Les maires des villes desservies par le CLSC de Richelieu et de son GMF interpellent le ministre de la Santé pour qu'il annule la réorganisation des services.

Fin du sans rendez-vous au CLSC de Richelieu: fronde concertée des élus de Rouville

La fermeture annoncée pour le 18 juin du service de sans rendez-vous à la clientèle orpheline au Groupe de médecine familiale (GMF) du CLSC de Richelieu, qui dessert la MRC de Rouville, suscite la grogne des élus. Ceux-ci interpellent le ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette, afin qu’il revoie cette décision.

Récemment, le CLSC a fait savoir sur son site Internet qu’il « réaménageait présentement certains services ». Ce faisant, l’accès aux consultations médicales deviendra exclusif aux patients y ayant un médecin de famille, et ce, à partir du 18 juin. On invitait du même coup les autres résidents du secteur à s’inscrire au guichet d’accès et à se rendre à Saint-Jean-sur-Richelieu pour y voir un médecin en urgence.

Environ une vingtaine de patients orphelins pouvaient tout de même consulter chaque jour, une fois que les places réservées à ceux qui sont pris en charge ont été comblées, a indiqué le député caquiste de Chambly, Jean-François Roberge, qui affirme avoir fait part du problème au ministre Barrette, la semaine dernière. « Je lui ai fait état de la situation jeudi. Je lui ai donné mon numéro de cellulaire personnel pour qu’il puisse me rejoindre même au courant de la fin de semaine. Jusqu’à date, mon téléphone n’a pas sonné », allègue le député.

Situation dénoncée

La fronde lancée par M. Roberge avec sa collègue d’Iberville Claire Samson a trouvé écho chez les maires de la MRC de Rouville et des environs, qui se sont regroupés lundi matin devant le CLSC pour dénoncer la mesure. 

Certains allèguent qu’en renvoyant les patients orphelins ailleurs, on ne fait que déplacer le problème d’accès à un médecin dans un autre établissement. D’autres élus ont fait valoir qu’il sera difficile pour les gens n’ayant pas de véhicule de se rendre à Saint-Jean-sur-Richelieu par leurs propres moyens, étant donné que le transport en commun dessert davantage les voyageurs qui se rendent vers Montréal.

« C’est malheureux pour la population la plus vulnérable. Les gens âgés devront se déplacer et ça peut être un stress de plus pour certains, lâche Claire Samson. Là, c’est Saint-Jean-sur-Richelieu. La prochaine fois, le ministre enverra les gens à Montréal ? »

« La prochaine fois, il faudra aller à Saint-Jean pour des prises de sang ? » ajoute le maire de Richelieu, Jacques Ladouceur. Celui-ci juge « inacceptable » la mesure, d’autant plus qu’il n’y a pas d’hôpital sur le territoire de la MRC de Rouville, dont il est le préfet.

« On nous dit que le besoin n’est plus là alors que la population augmente. C’est un non-sens. On est rendus sur le point d’aller dans des cliniques vétérinaires pour recevoir un meilleur service ! » rage-t-il.

Manque de communication

Plusieurs élus ont indiqué à La Voix de l’Est avoir été mis au courant de la mesure par l’entremise du bureau de Mme Samson. 

« On n’est jamais consultés, personne n’est consulté, dénonce le conseiller municipal Denis Chagnon, qui siège sur le conseil d’administration de la Clinique médicale du Collège, à Saint-Césaire. On ne va pas consulter les gens d’abord. »

« Il ne semble pas y avoir eu de communication à ce sujet-là. Je n’ai rien vu passer », indique son collègue à la mairie, Guy Benjamin.

Il déplore également le manque de détails quant aux mesures qui seront mises en place à Saint-Jean-sur-Richelieu pour accueillir la clientèle redirigée. « Est-ce qu’ils vont être capables de prendre les gens ? Est-ce qu’ils vont investir là-bas pour être en mesure de le faire ? On a aucune information là-dessus », clame-t-il.

« C’est une décision qui me semble improvisée. Il y a clairement un manque de stratégie et de communication, parce qu’on ne comprend pas, renchérit le maire de Rougemont, Michel Arseneault. Il faut que l’ensemble de la population ait un médecin de famille pour prendre ce genre de décision. Il est beaucoup trop tôt pour fermer les portes à ceux qui n’ont pas de médecin. »

L’économie réalisée par cette réorganisation de services n’est pas connue des maires ou des députés. Jean-François Roberge estime toutefois que « les patients doivent passer avant l’argent ». « L’argent est là, quelque part ; on paie assez de taxes et impôts pour financer ce service », a-t-il fait valoir. 

Si la décision du CISSS Montérégie-­Centre n’est pas revue d’ici la fin de la session parlementaire, l’offre de services en santé à la clientèle orpheline dans Rouville pourrait devenir un enjeu électoral dans la circonscription d’Iberville, estiment certains maires.

« Le ministre est au courant de la situation, a fait savoir Catherine W. Audet, attachée de presse au cabinet du ministre de la Santé et des services sociaux. Il s’agit d’une décision qui est personnelle aux médecins. Pour nous, l’idéal aurait été que ce service soit maintenu. Cependant, il est important de mentionner qu’en plus des services déjà en place, la super-­clinique Médisoleil [située à Saint-Jean-sur-Richelieu], en opération depuis le 1er mai, vient combler le service de sans rendez-vous sur le territoire. »