« La télé est grande comme ma main. On profite carrément du fait que les patients sont captifs pour leur refiler une facture astronomique, avec une augmentation en prime. Ça n’a pas de bon sens », fulmine Danielle Delorme, dont le mari Christian Delorme est hospitalisé au Centre hospitalier de Granby depuis le 18 décembre.

Frais pour avoir la télé à l’hôpital: «On est pris en otage»

Alors qu’un forfait télé résidentiel peut osciller autour de 100 $ par mois selon le distributeur et les chaînes choisies, ce service coûte près du double aux patients à l’Hôpital de Granby. Une facture que déplore Danielle Delorme, dont le conjoint est hospitalisé depuis des mois, la jugeant « démesurée et inacceptable ».

Christian Delorme a dû être admis d’urgence au Centre hospitalier de Granby (CHG) le 18 décembre. Ses problèmes de santé ont fait en sorte qu’il doit rester alité la majeure partie du temps en raison d’une paralysie partielle. « Écouter la télé, c’est à peu près son seul petit plaisir. C’est un grand amateur de hockey. Avoir la télé dans la chambre coûte extrêmement cher, mais je ne pouvais quand même pas lui enlever ça », a confié Danielle Delorme.

Cette facture mensuelle s’élevait jusqu’à tout récemment à 155,91 $. Il faut toutefois savoir que ce n’est pas l’hôpital qui gère ce service, mais une entreprise privée. Dans le cas présent, il s’agit de Réseau Hospitalité. Or, Mme Delorme s’est dite outrée d’apprendre que la somme à débourser pour ce même service avait grimpé sans préavis à 198,35 $ depuis le 9 mars. « Si on offrait quelque chose d’extraordinaire, ce serait peut-être justifiable. Et encore. Mais ce n’est pas le cas. La télé est grande comme ma main. On est loin d’un écran HD de 60 pouces. On profite carrément du fait que les patients sont captifs pour leur refiler une facture astronomique, avec une augmentation en prime. Ça n’a pas de bon sens. »

Une employée de Health Hub, sous l’égide de Réseau Hospitalité, a confirmé que le montant à débourser pour le service de télé s’élève à 13,23 $ par jour. Les forfaits ont récemment changé, a-t-elle concédé. Auparavant, les clients payaient pour 12 jours et les 18 autres étaient « gratuits », ce qui équivaut à 158,76 $ par mois. Désormais, le client paie pour 15 jours, tandis que les 15 autres sont sans frais, soit 198,45 $ mensuellement.

Autorité 

Selon nos informations, peu d’entreprises gravitent dans ce créneau. Réseau Hospitalité et Hôpitel sont deux des principaux joueurs dans ce domaine. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a indiqué à La Voix de l’Est qu’il n’encadre pas les activités dans cette sphère ni les prix des forfaits qui en découlent. « Les services offerts dans chaque hôpital sont [propres à eux]. Le CRTC n’intervient pas dans les accords entre les hôpitaux et les distributeurs privés », a fait valoir la porte-parole de l’organisation, Patricia Valladao.

De son côté, le ministère de la Santé ne compte pas s’immiscer dans ce secteur de niche. « Les prix de location des téléviseurs dans certains établissements peuvent effectivement surprendre. Toutefois, les établissements ont toute l’autorité nécessaire pour la gestion de cette offre. De notre côté, nous préférons travailler à assurer la pérennité de notre système de santé et permettre à nos professionnels de dispenser les soins médicaux requis aux Québécois », a indiqué par courriel à La Voix de l’Est la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Wi-fi

Pour pallier les coûts élevés de la location de télé, certains hôpitaux offrent l’option du wi-fi dans les chambres à un prix mensuel moindre. Or, ce n’est pas le cas au CHG. Le réseau Internet sans fil y est disponible dans la salle d’attente de l’urgence. « Depuis le 22 février [le wi-fi] est aussi dans les lieux communs du CHSLD qui se trouve à l’intérieur de l’Hôpital de Granby (Centre Leclerc) », a mentionné Marie-France Thibeault, du département des communications au CIUSSS de l’Estrie.

Une situation que déplore également Mme Delorme. « Lever mon conjoint, c’est presque une aventure. [...] Je le vois mal aller à l’urgence pour regarder des choses sur une tablette électronique. On est pris en otage avec une seule option — la télé — à un coût exorbitant. »

Redevances

Les entreprises qui offrent la location de télé dans les hôpitaux doivent en contrepartie verser des redevances à ces établissements. Ce montant, qui est inclus dans le contrat de service, a donc une incidence directe sur la facture. « Les tarifs sont définis par plusieurs paramètres, à savoir le capital requis pour l’installation complète, les coûts de gestion et d’opération et ce qu’on peut donner comme redevance à l’hôpital », a indiqué en entrevue à Radio-Canada le vice-président d’Hôpitel, Serge Legault.

Le CIUSSS de l’Estrie n’a pas été en mesure de dévoiler, lundi, à combien s’élèvent les redevances pour les services de location de télé au CHG.