l’a interrogé », a expliqué l’avocat. Tout comme son client voulait se venger de Luigi* (NDLR : son coaccusé, qu’une ordonnance de non-publication empêche de nommer en prévision de son éventuel procès) qui l’avait fait s’endetter de 80 000 $ dans des combines qui n’ont jamais fonctionné.

« Mettre tout le blâme sur Luigi lui aurait enlevé de la crédibilité », a dit Me Rondeau-Poissant.

De plus, l’interrogatoire policier a duré 11 heures, a rappelé la défense. À un moment donné, « M. Yergeau tombe de fatigue et n’a plus vraiment de concentration ».

« C’est suite à ça qu’il commence à parler de ce qu’il sait ou prétend savoir de ce qui s’est passé. »

Témoin

Selon sa deuxième version, il s’est buté aux cadavres des victimes en retournant à l’usine après une course, et son complice allégué a fait de même peu après.

Il a ensuite nettoyé la scène avec Luigi et l’a aidé à disposer des corps, drapés et ficelés, dans un stationnement de Mascouche sans poser de question.

Comment alors a-t-il appris les détails du crime, comme le nombre de coups portés et les endroits où les balles se sont logées ? « Il a vu la scène, il est à même de savoir où les balles sont rentrées », a dit Me Rondeau-Poissant.

M. Yergeau a aussi été « en contact avec Luigi sur une base quotidienne ».

« Il faisait ce qu’on lui demandait et lui rendait service naïvement, sans poser de questions. Dans ce cadre-là, vous devez acquitter Francis Yergeau des deux meurtres qui lui sont reprochés. »

Initiateur

La Couronne n’est pas de cet avis et soutient que l’accusé a bel et bien participé au crime tel qu’il l’a décrit à son interrogatoire policier.

Me Sandra Bilodeau a précisé qu’il est aussi celui par qui tout a commencé, qu’il n’est pas le serviteur soumis et désintéressé que la défense veut dépeindre.

Au contraire, il en connaissait tous les détails et est déjà passé aux aveux, a souligné Me Sandra Bilodeau, de la Couronne.

« Malgré sa façade au bar, M. Yergeau était particulièrement actif, a dit la procureure. C’est lui qui a initié [le plan], qui a lancé l’idée. […] Et comment peut-il décrire avec autant de précision et de détails un crime qu’il n’a pas commis ? »

La deuxième version livrée en cour était trop vague et remplie de contradictions pour être crédible, a-t-elle mentionné.

L’accusé a admis avoir acheté l’arme, les draps et la corde dans les jours précédant le crime. « Ce serait donc un concours de circonstances que l’arme ait été associée aux meurtres et que les draps et la corde aient été utilisés ? »

« Est-ce que sa version est plausible ? Il dit ne pas savoir ce que Luigi trame, pourtant il est partout dans les magouilles. Ça ressemble à du partenariat. »

Rôle

Et s’il n’a rien à se reprocher, « pourquoi cette nécessité de disposer des corps et de nettoyer la scène de crime » ?

« Certainement, vous pouvez conclure que Luigi a joué un rôle, mais ça n’empêche pas que Francis Yergeau en a joué un lui aussi. »

Me Bilodeau a souligné l’aspect « hésitant et confus » de l’accusé en contre-interrogatoire, tout le contraire de son interrogatoire policier où il paraissait « résigné à dire la vérité ».

Francis Yergeau était endetté et « il souhaitait améliorer son sort, plaire et être aimé ». Au surplus, pourquoi aurait-il menti à l’enquêteur ? a demandé la procureure.

Le jury doit commencer ses délibérations mardi.

*nom fictif