Fernand Guillette se questionne sur la reconnaissance à laquelle les aidants naturels ont droit, alors qu’il joue ce rôle auprès de son épouse, Jacqueline Morin, atteinte d’Alzheimer.

Fernand Guillette, d'époux à aidant naturel

L’amour est plus fort que tout. Fernand Guillette en est la preuve. Il continue à vouer un amour sans borne à celle qu’il a épousée il y a 60 ans, même s’il doit aujourd’hui veiller sur elle à temps plein, en raison de l’Alzheimer. Un rôle d’aidant naturel pour lequel il estime avoir peu de reconnaissance du gouvernement.

Mille dollars par année. À peine 20 $ par semaine. C’est ce que reçoit M. Guillette, 82 ans, pour s’occuper 52 semaines par année de Jacqueline Morin, celle avec qui il a uni sa destinée le 2 août 1958.

« Avec 1007 $ par année [NDLR : crédit d’impôt pour aidant naturel prenant soin de son conjoint], on ne peut pas aller loin. Et je ne suis pas le seul comme ça », ajoute-t-il en considérant que cette aide pourrait être bonifiée.

Malgré tout, Fernand Guillette ne changerait rien à sa situation. Pas question pour lui de « placer » sa douce moitié, avec qui il célèbre ses noces de diamant. Sa famille est présente et lui donne un coup de main. Tant qu’il « aura la santé », le Granbyen entend bien continuer à assurer les soins quotidiens de son épouse, dans la maison qu’ils ont aménagée ensemble, entourés des fleurs qu’ils ont plantées et entretenues à deux. Même si elle ne connaît plus le nom des plantes, ni même son propre nom.

« C’est dur pour le cœur quand on aime une personne », laisse tomber avec émotion M. Guillette, ce menuisier connu pour l’importante collection de reproductions de chevaux, outils et véhicules anciens qu’il a réalisée en bois et à l’échelle.

Coup de foudre
C’est le 24 mai 1958 que Fernand Guillette a rencontré Jacqueline Morin en allant danser « au Pavillon du détour », à Granby. Il ne la connaissait pas, mais un simple regard a suffi, dit-il, pour être convaincu qu’il allait la conduire à l’autel. « Je l’ai invitée à danser. Et on ne s’est jamais lâché depuis ce temps-là », lance-t-il.

Jacqueline Morin, de six ans son aînée, était veuve depuis deux ans et mère de deux fillettes à l’époque. Le coup de foudre a été réciproque, assure Fernand Guillette. Alors qu’il habitait sur la ferme familiale à Roxton Falls, il s’est rapidement trouvé un emploi à Granby pour se rapprocher de sa douce. À leur 12e rendez-vous, ils convolaient en justes noces à l’église Notre-Dame.

Celui qui a travaillé dans l’industrie de la construction une bonne partie de sa vie a toujours considéré les deux filles de Jacqueline Morin, Denise et Lisette, comme les siennes. Le couple a aussi eu une autre fille ensemble, Nicole. Aujourd’hui, la famille compte sept petits-enfants et 18 arrière-petits-enfants.

Fernand Guillette affirme que lui et son épouse ont connu des épreuves au fil des décennies, comme tous les autres couples. Mais ils les ont surmontées. « On n’a jamais eu de chicane, juste du dialogue. Tout s’arrange avec le dialogue. Il ne faut rien garder sur le cœur pour avoir une vie chaleureuse et aimante », croit-il.

La plus grosse épreuve à laquelle ils ont été confrontés s’est immiscée sournoisement dans leur vie il y a une dizaine d’années. « Le pire, c’est l’Alzheimer », dit-il avec amertume.

Fernand Guillette accueille aujourd’hui une journée après l’autre. « Je ne veux pas savoir comment ça va finir. Je prends encore les bons petits moments qu’il nous reste », glisse-t-il. Et cet anniversaire de mariage célébré ce jeudi en est un.

Jacqueline Morin et Fernand Guillette le 2 août 1958