Fernand Guillette a reproduit en bois l’autobus qui l’a amené, en 1958, à la rencontre de celle qui est devenue son épouse.

Fernand Guillette: l'oeuvre de toute une vie

L’autobus 492 qui faisait la route entre Roxton Falls et Granby en 1958 occupe une place de choix dans le cœur de Fernand Guillette. C’est celui qui lui a permis de rencontrer celle qu’il a épousée il y a 61 ans. Pas étonnant que cet artisan qui donne vie au bois ait décidé de l’ajouter à sa collection de reproductions de chevaux et de machinerie agricole.

« C’est la pièce qui a la plus grande valeur sentimentale pour moi », lance M. Guillette qui a œuvré sur ce projet durant près d’un an.

Aidant naturel auprès de son épouse, Jacqueline Morin, qui souffre d’Alzheimer, le Granbyen a consacré à son projet quelques heures par jour, volées ici et là à la maladie qui ne laisse aucun répit au couple.

Avant de réaliser l’autobus, Fernand Guillette a reproduit au cours des dernières années quelque 300 pièces, certaines très complexes et toujours à l’échelle, qui témoignent du passé agraire du Québec. Son œuvre a fait l’objet de nombreux reportages, dont à la Semaine verte.

Ce nouveau projet s’est imposé à lui l’année dernière lorsqu’il a vu un jouet abandonné en bordure de la rue : un autobus scolaire. « J’ai pensé à l’autobus de M. Vincelettte, qui faisait la route entre Granby et Roxton. La première fois que je l’ai pris, c’était pour venir danser au pavillon du détour. C’est aussi cette fois-là que j’ai rencontré celle qui est devenue ma femme », raconte ce natif de Roxton Falls.

La suite, c’est l’histoire d’un coup de foudre. À leur douzième rencontre, Fernand Guillette et Jacqueline Morin convolaient en justes noces. Et leur amour a traversé les tempêtes de la vie durant six décennies. « On ne s’est jamais lâché », laisse-t-il tomber.

Larmes 

Avec l’autobus 492, Fernand Guillette est ainsi parti à la recherche du passé. À partir d’une photographie obtenue par les enfants du propriétaire du véhicule à l’époque, il n’a lésiné sur aucun détail dans sa reproduction grand format : des porte-bagages intérieurs aux flûtes sur le toit, en passant par la couleur rouge brique et le fameux numéro 492 inscrit sur un des côtés.

Jacqueline Morin a récemment vu le résultat final. Même si elle n’a plus pied dans le quotidien, et qu’elle ne connaît plus son propre nom, l’amoureuse de M. Guillette a laissé couler deux larmes sur ses joues à la vue de l’œuvre. « Moi aussi, les larmes coulaient », laisse-t-il tomber avec émotion.

Tant qu’il « aura la santé », le menuisier à la retraite entend d’ailleurs continuer à assurer les soins quotidiens de son épouse, dans la maison qu’ils ont aménagée ensemble, entourés des fleurs qu’ils ont plantées et entretenues à deux.

Musée

La collection de reproductions en bois de Fernand Guillette se fait toutefois plus imposante que jamais. Son garage et son sous-sol sont bien remplis.

Depuis plusieurs années, le Granbyen rêve que ses pièces se retrouvent dans un musée ou, à tout le moins, soient exposées.

La municipalité de Saint-Élie-de-Caxton a fait des démarches en 2013 pour acquérir sa collection. Mais le projet ne s’est pas concrétisé.

Dans un monde idéal, Fernand Guillette aimerait cependant que son travail demeure à Granby.

« J’aurais aimé que la Ville le prenne. Ça fait 62 ans que je suis ici. C’est ma ville. C’est aussi notre patrimoine. Il y a la cantine Trudeau, le livreur de lait, le livreur de pain. C’est l’histoire de Granby », lance-t-il en faisant référence à certaines des pièces qu’il a reproduites.

En cette période des Fêtes, ce souhait est inscrit sur la liste de Noël de l’octogénaire, avec celui de conserver la santé pour continuer à veiller sur sa Jacqueline.

UNE PASSION EN VIDÉO

Touché par le travail de Fernand Guillette, l’ex-réalisateur à Radio-Canada, Simon Gauvin, a produit une série de reportages sur la construction de l’autobus 492 et l’ensemble de l’oeuvre du Granbyen. 

«J’ai pris l’autobus. Et je suis content de l’avoir fait avec lui», lance M. Gauvin, qui réside aussi à Granby. 

En fait, les deux hommes habitent le même quartier. Leur intérêt commun pour le travail du bois leur a permis de lier connaissance. La passion de Fernand Guillette et sa facilité à se raconter ont donné envie à Simon Gauvin de s’adonner à un de ses intérêts: réaliser des reportages et des courts métrages. 

La participation d’un duo d’étudiants du Cégep de Granby a même été mise à profit pour effectuer, dans la première production vidéo, une reconstitution de cette balade en autobus qui a permis à Fernand Guillette de rencontrer celle qui est devenue son épouse il y a plus de 60 ans. 

Au fil des rencontres, l’autobus prend forme. Le ton des reportages devient plus personnel, davantage sur le mode de la conversation. Et le réalisateur retraité se fixe un autre objectif: que le travail de Fernand Guillette puisse rayonner davantage. «Il ne faut pas que ça reste dans son garage. [...] Il faut que ça soit vu. Il y a une histoire pour chaque chose qu’il a fabriquée. C’est intéressant», dit Simon Gauvin. 

Mais selon lui, la collection, de par son ampleur, devra peut-être être scindée pour continuer à vivre. Une idée à laquelle il incite Fernand Guillette à réfléchir.   

Pour sa part, M. Gauvin souhaite pouvoir continuer à produire des courts métrages, pour le plaisir. Il aimerait d’ailleurs rencontrer des acteurs ou des auteurs qui ont aussi cet intérêt pour la création. «Même si je fais un court métrage de quatre minutes par année, je m’en fous. Je veux avoir du fun à le faire avec du monde du coin», dit-il. 

Sa série de reportages sur Fernand Guillette peut être visionnée sur son blogue à www.simongauvin.site.   

Simon Gauvin