Francis Lavoie allègue que ses démarches sont entreprises par principe.

Francis Lavoie se tourne vers les tribunaux

Débouté deux fois par le commissaire aux plaintes du ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du Territoire (MAMOT), Francis Lavoie prend le chemin des tribunaux. À moins de six mois des élections, son avocat a déposé une requête pour déclarer Pierre Dion inhabile à exercer la fonction de conseiller municipal pendant cinq ans.
Selon Pierre Dion, le cidriculteur s'acharne contre lui «par jalousie» et par «vengeance politique».
Pour soutenir sa demande, M. Lavoie, représenté par le cabinet Matte Poirier, soutient que M. Dion n'habite pas à Rougemont, mais à Saint-Césaire, et qu'il s'est placé dans une situation de conflits d'intérêts lorsqu'il s'est prononcé, en juin 2015, sur un enjeu touchant son projet de développement immobilier. 
La municipalité est mise en cause dans cette affaire puisque les membres du conseil étaient au courant de ces faits et n'ont rien fait pour destituer le conseiller, ajoute le cidriculteur. 
Cet épisode s'ajoute à une saga datant de quelques années. À l'été 2015, une plainte évoquant les mêmes raisons a été déposée par M. Lavoie au commissaire aux plaintes du MAMOT, qui a jugé n'avoir aucun motif d'intervenir. 
Cette dénonciation a de nouveau été analysée en décembre 2016 à la demande du plaignant. Le commissaire est parvenu aux mêmes conclusions, mais stipule que seul un tribunal pourrait trancher sur l'habileté de M. Dion à siéger. 
Vengeance et principe
« C'est tout le temps la même chose, a soupiré Pierre Dion. Il aime ça écoeurer le monde. »
Le conseiller affirme avoir déclaré son intérêt à la séance de juillet 2015 pour pallier son oubli. Cela a été consigné au procès-verbal et le vote n'a pas été repris, une méthode que le commissaire aux plaintes du MAMOT jugeait « questionnable » dans sa révision.
De plus, ajoute M. Dion, il demeure toujours sur le Rang Double ; c'est sa conjointe qui habite Saint-Césaire. 
L'élu n'explique cet acharnement à son endroit que par la jalousie et la vengeance. « On m'a enquêté deux fois, et les deux fois, ça n'a rien donné, a-t-il confié à La Voix de l'Est. Quand il n'a pas ce qu'il veut, il agit comme ça. »
Le maire Alain Brière en a lui aussi ras le bol des démarches de M. Lavoie. « On est tannés, a-t-il laissé tomber. Il essaie de nous déstabiliser pour qu'on accepte de faire ce qu'il veut, mais ça ne fonctionne pas. »
« Ça nous coûte du temps et de l'argent absolument pour rien, et tout ça pour de la vengeance », renchérit le premier magistrat. 
Francis Lavoie allègue plutôt que ses démarches sont entreprises par principe. « Ce qui m'importe, c'est que si quelqu'un n'est pas éligible, il ne peut pas prétendre l'être pour siéger, affirme le cidriculteur. Il faut que les gens le sachent, qu'il triche. »
« Quérulence »
Lundi soir, les autres élus du conseil municipal ont mandaté unanimement la firme d'avocats Dunton Rainville pour défendre leur collègue de ces allégations « diffamatoires et (qui) relèvent de l'acharnement ». « On est capables de répliquer », a avancé le maire Brière.
Le conseil a également mandaté le cabinet « afin de réclamer tous les honoraires judiciaires et frais d'avocats reliés au comportement quérulent, vexatoire et empreint de mauvaise foi du demandeur ».
Notons que M. Lavoie fait parallèlement écho aux doléances formulées contre le conseiller dans plusieurs plaintes contre la municipalité ou ses employés, déposées notamment à l'Ordre des urbanistes du Québec, mais aussi à l'Unité permanente anticorruption, à la Commission de protection du territoire agricole, au ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte aux changements climatiques de même qu'à la Commission municipale du Québec. Celles-ci suivent leur cours, note le plaignant.
Exaspération
Plusieurs citoyens ont aussi exprimé leur exaspération face à la situation, lundi soir. L'un d'entre eux a déploré que la municipalité doive débourser des frais pour une cause qui semble perdue d'avance par le demandeur. « On va tous payer pour une affaire qui n'a pas d'allure ! » a lancé Réjean Cabana.
Roger Goupil a pour sa part proposé que les plaignants dont les doléances s'avèrent non fondées ou inutiles soient tenus de rembourser les frais juridiques encourus par la municipalité pour se défendre. « Ça me coûte des centaines de dollars par année de taxes en plus à cause de ceux qui font des plaintes injustifiables », a-t-il clamé.
En date du 31 mars, les frais juridiques engagés par la municipalité étaient de 9226,36 $, alors que le poste budgétaire annuel alloué à ces dépenses était de 10 000 $. Des frais de 300 $ par mois sont également à prévoir d'ici la fin de l'année, sans compter d'autres frais qui pourraient s'ajouter.
« Qui est vraiment responsable (de ces frais) ? Celui qui commet l'infraction ou celui qui la dénonce ? » rétorque M. Lavoie.