Daniel Matte, associé de la firme de relations publiques Tact Intelligence-Conseil, représente la CMQR dans le dossier du train Montréal-Sherbrooke.

Financement du train Montréal-Sherbrooke: la CMQR n’est pas prête à s’engager

Le projet de train reliant Sherbrooke et Montréal n’a pas le « potentiel commercial » pour que la Central Maine & Quebec Railway (CMQR), propriétaire du réseau ferroviaire, investisse les 25 millions de dollars qui lui sont demandés dans le montage financier. Du moins pas dans la plus récente mouture présentée aux dirigeants de la compagnie américaine, a indiqué à La Voix de l’Est Daniel Matte, de la firme de relations publiques Tact Intelligence-Conseil.

En fait, le représentant de la CMQR a contacté La Voix de l’Est, vendredi, afin de réagir au texte qui s’intitulait « Les élus fixent leurs priorités », publié mardi. On y relatait notamment le constat des nombreux élus municipaux et représentants d’organisations liées au projet de train Montréal-Sherbrooke, à la suite d’une réunion tenue lundi à Bromont pour discuter du projet. L’initiative bénéficie d’un large appui. En ce sens, le ministre des Transports et responsable de l’Estrie, François Bonnardel, s’est engagé à faire cheminer rapidement le dossier. Idem pour le député fédéral de Brome-Missisquoi, Denis Paradis. « On est un peu surpris de la contribution attendue du CMQR, a fait valoir Daniel Matte. [...] Ce n’est pas notre projet. Les gens vont utiliser nos voies ferrées si le projet se réalise. On est ouverts à ça. Mais, si on nous demande de participer au montage financier, il faut qu’il y ait un retour sur investissement. Pour l’instant, il n’y a pas de rentabilité, d’incitatif à investir une somme si importante. »

Or, le budget du projet a été dévoilé dans les médias en août 2017. On mentionnait alors que l’ensemble des municipalités sur le tracé devrait injecter 8 M$. Au terme de pourparlers, plusieurs localités ont fait un pas en avant. C’est notamment le cas de Farnham, qui a octroyé près d’un demi-million $ réparti sur dix ans à la Fondation Trains de nuit. Bromont a fait de même en s’engageant à la hauteur de 1 M$ étalés sur la même période. Sherbrooke assumerait la plus grande part de l’enveloppe en déboursant 3 M$ échelonnés sur une décennie. De son côté, Lac-Brome devrait accorder environ 115 000 $, tandis que Sutton, Brigham et Cowansville devraient consentir chacune 75 000 $. Bromont disposerait d’une des gares de la région avec Farnham.

Le scénario initial suppose que 38 M$ du budget global proviendraient de fonds privés, dont 25 M$ de la CMQR. Outre la part des municipalités, les 44 M$ manquants sont attendus des deux paliers de gouvernements, soit 18 M$ de Québec et 26 M$ d’Ottawa.

Positionnement

Le directeur de la Fondation Trains de nuit, François Rebello, qui pilote le projet, estime que les propos de Daniel Matte reflètent la volonté de la compagnie ferroviaire américaine de se positionner avantageusement sur l’échiquier. « CMQR prend une position de négociation, c’est évident », a-t-il fait valoir.

Le directeur de la Fondation Trains de nuit, François Rebello, qui pilote le projet, estime que les propos de Daniel Matte reflètent la volonté de la compagnie ferroviaire américaine de se positionner avantageusement sur l’échiquier. « CMQR prend une position de négociation, c’est évident », a-t-il fait valoir.

Un avis que partage le député fédéral de Brome-Missisquoi, qui chapeaute l’initiative depuis plusieurs années. « CMQR essaie de négocier pour avoir le moins d’argent à mettre sur son réseau. Que les payeurs de taxes d’ici paient l’entièreté de la facture, c’est hors de question. [...] D’ailleurs, la voie ferrée est dans un état de désuétude avancé. Elle est dangereuse à mon avis. »

Selon M. Paradis, advenant que les négociations achoppent avec la CMQR concernant l’investissement qui leur est demandé, l’achat de la voie ferrée devrait être envisagé comme « plan B ».

De son côté, la CMQR se dit ouverte à discuter. « Notre seul engagement, c’est qu’on est prêts à collaborer », a mentionné en entrevue l’associé de la firme de relations publiques.

Budget à la hausse

La Voix de l’Est a appris que le budget global du projet de train Montréal-Sherbrooke a été revu à la hausse. On parle désormais d’un montant avoisinant 140 M$. C’est du moins ce qui aurait été évoqué lors de la rencontre à Bromont lundi. « C’est préliminaire. La répartition de la participation de chacun des investisseurs n’est pas encore fixée », a indiqué François Rebello à ce sujet. Cette hausse est entre autres attribuable au fait que plusieurs tronçons ferroviaires devront être remis en état pour le transport de marchandises, avant même de lancer des liaisons pour les passagers. Une priorité qui fait consensus chez les élus.

Malgré l’accroissement du budget, le directeur de la Fondation Trains de nuit croit que la somme qui sera demandée à la CMQR ne pourra pas excéder 25 M$. Les deux paliers de gouvernements devraient potentiellement assumer une plus grande part de l’enveloppe.

Le maire de Bromont, Louis Villeneuve, initiateur de la rencontre de lundi concernant le projet de train, s’est dit ouvert à discuter rapidement avec les propriétaires du chemin de fer pour dénouer l’impasse. « Au final, une entreprise comme CMQR doit contribuer financièrement au projet de train. C’est incontournable. D’ailleurs, je leur tends la main. [...] C’est évident que notre volonté de développer le transport de marchandises sera bénéfique pour eux. Sans compter la plus-value d’un chemin de fer, qui leur appartient, remis en bon état. »

De son côté, François Bonnardel souhaite également rencontrer la CMQR dans un avenir rapproché. « Mais je n’ai pas l’intention de négocier sur la place publique », a souligné le ministre des Transports. « Je crois au transport ferroviaire, a-t-il renchéri. C’est un important vecteur économique et ça permettra de diminuer le nombre de camions sur nos routes. »